Deux députés ralliés à Milei racontent la recomposition de l’Argentine

À Buenos Aires

Les députés argentins José Federico Tournier (à droite) et Mariano Campero (Tucumán) à Buenos Aires, fin novembre 2025. Photo: Jérôme Blanchet-Gravel pour Libre Média.

Lundi le 8 décembre 2025, à 08:00

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Deux députés ralliés à Milei racontent la recomposition de l’Argentine
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Javier Milei continue de rebattre les cartes politiques en Argentine. Depuis le toit d’un grand hôtel de Buenos Aires, deux députés ralliés au président dévoilent à Libre Média les raisons de leur choix et leurs espoirs pour leur pays. 

 

Au pays de Borges, Milei continue d’ébranler le système. Deux élus récemment ralliés au président – José Federico Tournier (Corrientes) et Mariano Campero (Tucumán) – nous expliquent pourquoi ils ont choisi de rejoindre le parti du président Javier Milei.

 

Un ralliement assumé 

 

Pour José Federico Tournier, l’enjeu est avant tout démocratique. Issu du parti de centre droit Encuentro Liberal, il s’est senti tenu d’appuyer officiellement Milei après sa victoire aux récentes élections législatives:

 

«En 2023, les Argentins ont donné à Milei les outils et l’opportunité de réaliser ce qu’il avait annoncé. Nous ne faisons rien d’autre que respecter cela. Notre rôle, comme députés, est de lui donner les instruments pour mener les changements que les électeurs ont validés deux fois dans les urnes», lance-t-il depuis le toit d’un hôtel voisin du Congrès.

 

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Mariano Campero, lui, s’est heurté à une réaction hostile de son propre parti: «Nous avons été expulsés du radicalisme [l’Union civique radicale (UCR), ndlr] pour avoir laissé gouverner le président Milei. Ils nous ont sanctionnés parce que nous voulions qu’il puisse appliquer son plan économique. C’est assez paradoxal: on nous a punis pour avoir voulu garantir la stabilité institutionnelle.»

 

Campero rappelle que son groupe – la Liga del Interior, un petit bloc dissident formé de députés de l’UCR favorables à Milei – a finalement décidé d’intégrer La Libertad Avanza (LLA).

 

Milei accusé de pactiser avec la caste

 

Je confronte Mariano Campero à l’accusation qui enfle sur les réseaux sociaux: en s’alliant à des députés issus de «l’establishment», Javier Milei ne fait-il pas, au fond, le jeu de ce qu’il appelle la «caste politique»?

 

Campero répond fermement: «On entend cela: que Milei aurait trahi son mouvement en nouant des alliances. Mais c’est l’inverse. Ce que nous faisons est cohérent avec ce que le président a lui-même demandé. Après des décennies de crises institutionnelles, il faut garantir la gouvernabilité de l’Argentine.»

 

Le député de Tucumán défend son ralliement: «Le kirchnerisme et d’autres secteurs ont tenté de créer des déséquilibres fiscaux pour faire tomber le gouvernement. Dans ce contexte, il était essentiel d’assurer une base parlementaire solide. Ce n’est pas devenir la caste: c’est empêcher qu’elle gagne!»

 

«Nous sortons du pire moment»

 

Sur le plan économique, Mariano Campero décrit une Argentine qui commence enfin à respirer: 

 

«L’Argentine était un pays très fermé, où l’on ne pouvait pas importer les machines nécessaires au développement. Cela bloquait tout le secteur productif. Aujourd’hui, grâce aux dérégulations, des machines agricoles usagées peuvent entrer dans le pays et cela change la donne pour nos provinces. En énergie aussi, avec Vaca Muerta [principal gisement argentin de pétrole et de gaz non conventionnels, ndlr], les perspectives sont très positives. Tout indique que nous sortons du pire moment.»

 

«L’objectif est que l’an prochain, nous ayons moins de 10% d’inflation. Le travail technique commence à porter ses fruits», assure le membre de la Chambre des députés de la Nation argentine.

 

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De son côté, José Federico Tournier tacle les syndicats: «Nous devons moderniser le système de retraite, le système prévisionnel, la fiscalité. Beaucoup de lois sont devenues obsolètes. Et quand on touche à la caisse, c’est là que le kirchnerisme se met en travers. Les syndicats ne veulent pas perdre leurs privilèges.»

 

«Il faut que Milei gagne de nouveau en 2027»

 

Mais Tournier rappelle que les réformes prendront du temps: «Tout cela ne se change pas du jour au lendemain. Nous avons connu trop d’années de dégâts, de dérives kirchneristes et péronistes. Pour retrouver la liberté et recréer un environnement propice à la croissance économique, il faut que Milei gagne de nouveau en 2027. Les Argentins de bien l’ont compris: c’est le chemin à suivre, il n’y en a pas d’autres.»

 

Le pari pro-Israël de Milei

 

Le lien privilégié de Javier Milei avec Israël constitue l’un des plus vifs reproches formulés contre lui, tant en Argentine qu’au sein de la grande droite latino-américaine. Plusieurs figures de droite hispanophone – tout comme la majeure partie de la gauche – l’accusent effectivement de s’aligner sans réserve sur Washington et Tel-Aviv. 

 

Longtemps secondaire sur le continent, le conflit israélo-palestinien est devenu une ligne de fracture majeure, et Milei en a fait l’un des principaux axes de sa politique étrangère.

 

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Là encore, Campero assume pleinement la ligne présidentielle: «C’est une position très cohérente de la part de Milei. Il la défend depuis le premier jour. Le 7 octobre a été un point de rupture dans l’histoire d’Israël et notre solidarité est totale. L’Argentine a la plus grande communauté juive d’Amérique latine: nous avons rencontré les organisations de nos provinces et elles connaissent notre engagement.»

 

Mariano Campero appelle à la prudence: «Il existe encore beaucoup d’antisémitisme dans le monde et l’une de nos responsabilités est que cette discrimination ne se manifeste plus. L’histoire nous enjoint à rester vigilants.»