Dans le cadre de la campagne électorale, le politologue Philippe Langlois se penche chaque samedi sur le bilan de l’un des cinq grands partis dans la course. Après la CAQ et QS, il poursuit avec le PLQ, un parti qui joue sa survie en miroir du PQ.
Profondément détesté par plusieurs, jouissant d’une loyauté indéfectible de la part de certains, le Parti libéral du Québec est une véritable institution politique qui s’est maintes fois inscrite dans les livres d’histoire du Québec.
Fondé en même temps que le Canada moderne, 101 ans avant le PQ (le 2e plus vieux parti de ces élections), le PLQ a eu des adversaires politique que seuls des historiens connaissent.
Qui se souvient du Ralliement créditiste ou de la première mouture du Parti conservateur, disparu en 1935? Le PLQ les a affrontés… Il a été le parti du Maîtres chez nous de Jean Lesage, de René Lévesque, de Robert Bourassa et de Jean Charest.
Pourquoi une entrée en matière aussi lyrique? Parce que cette vénérable institution se bat présentement pour sa survie comme jamais cela ne lui est arrivé auparavant.
Après des décennies à dominer la scène politique québécoise, le PLQ a connu les pires élections de son existence en 2018, expulsé de bien des endroits de la carte électorale et retranché dans ses derniers bastions de l’ouest de Montréal et dans quelques circonscriptions urbaines.
Bien qu’il forme encore l’opposition officielle, on se demandait à l’époque si le parti pouvait sombrer plus bas. Maintenant, en 2022, des sondages lui enlèvent une dizaine de sièges de ce qui était déjà une position de grande faiblesse.
Sa cheffe, Dominique Anglade, est elle-même menacée dans son propre comté, Saint-Henri-Sainte-Anne, qui pourtant depuis sa création, en 1994, n’a élu que des députés libéraux!
La question s’impose, que se passe-t-il? Cette déconfiture ne s’explique pas simplement par la force du rouleau compresseur caquiste.
Dans l’ombre du gouvernement
S’il y a un parti qui a passé de sombres heures à végéter dans l’ombre du gouvernement caquiste depuis 2018 c’est bien le PLQ.
Ironiquement, pour un parti qui forme l’opposition officielle, le PLQ a réussi à s’invisibiliser encore davantage que le PQ et QS. Anglade a appuyé d’une façon indéfectible les mesures sanitaires de Legault, quand elle ne demandait pas encore plus.
Par exemple, en août 2021, elle exigeait du gouvernement la création d’un très orwellien «passeport de la liberté» qui devait couvrir un ensemble d’activités bien plus large que ce que le passeport vaccinal du gouvernement (actif à partir de septembre 2021) couvrait déjà.
En effet, elle souhaitait que des établissements scolaires, cégeps et universités puissent appliquer une politique de ségrégation envers les non-vaccinés sur leurs campus, alors que la CAQ elle-même n’allait pas aussi loin.
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À quelques reprises, Anglade a tout de même dénoncé la politisation de la santé publique par le gouvernement, mais son intervention est survenue trop tard pour qu’elle arrive à se démarquer par rapport à cet enjeu majeur.
L’aval quasi-permanent qu’elle a offert à la CAQ l’a plongée dans l’anonymat et a miné sa crédibilité. Dans ce cas, pourquoi ne pas voter pour le vrai parti du sanitarisme dur plutôt que de se tourner vers une pâle franchise en perte de vitesse?
Usure du pouvoir
En plus de son appui au sanitarisme, le PLQ souffre aussi de ses propres succès passés. En effet, il est typique pour un parti qui a passé de nombreuses années au pouvoir de connaître subséquemment une cruelle période de disette électorale.
On peut le voir au fédéral avec les conservateurs post-Mulroney qui se sont retrouvés pendant plusieurs cycles électoraux dans une situation peu enviable de morcellement et d’anémie.
Dans le cas du PLQ, l’ère des Charest et Couillard a légué au parti un parfum de corruption et d’autoritarisme qui lui colle à la peau encore aujourd’hui.
Même si l’on suppose que Dominique Anglade et son équipe sont blancs comme neige et complètement intègres, bien des Québécois perçoivent le PLQ comme un nid de couleuvres auquel on ne peut faire confiance.
Pour rajouter aux malheurs du PLQ, son électorat le plus fondamental est maintenant grugé de toute part. QS cherche maintenant à convaincre le vote montréalais issu de la diversité, sur lequel le PLQ possède de facto un monopole.
Le parti conservateur et la CAQ courtisent le vote anglophone qui, avec le déclin du PQ et du souverainisme, commence à se sentir assez en sécurité pour se libérer de la prison dorée qu’était le parti libéral et voguer vers d’autres cieux.
Que de mauvaises nouvelles pour Anglade et ses troupes.
Mort du souverainisme et du fédéralisme?
Cela nous amène au fédéralisme incarné par le PLQ.
Pendant des décennies, ce parti a dominé la scène politique provinciale en alternance avec son frère ennemi: le PQ. Chacun cristallisait un amalgame de pôles qui s’affrontaient sur les grands axes idéologiques et politiques québécois.
Souverainisme vs fédéralisme, anglophones vs francophones, gauche vs droite, néo-libéralisme vs État providence, etc.
Or, tous ces axes sont devenus dans les dernières années plus ou moins obsolètes au sein de la société québécoise. Le souverainisme n’intéresse plus qu’une minorité de la population et ne représente plus la force politique qu’il était.
On aurait pu croire que cela aurait profité au PLQ mais au contraire, il semblerait que la perte de son némésis souverainiste ait affaibli le parti du fédéralisme.
Comme s’il avait besoin d’un ennemi juré pour fortifier sa propre existence. Perdez votre ennemi et pour perdrez votre raison de vivre.
Cela explique aussi pourquoi la CAQ peut se permettre un positionnement flou et vaporeux «ni de gauche ni de droite ni souverainiste ni fédéraliste».
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Comme nous l’avons mentionné dans un article précédent, elle est parfaitement placée pour profiter du déclin des grandes controverses idéologiques d’antan et attirer vers elle l’électorat qui auparavant jetait son dévolu sur le PLQ ou sur le PQ.
Pas d’issues à l’horizon
Considérant tout cela, on comprend mieux maintenant pourquoi le PLQ fait aussi mauvaise figure dans les plus récents sondages.
Anglade est une cheffe assez forte, qui jouit d’une bonne crédibilité et d’une certaine aura de compétence. Le PLQ est un parti plein de ressources, très professionnel, habitué au pouvoir, jouissant de puissants alliés et d’un cœur d’électeurs encore plus ou moins fidèles.
Leur programme pourrait paraître intéressant et moderne sous bien des aspects et récupère certaines tendances idéologiques comme les changements climatiques ou l’amélioration du système de santé.
Pourtant, toutes ces forces peinent à compenser la faiblesse de leur position idéologique et politique.
Anglade nage à contre-courant de la recomposition du clivage de notre époque et le glorieux mais lourd héritage du PLQ s’avère être un boulet plutôt qu’une bouée.
Reste à voir si le parti réussira à survivre à ce cycle électoral et renaître de ses cendres lorsque les conditions le favoriseront à nouveau.













