Dans plusieurs dossiers comme les drag queens et les changements climatiques, l’Assemblée nationale ne remplit plus son rôle fondamental, puisque le point de vue de nombreux citoyens n’y est plus du tout représenté.
Il y a quelque chose d’étrange à voir les 125 députés de l’Assemblée nationale adopter à l’unanimité une motion encourageant la lecture de contes aux enfants par des drag queens.
Bien entendu, il y a l’absence totale de débat sur la question, la décision unilatérale de la classe médiatico-politique d’imposer ses valeurs à la population et le mépris patent envers ceux qui pourraient être en désaccord.
De même, il y a le fait de se réfugier dans une vertu de façade – diversité et inclusion –, pour justifier ce bizarre, urgent et soudain besoin d’exposer les enfants à des personnages sexualisés de cabaret pour adultes.
Pourquoi des drag queens? Pourquoi pas des prêtres catholiques? Des témoins de Jehova? Des gens en habits médiévaux et qui se tapent dessus avec des épées en styromousse? Des culturistes? Des nationalistes russes? Des «antivax»? Le choix est révélateur…
Retour à la case départ
Mais au-delà de ces processus politiques qui, il faut bien le dire, sont devenus la norme depuis trois ans, ce qui frappe surtout est que cette motion représente un nouvel épisode d’un phénomène intriguant: la classe politique québécoise persiste à s’unir autour d’une idéologie commune malgré les différences censées distinguer les partis politiques.
Plus de six mois plus tard après la dernière élection, force est de constater que derrière quelques divergences plus ou moins superficielles, les politiciens québécois semblent poursuivre le même programme idéologique.
-Philippe Langlois, politologue
Dès le début du triste épisode Covid, des observateurs ont constaté que la classe politique et médiatique s’était soudainement unie autour du sanitarisme.
Ce qui semblait être au début qu’une simple trêve, un cessez-le-feu, s’est révélé au fil des mois être une véritable alliance en faveur de mesures de plus en plus radicales comme le confinement, le couvre-feu, le passeport vaccinal, le masque obligatoire à l’école et la censure de scientifiques, médecins ou citoyens en désaccord avec le narratif officiel.
Tous les partis d’opposition ne semblaient être que diverses franchises de la CAQ et se contentaient que très occasionnellement d’exprimer un timide désaccord avec le gouvernement sur certains sujets relativement insignifiants.
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Puis vint la campagne électorale de 2022, durant laquelle on put assister à quelques chamailleries donnant l’impression que l’on avait affaire à des partis bien distincts proposant des projets de société fondamentalement différents.
Durant cette campagne, aucun des quatre principaux partis n’a cependant émis une quelconque critique de l’idéologie sanitaire, Éric Duhaime étant le seul à aller sur ce terrain.
Les résultats des élections, prévisibles, ont essentiellement reproduit la composition de l’Assemblée nationale lors de sa dissolution: la CAQ dominante, le PLQ comme une faible opposition officielle, QS qui échoue à sortir des centres-villes, le PQ qui tente de survivre et les conservateurs populaires mais absents de la chambre.
La tribu nationale du Québec
La pandémie officiellement «terminée», on pouvait s’attendre à une reprise des débats idéologiques, à la collision de visions du monde que toute démocratie en santé autorise. Plus de six mois plus tard, force est de constater que derrière quelques divergences plus ou moins superficielles, les politiciens québécois semblent poursuivre le même programme idéologique.
En effet, outre la motion défendant la lecture d’histoires aux enfants par des drag queens, en février dernier, l’Assemblée nationale s’est réunie à l’unanimité pour dénoncer la censure lorsqu’un livre pour enfants d’Élise Gravel, portant sur la diversité du genre, a été interdit dans les bibliothèques scolaires de certains États américains conservateurs.
Cependant, la motion ne disait rien sur Patrick Provost, scientifique québécois spécialiste de l’ARN et ancien candidat de Québec solidaire, qui a été suspendu de son poste de professeur à l’Université Laval pour avoir émis des critiques contre la vaccination Covid destinée aux enfants. On voit la paille dans l’œil de son voisin, mais pas la poutre dans son œil à soi.
Nos braves députés ont aussi courageusement défié l’impérialisme russe en adoptant une motion, encore à l’unanimité, soutenant l’Ukraine de Zelensky.
Nulle mention cependant de la corruption extrême du gouvernement ukrainien, de la nazification du pays, de la brutale répression que Kiev a infligé aux populations russophones depuis près d’une décennie ou du danger extrême que représente l’attitude belliqueuse de l’OTAN qui, selon les dires du président américain lui-même, risque de provoquer une guerre nucléaire.
Récemment, le gouvernement caquiste a abandonné son projet de troisième lien pour voitures à Québec, conservant l’idée d’un tunnel mais réservé au transport en commun. Qu’on soit d’accord ou non avec l’idée, c’est là l’abandon d’une promesse électorale répétée à maintes reprises lors de la dernière campagne et un poignard planté dans le dos de bien des électeurs caquistes de la région de Québec.
De façon générale, cela s’inscrit dans la «lutte aux changements climatiques», une autre valeur universellement partagée par la classe politique et dont les prémisses ne tolèrent, encore une fois, aucune remise en question. Il faut sauver la planète, un point c’est tout.
Des enjeux capitaux négligés
Certains dossiers d’une importance majeure, comme l’implantation de l’identité numérique au Québec, ont donné lieu à des divergences mineures camouflant difficilement un consensus de fond. Ainsi, en novembre 2022, le député de QS Haroun Bouazzi a critiqué le «manque de transparence» et l’incapacité du ministre Caire à «livrer la marchandise» quant à la création de l’identité numérique au Québec, mais sans véritable remise en question du projet en tant que tel qui pourrait faciliter le contrôle et la surveillance des citoyens par l’État.
On pourrait s’en étonner, mais rappelons-nous que 18 mois auparavant, QS, comme tous les autres partis de l’Assemblée nationale, avait soutenu le passeport vaccinal, une identité numérique imposée dans la majorité des espaces publics.
Un autre dossier de grande importance, l’énorme influence du cabinet-conseil McKinsey dans l’adoption des mesures sanitaires, a provoqué quelques sorties de la part de QS, qui a réclamé une enquête, mais qui s’est rapidement tu pour laisser le sujet mourir lui-même.
Encore une fois, aucun parti ni média n’a intérêt à ce qu’une réflexion collective soit menée sur le sanitarisme puisque que tous ont aveuglément appuyé cette idéologie pendant près de trois ans.
Depuis la dernière élection, le seul dossier qui semble avoir provoqué de réelles divergences idéologiques et politiques est celui du projet caquiste de Santé Québec, que les partis d’opposition voient comme un cheval de Troie servant à la centralisation du système de santé et au renforcement du privé dans ce secteur. Dans ce dossier, c’est encore QS qui s’est attaqué, avec une certaine ferveur, au gouvernement de la CAQ.
Collaboration excessive
On voit donc un niveau de collaboration anormalement élevé à l’Assemblée nationale. Ce consensus pourrait être à célébrer – l’union de la classe politique autour de fortes valeurs communes –, mais pour cela il faudrait que ces valeurs soient aussi fortes au sein de la population québécoise puisque le Parlement se veut une représentation du peuple.
Or, on se doute bien que si 100% des députés encouragent la ségrégation vaccinale ou la lecture de contes aux enfants par des drag queens, ce n’est certainement pas 100% de la population québécoise qui fait de même.
Pour se justifier, la classe politique et ses apôtres médiatiques vont alors prétendre, de façon bien prévisible, que les gens en désaccord avec leurs belles valeurs sont des médiocres et des méchants qui doivent être ignorés, pour ensuite se féliciter d’avoir à nouveau héroïquement sauvé la démocratie québécoise. On connaît la chanson: elle joue en boucle.
Dans les faits, la classe politique ne cherche manifestement pas à représenter fidèlement le peuple québécois mais à imposer ce qu'elle veut pour le peuple québécois.
La déconnection entre politiciens et citoyens est présentement solidement ancrée. On semble avoir affaire à une élite qui se complaît dans un complexe de supériorité morale et intellectuelle et qui déplore que la basse populace ne comprenne pas ses idées grandioses.
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Cela dit, il reste à expliquer le mystère: comment est-ce possible que les quatre partis politiques suivent avec plus ou moins de rigueur une idéologie semblable malgré leurs apparentes divergences, et quelle est cette idéologie exactement?











