Le décès de François, pape clivant près des migrants et de l’environnement, ouvre une ère incertaine pour l’Église. Selon les observateurs interrogés par Libre Média, le prochain conclave sera décisif pour l’avenir du catholicisme.
Mercredi, la dépouille du pape François, 88 ans, décédé deux jours plus tôt des suites d’un accident vasculaire cérébral, remontait la foule des fidèles rassemblés place Saint-Pierre, à Rome.

Des soeurs rendent hommage au pape François, dont le corps repose dans un cercueil à la basilique Saint-Pierre, au Vatican, le 24 avril 2025. Photo: Alberto PIZZOLI pour l’AFP.
Il faut dire qu’en plein octave pascal, la disparition du souverain pontife a suscité une émotion particulière chez les 1,4 milliard de catholiques que compte le monde. Un émoi d’autant plus vif qu’il conclut douze années d’un pontificat mouvementé.
Ce jeudi, des milliers de pèlerins se sont à nouveau recueillis devant le cercueil ouvert de François, en prélude aux funérailles qui seront célébrées samedi, retransmises en mondovision et en présence de la plupart des chefs d’État occidentaux.
Mais déjà, en coulisses, s’engage la relève du 266ème successeur de l’apôtre Pierre.
Un pontificat hors du commun
Rien, a priori, ne prédestinait Jorge Mario Bergoglio à devenir pape. Argentin — une première après mille ans de papes italiens —, il confia avoir un temps envisagé de renoncer à la prêtrise pour un amour de jeunesse.
Mais une expérience fondatrice de la miséricorde divine, vécue lors d’une confession à 17 ans, suivie de la perte d’un poumon quatre ans plus tard, ont infléchi le cours de sa vie. Entre-temps, Bergoglio avait travaillé à Buenos Aires comme technicien chimiste et, de manière plus inattendue, comme videur de boîte de nuit.
Son parcours atypique se poursuit avec son élection, le 13 mars 2013, sous le nom de François — en hommage à saint François d’Assise —, après avoir refusé une première fois d’être choisi lors du conclave précédent, en 2005.
Interrogé dès ses débuts sur la place des personnes homosexuelles dans l’Église, il aura cette phrase devenue célèbre: «Qui suis-je pour juger?». Une déclaration au retentissement mondial, qui a séduit mais également crispé.
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Les mois suivants, le nouveau pape ouvre d’autres débats sensibles, tels que l’ordination d’hommes mariés ou l’introduction des femmes dans la liturgie...faisant croître le scepticisme de ceux qui le jugent déjà trop réformateur .
Quel héritage pour François?
Pape prolifique, François publie en 2015 Laudato Si, sa seconde encyclique, consacrée à la sauvegarde de notre «maison commune». Jamais auparavant l’évêque de Rome ne s’était exprimé aussi directement en faveur de l’écologie.
L’initiative suscite l’admiration au-delà des cercles catholiques. À gauche, certains saluent une parole résolument moderne, allant jusqu’à invoquer ses prises de position pour déstabiliser leurs adversaires politiques.
Sa vie simple, hors des fastes des appartements pontificaux, et sa proximité affichée avec la foule — jusqu’aux selfies — renforcent cette image. Même si, parfois, ses emportements capturés par les objectifs ont tranché avec la douceur attendue du pontife.
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Car au fil des ans, François a aussi révélé une facette plus rugueuse de son caractère: peu à peu, ses appels à l’accueil des plus démunis et des migrants se sont faits tranchants; ses critiques envers les fidèles traditionalistes, elles, ont frôlé l’humiliation.
En 2019, une rupture symbolique s’opère: des statues de fertilité exposées au Vatican lors du synode sur l’Amazonie sont dérobées par des fidèles dénonçant un blasphème, avant d’être jetées dans le Tibre.
Durant la pandémie de Covid, le pape argentin étonnera par son enthousiasme liberticide. Ses prises de position en faveur de la vaccination blessent de nombreux croyants, notamment lorsqu’il qualifie les réfractaires à l’injection de «négationnistes suicidaires». Le Vatican instaurera d’ailleurs son propre passe sanitaire et fera frapper des pièces commémoratives en l’honneur du vaccin…
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Ainsi pour Sylvain Durain, éditeur et intellectuel catholique, «les changements impulsés par François relèvent moins d’une réforme que d’une véritable révolution». Une révolution qui, selon lui, a «renforcé son image dans le monde entier».
«Malgré sa réticence à revenir sur l'interdiction de l'avortement, ce qui est une mesure classée à droite ou à l'extrême droite, ses ouvertures aux migrants, aux combats LGBT, ses alignements sur l'agenda covidiste et mondialiste, l'ont rendu extrêmement populaire dans les médias de masse et dans les peuples pauvres, soit 80% de la planète. Néanmoins, cette popularité soulève une question fondamentale: être reconnu par "le monde" est-il toujours une force pour un successeur de Pierre?»
D'autres voix critiquent sa supposée naïveté sur les dossiers géopolitiques, notamment vis-à-vis de la Chine ou du conflit en Ukraine. Cette semaine encore, Le Figaro lui reprochait d’avoir «repris à son compte la propagande de Moscou».
Autant dire que d’un côté comme de l’autre de l’échiquier politique, ses sorties ont rarement ménagé les susceptibilités.
S’il n’avait ni les talents diplomatiques de Jean-Paul II ni la rigueur doctrinale de Benoît XVI, certains lui reconnaissent des mérites notables.
La journaliste Solène Tadié, spécialiste reconnue du Vatican, souligne «l’assainissement des finances du Vatican par François», une victoire d’ampleur dans un micro-État miné par les scandales de malversations.
D’autres rappelleront son implication dans la reconnaissance des abus sexuels commis au sein de l’Église, ainsi que ses efforts pour modérer le faste pontifical.
L’avenir de l’Église en question
Critiqué pour la direction qu’il a fait prendre au catholicisme, l’avenir de ce dernier semble plus que jamais en question. Si la foi catholique connaît un renouveau dans certains pays comme la France ou la Suède, Solène Tadié relate la crainte, partagée par plusieurs cardinaux électeurs au conclave, d'une possible rupture entre progressistes et traditionalistes.
Notre interlocutrice met notamment en avant la prise de distance de l’Église allemande avec Rome, amorcée en 2019 avec le chemin synodal. «Le prochain conclave, [qui pourrait s’ouvrir dès le 5 mai, ndlr], devrait arrêter son choix sur une personnalité moins clivante», estime-t-elle.
Parmi les noms circulant dans les couloirs feutrés du Saint-Siège le cardinal Parolin, actuel Secrétaire d’État de la papauté, le cardinal Pizzaballa (patriarche de Jérusalem) ou encore le cardinal Matteo Maria Zuppi. Tous auraient en commun d’assurer un passage de témoin serein avec le pontificat précédent.

Le pape François porte une guirlande de fleurs à son arrivée à une rencontre interreligieuse avec des jeunes au Catholic Junior College de Singapour, le 13 septembre 2024. Photo: Tiziana FABI pour l’AFP.
Les chances du cardinal Sarah, figure prisée des milieux conservateurs, semblent en revanche très hypothétiques au regard du crédit que lui accorde la curie. Solène Tadié analyse: «le nouveau pape aura la tâche, en plus d’une solide connaissance du droit canon et des arcanes du Vatican, de savoir dialoguer avec les différents visages de l’Église dans le monde».
Sylvain Durain, lui, prévient: «Le prochain pontificat devra faire face à des défis majeurs — spirituels, sociaux et politiques.» Il alerte notamment sur le dynamisme de l’islam en Europe, et sur la tentation de la jeunesse de se tourner vers des mouvements plus exigeants, si l’Église catholique continue de se diluer dans une certaine tiédeur.
En attendant la fumée blanche, une certitude: c’est un Français, le cardinal protodiacre Dominique Mamberti, qui annoncera le nom du successeur de François à l’issue du conclave.













