Pour Raffael Cavaliere, directeur exécutif du PCQ d’avril 2021 à janvier 2023, l’erreur de son parti est d’avoir offert aux Québécois un programme «libertarien» sans lien avec le conservatisme moins «contestataire» auquel ils sont attachés.
Musicien de formation et informaticien de carrière, Raffael Cavaliere a été directeur exécutif du Parti conservateur du Québec d’avril 2021 à janvier 2023.
Nous pouvions récemment lire, dans ces pages, les commentaires avisés de messieurs Valiquette, Boyer et Racine – trois hommes de grande qualité avec qui j’ai eu l’honneur d’échanger ces derniers mois – au sujet des orientations passées et futures de notre parti.
Il me semble que je puisse, comme artisan-collaborateur à la fois du programme du Parti conservateur du Québec, puis de sa mise en œuvre jusqu’aux élections d’octobre dernier, apporter des nuances et m’inscrire dans le débat en fournissant une analyse assez différente pour qu’elle vaille la peine d’être publiée ici, en réponse à la leur.
Le contexte sanitaire
Il est vrai que des événements hors de l’ordinaire sont survenus au printemps 2020, événements qu’on croyait improbables en ce début de 21e siècle. Encore plus extraordinaire fut toutefois la réponse de nos gouvernements, qui déboucha vite en un bouleversement le plus complet de nos habitudes et de nos vies.
Il était nécessaire, pour un parti ou un gouvernement aspirant à prendre – ou à garder – le pouvoir, d’agir politiquement en gesticulant pour répondre aux pressions de la population inquiète, avec pour courroie de transmission, nos médias plus que moins intéressés à couvrir ce sujet taillé sur mesure pour leurs canaux de nouvelles en continu.
D’abord aux États-Unis, puis mondialement, cette situation de santé publique a été rapidement politisée. Et pour cause: on peut nuancer et débattre à l’infini sur la gravité du virus, nul ne peut nier l’étendue de l’intrusion dans nos vies qu’ont provoqué les mesures sanitaires à partir de mars 2020 et pour deux longues années par la suite. Il était plus que prévisible – et même normal – qu’une réponse de contestation s’organise promptement.
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Bien que dans de nombreux États ces «contestataires» se soient tenus à l’écart de la politique partisane, dans plusieurs autres, ils ont plutôt fait naître ou renaître l’enterrée mouvance libertarienne, car la politique, comme la nature, a «horreur du vide».
N’est-ce pas Éric Duhaime qui, lors de son discours de victoire à la chefferie du Parti conservateur du Québec, en avril 2021, se disait être «la bonne personne» avec «le bon message, au bon moment»? Ça résume assez bien la chose.
Une occasion en or
La bonne personne, car Éric Duhaime a senti qu’il pouvait saisir l’occasion pour dire tout haut ce que plusieurs pensaient tout bas.
Grâce à d’indéniables qualités de communicateur, il a su d’abord se trouver des talents d’orateur, puis de leader, et avec l’aide de quelques proches – dont moi-même – qui partageaient les mêmes ambitions politiques, le ton s’est précisé, le message s’est répandu au gré des partages Facebook et les occasions se sont montrées nombreuses pour les coups d’éclat et les directs opportuns.
Il n’était nullement question que nous ne sautions pas sur cette unique opportunité. Sans réelle opposition politique au Québec face à un gouvernement qui avait – et qui a encore – un boulevard devant lui pour agir comme bon lui semble, grâce à la synergie qui opérait entre Éric Duhaime, le PCQ et le mouvement contestataire sous-jacent, avec des élections générales qui venaient à grands pas: l’occasion était trop belle pour ne pas oser espérer faire notre entrée à l’Assemblée nationale.
Mais est-ce que le sanitaire est un sujet disposant d’assez de profondeur pour qu’on y puise l’essentiel d’un programme politique? Est-ce que le «sanitarisme» dont parle fréquemment Jérôme Blanchet-Gravel dans ces pages est un courant de pensée à part entière qui mérite d’être nommé et analysé?
Je suis d’accord avec les Valiquette, Boyer et Racine sur un point en particulier: la santé publique n’aurait pas dû intervenir aux côtés du gouvernement, du moins publiquement. Mais si on admet ça, on admet du même coup que le sanitaire n’est pas objet politique.
On me dira que nos revendications étaient justement destinées à faire ce pas vers la dépolitisation, mais force est de constater que la grande majorité des supporters du PCQ étaient davantage mécontents des mesures imposées que de la manière dont elles l’ont été.
À propos de la liberté
«Libres chez nous», tel était le slogan de notre campagne électorale. Un slogan qui avait le mérite d’être assez large pour s’adapter à toutes les idéologies, des plus loufoques aux plus songées, auxquelles souscrivait notre base militante hétéroclite.
Pourtant, le concept de liberté est déjà amplement défini, et ce depuis des lustres, autant par les courants philosophiques que par les idéologies politiques et les systèmes de valeurs qui s’y rattachent. Nous sommes en droit de grimacer, lorsque le libéralisme issu des Lumières, revendiqué généralement par la gauche, sert de base fondatrice à un parti supposément de droite.
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Nous sommes en droit de se poser des questions, lorsqu’un parti supposément de droite va jusqu’à se reposer sur les Chartes canadienne et québécoise, elles-mêmes les créations de la gauche sociale-démocrate, pour alimenter son discours aux tendances quasi révolutionnaires.
On aura même entendu Éric Duhaime, lors d’une allocution bien sentie à l’Assemblée nationale, reprendre la célèbre citation de Pierre Trudeau qui, pour «défendre» les minorités ethniques et linguistiques du Québec, sortit pour une deuxième fois de sa retraite afin de contrer les ambitions autonomistes québécoises avec sa fameuse «dictature de la majorité».
Se faire comprendre
En somme, là où il est difficile de se faire comprendre, c’est lorsqu’on essaie de faire avaler le dogme libertarien à un peuple qui n’a pas, dans son ADN, les codes permettant de le saisir.
Il y a bien au Québec une partie de l’électorat de droite attaché au conservatisme économique à l’anglo-saxonne (Thatcher, Reagan), mais il y en a autant, sinon plus, plutôt attachés au conservatisme se voulant d’abord et avant tout une critique du progressisme décomplexé qui fait maintenant l’apanage de partis comme QS ou, sur la scène fédérale, du NPD et du PLC.
L’idée de liberté est un thème qui, pour les uns, est synonyme de propriété et de libre marché. Pour les autres, il s’agit d’un concept humaniste qui s’est plutôt bien accommodé des restrictions de la période pandémique.
Je suis de ceux qui croient que la crise sanitaire était et est encore davantage aujourd’hui, un sujet politique de surface. Pour beaucoup de ceux qui se sont rassemblés autour d’Éric Duhaime et du PCQ, il s’agissait plutôt d’un sujet central et fondateur.
Peut-on considérer le «sanitarisme» ou plutôt, dans ce cas, «l’anti-sanitarisme», comme une doctrine ou une idéologie? Je ne crois pas. Et si, dans le contexte favorable dans lequel nous nous trouvions, nous n’avons pas réussi à suffisamment canaliser le vote des «contestataires», rien ne peut nous faire espérer y parvenir dans les années futures. La crise sanitaire est terminée, qu’on le veuille ou non.
L’avenir du PCQ
Le Parti conservateur du Québec, pour être compris, doit être d’abord entendu, puis écouté. Il faut pour cela qu’il soit porté par un idéal qui est le sien. Cet idéal ne peut pas être une bouillie inspirée d’un libéralisme poussé à l’extrême pour les uns, ou vaguement édulcoré pour les autres.
On doit cesser d’être des «contestataires» et des «anti-sanitaristes» qui ne seront jamais pris au sérieux. Les plus intellectuels d’entre nous – les Valiquette, Boyer et Racine – ont tour à tour tenté de construire un discours où la liberté sort de la sphère strictement économique pour s’étendre aux sphères identitaires et sociales.
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En cela, le modèle qu’on nous présente n’est pas vraiment de droite. Il tend plutôt à se rapprocher jusqu’à se fondre dans un libéralisme qui n’a d’autre conclusion logique que la gauche libérale.
Évidemment, je ne dis pas qu’il faut être d’accord avec les restrictions sanitaires et sauter à pieds joints dans la surenchère interventionniste. Ni qu’il faille abandonner nos ambitions de prospérité économique.
Mais si on veut aspirer à être compris, on doit d’abord entendre, écouter et comprendre les Québécois, et savoir saisir les occasions pour leur parler de conservatisme. Ce peuple fier est beaucoup plus conservateur que veulent nous le faire croire les tenants de la morale progressiste!
Évitons le piège du dogme libertarien, unissons les forces de droite, ne faiblissons pas devant l’hégémonie progressiste et nous pourrons aspirer à former, un jour, un parti politique avec un idéal conservateur qui sera entendu, écouté et compris par la population du Québec.











