Querelle au PCQ: une tension entre libéralisme et nationalisme  

Photo: page Facebook officielle du Parti conservateur du Québec.

Vendredi le 28 octobre 2022, à 15:00

Le Parti conservateur du Québec connaît une période de turbulences postélectorale qui n’est pas seulement due à des conflits entre des membres, mais aussi à une tension entre libéralisme et nationalisme.

 

Se voulant un parti à la défense des droits et libertés contre l’expansionnisme de l’État, le nouveau chef Éric Duhaime a fait prendre au PCQ un virage nationaliste. C’est un secret de polichinelle que le nationalisme québécois est payant d’un point de vue électoral.

 

Seulement, les modalités de ce nationalisme ne sont pas clairement définies. De plus, il se heurte à certains principes, particulièrement à la conception classique du libéralisme.

 

Des projets réconciliables?

 

En effet, alors que le libéralisme se veut une défense universelle des droits fondamentaux, le nationalisme n’adopte pas le même étalon de mesure. Plutôt que de prendre l’individu comme objet, il se veut plutôt holiste et cible une échelle globale.

 

La nation est une entité supra-individuelle dont le tout est quelque chose qui transcende la somme des parties. Contenant une certaine part de métaphysique, la nation se veut aussi empirique et est façonnée par les mœurs et cultures léguées par l’histoire.

 

Il est donc parfois périlleux de chercher une cohérence entre le libéralisme et le nationalisme. Le libéralisme voit l’individu comme naturellement doté de droits inaliénables que l’État doit codifier et protéger.

 

Les nationalistes estiment plutôt que l’État doit parfois empiéter sur ces mêmes droits inaliénables afin d’assurer la pérennité de la nation.

 

Bien sûr, tout dépend du degré d’intensité du nationalisme. Un nationalisme modéré sera soucieux du respect de l’État de droit, tandis qu’un nationalisme plus exacerbé sera prêt à aller plus loin pour assurer le salut de la nation, y compris parfois le piétinement du cadre libéral.

 

Une tension fondatrice

 

Cette tension entre libéralisme et nationalisme est à la base même de la candidature d’Éric Duhaime. Se posant comme un défenseur des Québécois brimés par l’extrémisme sanitaire, dès le départ, Duhaime a cherché à s’imposer comme un libéral au sens philosophique.

 

En effet, ce sont les droits et libertés de la population qui ont été méprisés par le pouvoir arbitraire de François Legault.

 

De plus, tous les partis ont collaboré avec la CAQ dans cette entreprise de suspension des droits et libertés, sous couvert de lutte au virus. Même le Parti libéral a été complice de cet engrenage liberticide, d’où la confusion qui règne autour de la notion de libéralisme.

 

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En cherchant à protéger les droits et libertés des Québécois, Éric Duhaime a bien consommé sa rupture avec son prédécesseur Adrien Pouliot. Alors que ce dernier inscrivait le PCQ dans un cadre plutôt canadien et multiculturaliste, Éric Duhaime s’est inscrit dans un cadre résolument québécois et nationaliste.

 

Mais quelle est la nature de ce nationalisme? Une question à laquelle il est bien difficile de répondre aujourd’hui. Le terrain nationaliste est déjà largement occupé par la CAQ et le PQ, représentant 100 députés sur 125 et 50% des électeurs.

 

En conséquence, si le PCQ veut aller grappiller des votes nationalistes, alors il doit clairement expliciter les modalités de sa vision nationaliste.

 

La conservation de la loi 21 sur la laïcité de l’État en est une manifestation, cependant, l’ambiguïté sur le fait français est palpable, en bonne partie en raison du fait que l’abolition de la loi 96 a été promise à la communauté anglophone.

 

Même chose du côté de l’immigration. Bien que le parti promeuve en principe la compatibilité civilisationnelle et que les membres aient voté pour une réduction des seuils d’immigration, la position de Duhaime sur la question reste assez floue.

 

Le Québec est sur la pente d’un déclin démographique, étant composé d’un large bassin d’aînés et d’une nouvelle génération qui produit très peu d’enfants. Il est vital de freiner le vieillissement. Il est tout à fait possible de promouvoir la fécondité, notamment à partir d’incitatifs fiscaux et d’une culture moins morne et plus tolérante aux enfants.

 

Dans le cas contraire, il faut trouver une alternative, c’est-à-dire l’immigration. Sans quoi, nous peinerons à assurer la prestation des services essentiels et poursuivrons un déclin collectif déjà entamé.

 

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Sa difficulté à trouver l’équilibre entre libéralisme et nationalisme place le PCQ dans une position tendue et délicate. Si le parti aspire à gouverner un jour, alors il doit nécessairement faire preuve de compromis et ratisser plus large.

 

Mais de quel côté doit-il pencher? Un libéralisme intransigeant? Un nationalisme décomplexé? Surtout, la synthèse entre ces deux composantes est-elle possible? Doit-on pencher pour un Ron Desantis favorable à l’immigration ou pour un Éric Zemmour évoquant un «grand remplacement»?

 

Vers un schisme?

 

Deux scénarios sont plausibles. Le premier serait la victoire de l’aile libérale, menant à la promotion d’un parti libéral-conservateur. En effet, plus que la nation québécoise, ce sont les droits et libertés de l’ensemble des citoyens qui auraient priorité sur toute chose, ce qui implique une forme de nationalisme civique modéré.

 

En revanche, la victoire de l’aile nationaliste mènerait à une forme de national-populisme, lequel imposerait des restrictions culturelles à son libéralisme, au risque de corrompre son universalité. Le parti semble osciller entre ces deux pôles idéologiques.

 

Si cette tension entre libéralisme et nationalisme n’est pas résolue au PCQ, il n’est pas totalement impossible qu’il finisse par imploser, ce qui le priverait évidemment de la possibilité de prendre le pouvoir dans un avenir rapproché.

 

Ce troisième scénario serait catastrophique compte tenu du contexte favorable à l’émergence du PCQ. En effet, le PCQ rejoint une frange de la population qui n’a plus confiance envers les partis traditionnels et qui ne se sent plus représentée dans les médias.