Le PQ va-t-il entrer dans une phase «survivaliste»?

Le chef du Parti québécois, Paul Saint-Pierre Plamondon, entouré de candidats de la région du Saguenay-Lac-Saint-Jean pour l'élection du 3 octobre 2022. Photo: page Facebook officielle de PSPP.

Samedi le 24 septembre 2022, à 13:30

Dans le cadre de la campagne électorale, le politologue Philippe Langlois se penche chaque samedi sur le bilan de l’un des cinq grands partis dans la course. Il poursuit avec le PQ dont les chances sont grandes d’être rayé de la carte le 3 octobre…


Au moment d’écrire ces mots, des candidats et militants du PQ se réjouissent d’un nouveau sondage qui les voit monter dans les intentions de vote des Québécois. 

Ce sondage ne les place certainement pas au pouvoir, ni même à l’opposition officielle, ni même en troisième place. De quoi se réjouit-on, alors? 

Les militants s’enthousiasment parce que le PQ ne va peut-être pas complètement mourir le 3 octobre prochain. Pour un parti qui dans les 5 dernières décennies a formé à plusieurs reprises le gouvernement, et qui était encore au pouvoir en 2014, c’est une cause de célébration surprenante qui en dit long sur son état moribond.

Entre le marteau et l'enclume


Comme son frère ennemi le PLQ, le PQ se bat contre des tendances à long terme qui vont décidément contre lui. D’abord et avant tout, la perte de vitesse de la souveraineté, la raison d’être du PQ. Le souverainisme est une option qui décline presque sans arrêt depuis le dernier référendum en 1995. 

Ce déclin a plusieurs causes, dont un désintéressement d’une jeunesse mondialisée par rapport au nationalisme québécois. Ce qui est certain, c’est que le type de nationalisme proposé par le PQ n’intéresse présentement qu’une minorité toujours plus petite de Québécois.

Pire encore, le PQ s’est fait coincer entre le marteau et l’enclume. D’un côté, la CAQ a pu attirer vers elle ses électeurs plus conservateurs, prônant un nationalisme qui s’exprime maintenant à travers «la laïcité de l’État» propre à la loi 21, par exemple. 

Ce nationalisme, on l’a vu précédemment, ne s’intéresse plus au souverainisme et revêt une forme définitivement populiste et assez nébuleuse qui, en ne s’engageant pas à grand-chose de concret, peut rassurer des électeurs frileux à l’idée de prendre le beau risque de la souveraineté.

D’un autre côté, QS a récupéré une partie des électeurs déçus du PQ, souvent des souverainistes de gauche encore horrifiés par ce qu’ils considèrent comme un coup de volant à droite qu’a pris le parti après le départ de Parizeau. 

Même si certains souverainistes accusent QS d’être faussement pour l’indépendance, le parti de GND réussit quand même à s’attirer la sympathie de bien des indépendantistes. 

QS jouit aussi d’une grande popularité chez les moins de 35 ans, tout comme le PQ attirait le vote des jeunes baby-boomers à ses débuts. Or, les baby-boomers ne rajeunissent pas et c’est QS qui récupère l’avantage à long terme d’un électorat jeune et fidèle.

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D’ailleurs, le PQ n’incarne plus la social-démocratie comme il le faisait encore dans les années qui ont précédé le référendum. Le virage néo-libéral entrepris sous Lucien Bouchard a miné cette prétention et a préparé la voie pour QS comme solution de remplacement aux yeux de la gauche québécoise.

Finalement, le PQ a au cours des deux dernières décennies souffert de luttes intestines, de mauvaises décisions et de beaucoup de malchance qui ne l’ont certainement pas aidé. 

Le PQ a toujours eu cette fâcheuse tendance au mélodrame, à laver son linge sale en famille et aux petites chicanes publiques, alors que le PLQ présentait un front plus uni et plus discipliné.

Et que dire de la succession de chefs plus ou moins faibles, de Boisclair à Lisée en passant par Péladeau?

Tous ces chefs sont passés comme un coup de vent sans être capables de redresser le parti qui petit à petit perdait constamment du terrain. Certaines décisions populistes ont été désastreuses, comme la fameuse Charte des valeurs de Marois et Drainville (maintenant à la CAQ!) et qui n’a pas réussi à sauver le parti d’une défaite majeure en 2014. 


Un espoir de renouveau?


Ce morcellement qui effrite à la fois l’aile gauche et l’aile droite du PQ, combiné avec le déclin du souverainisme, le ciment qui tenait ce parti uni, a dévasté le parti de René Lévesque au point où il doit maintenant lutter pour sa survie. 

Réussira-t-il même à faire élire au moins un député? Est-ce que ce sera assez pour éviter la mort?

Examinons d’abord les éléments qui ont récemment fait monter le PQ dans les intentions de vote. Premièrement, on observe une légère et très prévisible baisse de vitesse de la CAQ, qui perd quelques électeurs au profit, entre autres, du PQ. Bien que cela ne change pas grand-chose pour Legault qui est encore très dominant, c’est une bouffée d’air frais désespérée pour les péquistes.

Deuxièmement, le chef du PQ, Paul Saint-Pierre Plamondon, commence enfin à se faire connaître du public. Il y a quelques semaines encore, bien des électeurs devaient inscrire «Chef du PQ» dans Google pour se rappeler de son nom tant il était inconnu chez le grand public.

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Les débats des chefs l’ont grandement avantagé puisqu’il a plutôt bien paru et a surtout pu sortir de son anonymat. En réalité, à moins d’avoir une personnalité vigoureusement déplaisante, mieux vaut pour un politicien d’être connu que méconnu.

Troisièmement, le PQ jouit d’une mince mais très loyale frange de l’électorat qui est intrinsèquement souverainiste et pour qui le PQ est une institution politique fondamentale au Québec. C’est le genre de loyauté qu’un parti comme la CAQ ne peut vraiment se vanter d’avoir dans ses rangs. 

Ces péquistes jusqu’au-boutistes peuvent porter le parti à bout de bras tant et aussi longtemps qu’ils seront en vie, ce qui pourrait lui servir de bouée de sauvetage durant cette houleuse période de son existence.

Quatrièmement, le PQ a encore cette empreinte de professionnalisme propre à un parti qui a souvent connu le pouvoir. Cela peut lui permettre de naviguer sur les eaux électorales avec une certaine adresse, de faire les bonnes déclarations au bon moment, de monter un programme électoral qui rejoint de potentiels électeurs et de bien paraitre dans les médias. 

Les commentateurs politiques s’entendent d’ailleurs pour affirmer que, malgré une position de grande faiblesse, le PQ fait une bonne campagne.

Survivre, mais encore?


Cet optimisme est le bienvenu, mais survivre, avec une petite poignée de députés, est-ce là tout ce que peut espérer un parti qui il n’y a pas si longtemps prétendait à transformer la province en pays indépendant? 

Pour l’instant, oui. À moins d’un improbable miracle, la cohorte péquiste à l’Assemblée nationale sera bien plus petite qu’elle ne l’était. 

Les tendances à long terme sont ce qu’elles sont et elles jouent pleinement contre le PQ. Celui-ci peut donc, de façon réaliste, essayer de tenir le coup et espérer que les tendances s’inversent.

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Espérer que les jeunes s’intéressent à nouveau à l’indépendance, que la CAQ s’affaiblisse, que QS déçoive, que le PCQ soit un pétard mouillé, etc. 

Le destin du Bloc Québécois au fédéral peut servir d’exemple d’un parti souverainiste que l’on a cru mort et qui a pu renaitre de ses cendres. 

D’ici là, le PQ devra revoir ses attentes à la baisse et entrer en mode survivaliste, comme un ours qui hiberne l’hiver, mais sans pouvoir être sûr que le printemps apparaîtra au prochain cycle électoral.