Duhaime chez les anglos, l’expression du nouveau clivage

Éric Duhaime le 10 mars 2022 lors d’un événement partisan. Photo: page Facebook officielle du Parti conservateur du Québec.

Vendredi le 29 juillet 2022, à 11:30

Pour le chroniqueur Félix Racine, depuis la pandémie, l’heure n’est plus aux querelles identitaires et linguistiques, mais à l’union citoyenne pour lutter contre les abus de pouvoir.
 

Dans sa chronique du 28 juillet dernier au Journal de Montréal, Mathieu Bock-Côté s’en prend à Éric Duhaime, l’accusant implicitement d’être un traître à la patrie. 
 
En effet, opérant sous l’étiquette du conservatisme, Duhaime serait finalement un imposteur puisqu’il cherche à construire des ponts avec la communauté anglophone, cette dernière étant de plus en plus orpheline en raison de la décrépitude du PLQ. 
 

Hérésie 

 
Comme si le simple fait de fraterniser avec les franges anglophones de la population était digne d’une forme d’hérésie à l’endroit de la nation mystique et éternelle. 
 
Dans les faits, il s’agit plutôt de l’expression du nouveau paradigme, inédit dans l’histoire du Québec. 
 
Le parti libéral du Québec, autrefois le navire prisé des anglophones, n’a plus grand-chose de libéral à l’exception du nom. Embourbé dans une laborieuse évolution, il peine à définir son identité profonde et navigue maladroitement au gré des tendances. 
 
S’alignant sur Québec solidaire dans ses positions progressistes et quant à la question écologique, il fait fausse route, puisqu’il ne réussira jamais à reproduire l’original.
 
Quant au nationalisme, le créneau est déjà occupé par le PQ ou la CAQ, ces derniers partis étant parfois indiscernables en la matière. Le libéralisme philosophique était l’élément le plus fondamental du PLQ, à savoir la défense des libertés individuelles et des droits civiques. 

 

Libéralisme contre sanitarisme 

 
Avec l’avènement du sanitarisme, un nouveau et puissant courant de pensée, la défense du vrai libéralisme est désormais l’apanage du PCQ.
 
Il est difficile de comparer la situation actuelle du Québec avec des précédents historiques. Toute analogie est fragile. 
 
En effet, désormais, tout citoyen soucieux de conserver prioritairement ses libertés sait vers quel parti politique se tourner. Qu’il soit francophone ou anglophone, la question qui le tracasse est le réglementarisme aliénant, les grands médias allant récemment jusqu’à déplorer l’existence d’un vide juridique quant à la circulation des trottinettes…
 

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François Legault, expert dans la peur, a volontairement fait surgir le spectre de la «louisianisation» afin de présenter les non-francophones comme un danger pour la nation, probablement afin de promouvoir de nouvelles lois linguistiques. 
 
À l’inverse de cette volonté de séparation et de contrôle, Éric Duhaime cherche à construire des ponts entre les communautés linguistiques afin de converger vers la même cause. Il cherche à unifier plutôt qu’à diviser de façon partisane et gratuite, ce qui n’est bien sûr pas non plus totalement désintéressé stratégiquement. 
 
François Legault usait d’ailleurs de la même tactique contre les non-vaccinés et autres boucs émissaires. Ce n’est pas une première, mais bien un mode opératoire.
 
Lorsqu’un nouveau paradigme prend place et supplante l’ancien, les camps en place doivent s’adapter, sans quoi leurs schèmes de pensée deviennent désuets face à la réalité. 

 

Nouveaux débats, nouvelles priorités 

 
Après ces deux sombres années qui ont miné le Québec, la question linguistique telle qu’elle se posait autrefois n’est manifestement plus à l’ordre du jour. Du moins, elle n’est plus prioritaire. 
 
Alors que le souverain pontife est de passage à Québec, rappelons-nous que des gestes complètement irrationnels et superstitieux ont été posés au nom du bien commun, comme l’interdiction d’acheter des «produits non-essentiels», de consommer du pop-corn au cinéma et de fréquenter des salles d’entraînement.
 
Une telle violence à l’endroit de nos libertés les plus élémentaires marquera à jamais l’ADN du citoyen soucieux des liens sociaux et familiaux, ne souhaitant plus jamais qu’une dérive aussi scandaleuse se reproduise. 

 
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Pire encore, la crise économique ne fait qu’exacerber le sentiment de dépossession, la perte du pouvoir d’achat s’ajoutant à l’érosion de nos libertés. 

Dans cette perspective, les propos de Mathieu Bock-Côté nous laissent bien perplexes. Protéger les droits et libertés des anglophones serait-il à ce point une hérésie, contraire au véritable nationalisme tel qu’il se doit? 
 
Faudrait-il plutôt ignorer les anglophones et allophones et dresser des murs entre eux et nous? Une telle logique ne repose sur rien de constructif. 
 
Bock-Côté nous parle de véritable conservatisme. Avec François Legault, est-il plus conservateur d’entraîner nos enfants dans un régime de maltraitance pendant deux ans et d’interdire les liens sociaux et familiaux sans lesquels plus aucune tradition n’est possible?
 
L’heure n’est plus aux querelles internes, mais bien à l’union citoyenne afin de contrer les abus de pouvoir qui menacent la pérennité de notre démocratie. 
 
Que les francophones et anglophones soient en mesure de construire des ponts afin de délibérer de façon pacifique est une belle avancée citoyenne, pas une trahison. 
 
Après tout, comme l’a dit Socrate dans La République, «existe-t-il pour une cité un mal plus grand que celui qui la déchire et la morcelle au lieu de l’unifier?».