Trump, nouvel alibi des Libéraux pour gouverner par la peur

Un masque aux couleurs du drapeau américain est vendu à El Paso au Texas, le 18 novembre 2020 pendant les premières vagues de Covid-19. Phot: Mario TAMA pour l’AFP.

Mercredi le 2 avril 2025, à 09:25

De la peur du virus à la peur de Trump, les Libéraux de Mark Carney recyclent la stratégie de la crise permanente pour mobiliser l’électorat et justifier l’extension de l’État dans tous les domaines. 

 

Plusieurs citoyens perçoivent la campagne électorale fédérale canadienne de 2025 comme une lutte à finir avec le président des États-Unis. Pour plusieurs électeurs, il s’agit de trouver le meilleur candidat pour contrer Donald Trump. 

 

Partant du principe que l’élection fédérale de 2025 tourne autour de la réaction à l’élection de Trump aux États-Unis, les différents candidats ont accepté une logique selon laquelle il faut se positionner comme le plus anti-Trump possible pour l’emporter.

 

Un piège pour les conservateurs

 

Le problème est que cette posture est un poison pour un parti qui partage certaines des positions du président américain: une préférence pour le nationalisme par opposition au mondialisme, un rejet en bloc du wokisme et un goût pour une réduction de la taille de l'État.

 

Avec raison, les électeurs sentent bien que le chef du Parti conservateur, Pierre Poilievre, est plus proche de Donald Trump que ne l’est le nouveau chef du Parti libéral, Mark Carney. Monsieur Carney est un mondialiste reconnu, tandis que monsieur Poilievre, sans être à l’opposé, est nettement moins adepte des doctrines mondialistes.

 

Fabriquer une nouvelle crise

 

Bien que l'élection de Donald Trump aux États-Unis marque un recul pour les mondialistes, elle crée aussi le prétexte pour une crise politique exploitable. Les Libéraux canadiens en sont les principaux bénéficiaires.

 

Si nous examinons les tendances exprimées par les sondages, nous constatons que l'entrée en fonction de Donald Trump comme président marque le point d'inflexion à partir duquel les Libéraux ont commencé à faire des gains sur l'ensemble des autres partis.

 

Les Conservateurs auraient perdu environ 5 % dans les intentions de vote entre l'arrivée de Donald Trump au pouvoir et la nomination de Mark Carney comme premier ministre du Canada. Les Libéraux, quant à eux, auraient gagné plus de 10%.

 

Qu'est-ce qui explique cette tendance? Les Libéraux ont une longue histoire d’utilisation stratégique des enjeux internationaux pour consolider leur base. L’élection de Trump offre un narratif commode: celui d’un Canada qui doit se protéger contre un voisin imprévisible.

 

Les Libéraux peuvent capitaliser sur cette peur en se présentant comme les mieux placés pour négocier avec Washington et protéger les intérêts économiques canadiens, notamment en matière de commerce et d’emploi.

 

Le motif est récurrent. L’annonce d’un virus inquiétant et mortel nécessitait aussi un gouvernement bienveillant, ce que le premier ministre Justin Trudeau s’est empressé d’offrir en 2021. En 2025, Mark Carney invoque la menace de Donald Trump.

 

La recette est la même: 

 

D’abord, il y a une réponse à une crise perçue comme existentielle: en 2021, Justin Trudeau a présenté la gestion de la pandémie comme une priorité absolue, mobilisant une image de bienveillance pour rassurer la population face à une menace sanitaire.

 

En 2025, Mark Carney positionne la menace économique et politique de Donald Trump comme une crise majeure pour le Canada, nécessitant une réponse forte et unie. Il a même évoqué une rupture potentielle des relations avec les États-Unis.

 

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Ensuite, mobilisation du sentiment de solidarité: que ce soit la solidarité face au virus, ou la résistance face à une agression extérieure incarnée par Trump, il importe de répéter que tous doivent participer à la réponse, à commencer par les médias.

 

Cet appel à la solidarité sert à renforcer le sens du bien commun et à minimiser l'individualisme. Les grands réseaux, comme Radio-Canada, ne rechignent pas à diffuser des reportages alarmistes sur les déclarations du président américain, renforçant l’idée d’un Canada en péril. Cette couverture médiatique contribue à maintenir la crise au cœur du débat public.

 

Fixation collective

 

Cette fixation collective sur la figure de Donald Trump, dont les politiques et la personnalité servent de prisme à travers lequel les Canadiens interprètent leur propre paysage politique, est souvent qualifiée de «syndrome de dérangement de Trump». Il s'agit d'une version actualisée de la folie de la Covid.

 

Il y a une réponse émotionnelle intense, une bataille binaire et passionnelle, où la nuance cède la place à des postures extrêmes. Les deux phénomènes reposent sur une rhétorique de crise qui exige une réponse unifiée, souvent relayée par les grands médias.

 

Ces crises avantagent naturellement les partis favorisant un État plus intrusif. Pour gagner, les autres partis doivent sortir de cette logique, mais ils ne semblent pas toujours savoir comment s'y prendre. 

 

Tarifs: PSPP plus serein que Poilievre

 

Lors de l'entrée en fonction du président Américain, le chef du Parti Québécois nous incitait à «demeurer très calme, très en contrôle». Pierre Poilievre quant à lui a choisi de répondre «Canada will never be the 51st state», prenant au pied de la lettre la menace de Donald Trump visant à faire du Canada un état américain.

 

Le chef du Parti Québécois a choisi de sortir les gens du sentiment de crise le plus rapidement possible en se faisant rassurant. Il a relativisé la menace. Le chef de l'opposition officielle à Ottawa a plutôt joué la carte du combattant, en se plaçant immédiatement en mode de combat.

 

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Les deux politiciens ont maintenu leur stratégie initiale. Monsieur St-Pierre Plamondon nous rappelait, au début du mois de mars, de garder la tête froide, alors que monsieur Poilievre a multiplié les déclarations donnant de la crédibilité aux menaces du président Américain.

 

Pour les politiciens, participer à la logique d'une crise politique est un choix. Monsieur St-Pierre Plamondon a choisi de passer outre, monsieur Poilievre s'y est engagé. L'un offre une vision rassurante et optimiste, l'autre s'offre en champion prêt à combattre et triompher.

 

Des crises à gogo pour maintenir la peur

 

Les crises politiques ont une durée de vie. Le citoyen se lasse d'un sujet abstrait souvent éloigné de sa vie quotidienne. Les citoyens ne peuvent maintenir un niveau élevé d’anxiété ou d’indignation indéfiniment.

 

Les politiciens et les journalistes peuvent prolonger une crise en la réinventant (nouvelles variantes du virus, nouvelles provocations de Trump), mais cela a ses limites si le public perçoit une manipulation.

 

Les gains politiques sont donc éphémères. Il faut donc continuellement créer de nouvelles crises. Toutes les occasions sont bonnes. Et tant que la recette de la politique de crise fonctionnera, elle sera utilisée pour renforcer le rôle de l'État dans nos vies.

 

Les politiciens qui militent pour une réduction du rôle de l'État doivent apprendre à ne pas accepter les prémisses de leurs adversaires.