Pour la citoyenne engagée Virginie Dostie-Toupin, le désir d’autonomie d’autres provinces canadiennes que le Québec devrait faire réfléchir à la pertinence du Bloc québécois. Et si un Bloc canadien était plus utile?
Dans l’arène politique québécoise, les débats se cristallisent en bonne partie autour des fameuses trois voies, chacune prétendant détenir la clé de l’avenir national tout en accusant les autres de nous conduire dans un cul-de-sac.
Au vu des bilans mitigés de chacune de ces voies, il s’avère ardu de balayer ces récriminations du revers de la main.
À Ottawa, l’effeuillage prébudgétaire auquel nous avons assisté au cours des derniers jours n’a pas seulement une saveur de désespoir électoraliste. Il met aussi en lumière l’indifférence flagrante du gouvernement libéral envers le respect des compétences provinciales.
Et, n’en déplaise à M. Trudeau, les citoyens ne s’en foutent pas. Au contraire. Cet affront souligne l’importance cruciale de pouvoir compter sur un chien de garde vigilant aux Communes.
Le Bloc moins pertinent qu’auparavant
Naturellement, les Québécois confient ce rôle au Bloc Québécois. Malgré sa pertinence, ce parti est pourtant voué à voir son influence politique s’amenuiser au fur et à mesure que le poids démographique du Québec fond comme neige au soleil au sein du Canada.
De façon paradoxale, la marginalisation croissante du Québec et l’érosion de son influence pourraient avoir certaines retombées bénéfiques pour le Québec.
Historiquement, les premiers ministres issus de l’aile fédéraliste québécoise ont joué un rôle prépondérant dans l’expansion d’Ottawa au détriment des compétences provinciales et de l’esprit même de la constitution. Ainsi, la perte progressive de ce rôle pourrait ultimement servir les intérêts du Québec.
Les provinces étouffées par Ottawa
Mais le paysage politique n’évolue pas que chez nous. Un changement significatif s’opère également dans le ROC et il s’agit d’un revirement qui pourrait bien redéfinir les rapports de force à l’échelle canadienne.
En effet, l’unitarisme canadien, vernis autrefois incontesté, commence à craquer. Loin de constituer un bloc monolithique, le ROC exhibe une fragmentation croissante. Autrement dit, les deux solitudes ont fait des petits.
En quête d’autonomie, plusieurs provinces se dressent de plus en plus ouvertement contre un gouvernement fédéral dont un nombre croissant de Canadiens se sentent déconnectés, voire aliénés.
Dans ce contexte inédit, la question de M. Legault trouve un écho particulier: «À quoi ça sert, le Bloc ?» Le vent de changement dont nous sommes témoins offre une occasion de renouvellement pour ce parti.
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S’il parvenait à transcender ses origines strictement québécoises pour embrasser une vocation plus large, il pourrait se présenter comme l’opposition qui fait défaut à Ottawa. Plutôt que de rivaliser pour le pouvoir fédéral, cette opposition veillerait, avec une force consolidée, à ce que le fédéral respecte scrupuleusement les champs d’action provinciaux et adopte une gestion fiscale responsable.
L’idée d’un «Bloc canadien» plaît déjà à quelques autonomistes canadiens. Une opération de grande séduction pourrait en conquérir bien davantage.
Certains sceptiques argueront que l’élection potentielle de Poilievre tuerait cette idée audacieuse dans l’œuf. Pourtant, rien ne garantit que le chef conservateur sache rompre avec les habitudes d’ingérence dépensières auxquelles Trudeau nous a habitués. Comme le pouvoir fait toujours son œuvre, rien ne laisse présager qu’il réussirait à cibler les compétences fédérales tout en redistribuant équitablement les ressources excédentaires aux provinces, notamment pour pallier les déficits croissants en santé et en éducation.
Une quatrième voie
En somme, l’idée d’une quatrième voie, incarnée par un Bloc élargi et renouvelé, ne devrait pas être rejetée hâtivement. Elle mérite à tout le moins une réflexion, et ce, peu importe laquelle des trois voies traditionnelles nous embrassons a priori.
Dans un paysage politique en mutation, la volonté de repenser les structures existantes se révélera cruciale pour l’avenir.












