Président de la Commission politique du PCQ de mars 2019 à novembre 2022, André Valiquette explique les raisons qui selon lui expliquent l’échec électoral du 3 octobre dernier. Pour ouvrir la discussion, Libre Média publie son texte en intégralité.
Le Parti conservateur du Québec peut être fier du chemin parcouru depuis l’arrivée de son nouveau chef, Éric Duhaime, en 2021.
Même ses adversaires ont été impressionnés par la croissance du Parti et par le succès de plusieurs événements publics tenus pendant la campagne électorale.
Cependant, les intentions de vote ont chuté au cours de la campagne et finalement, le 3 octobre dernier, nous avons été un peu déçus tout en reconnaissant ce chemin parcouru.
Il me semble important de regarder la réalité en face, ombre et lumière, pour saisir la nature de ce qui s’est passé. En entamant cette démarche, notre liberté sera plus grande d’en assumer les conclusions.
Que nous nous ménagions nous-mêmes ou que d’autres le fassent ne nous avance à rien. Il faut sortir de la chambre d’écho.
J’ai attendu que les élections du 3 octobre soient derrière nous pour quitter l’exécutif du PCQ et revenir publiquement avec une autre façon de voir les choses.
Une campagne révélatrice
Une campagne électorale est évidemment un temps fort pour entrer en communication avec l’électorat, au-delà des seuls membres d’un parti. Le chef joue un rôle absolument central dans cet exercice.
Le chef du PCQ a de grands atouts à titre de communicateur. Il a tenté de porter des messages ciblés auprès de différentes couches de l’électorat. Mais la connexion ne s’est pas faite autant qu’on s’y attendait.
Bien sûr, le courant a passé avec les 60 000 membres du parti. C’est déjà pas mal de monde. Mais les effectifs d’un parti à eux seuls ne seront jamais suffisants pour ne remporter ne serait-ce qu’un seul comté.
Un blocage
Les sondages ont indiqué à plusieurs reprises deux tendances intéressantes à propos du rayonnement du PCQ.
D’abord, les gens qui nous appuyaient étaient plus fermes dans leur décision que les électeurs qui prévoyaient voter pour un autre parti.
Par contre, notre potentiel de croissance était très faible : selon le sondage Léger du 27 septembre, le PCQ était en queue du peloton pour le deuxième choix des électeurs, avec seulement 6% des sondés qui pouvaient envisager de faire migrer leur vote vers nous. Nous occupions, à ce titre, la cinquième et dernière position parmi les cinq partis.
Plus récemment, le 10 décembre, un autre Léger a confirmé que le chef du PCQ est celui qui subit le plus de rejet (57%).
J’en conclus que nous avons polarisé le vote: on était pour nous ou contre nous. Contre nous, plutôt qu’indifférent ou légèrement intéressé. Pas de quoi engager une grosse conversation.
Bref, au-delà du 13% que nous avons remporté à l’élection, nous sommes devenus inaudibles pour une grande majorité de Québécois.
Pourquoi?
Les origines du problème
Nos résultats décevants ne tiennent pas qu’à une seule cause, mais le manque d’écoute pour nos propositions tient assurément à une barrière qui s’est levée en 2020 et 2021 chez de nombreux Québécois vis-à-vis notre marque : on nous a jugés irresponsables sur la question des mesures à prendre contre la Covid-19.
Je crois que notre dénonciation des mesures sanitaires a été confuse et que les Québécois n’ont pas senti ce qu’on aurait pu faire de mieux avec le système de santé qu’on avait.
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Peut-être que l’électorat n’a pas compris quelle était notre idée de la liberté: on n’a pas discerné si nous chérissions autant la valeur complémentaire de la responsabilité. Aucun droit n’est absolu, pris en lui-même.
Le libre arbitre ne signifie pas une volonté univoque, mais plusieurs volontés conflictuelles au sein d’une seule et même personne. La liberté ne peut pas être appréhendée simplement. Elle engendre une tension morale. Il y a un équilibre à atteindre entre liberté et responsabilité que nous ne semblions pas rechercher.
Je crois que beaucoup de gens ont de la difficulté à nous écouter, car cette incompréhension persiste.
Pour la majorité de la population, atteindre un taux de vaccination important était la seule façon de sauver des vies, de sortir du confinement, de retrouver pleinement nos libertés de mouvement et de favoriser le redécollage économique du Québec.
Vaccination sans coercition
À écouter certaines des interventions de nos supporters, c’est le vaccin qui représentait un danger; ou bien le vaccin devait être parfait. Pour plusieurs, il semble que les dommages collatéraux de toute mesure sanitaire seraient bien pires que des effets secondaires du virus.
Pour d’autres enfin, les masques ne seraient pas efficaces du tout et il valait mieux ne pas en porter, même dans des lieux fermés.
Il semble que pour garder les appuis de ces radicaux, de ceux qui se méfient de tout, qui ont l’impression de vivre dans un État totalitaire, nous ayons parfois tenu un discours ambigu sur les libertés individuelles.
Bien sûr, certaines mesures du gouvernement Legault ont été exagérées ou liberticides et il fallait les dénoncer (passeport vaccinal, couvre-feu, entreprises fermées, enfants masqués, tendance à la censure) ainsi que le manque de transparence dans la gestion des fonds publics. Mais nos institutions sont solides et représentent ce que nous avons de plus précieux.
Les Québécois étaient prêts à entendre un discours critique à ce sujet, mais pas aussi excessif.
On ne peut pas simplement déclarer que l’acceptation ou le refus de mesures sanitaires relève seulement de la liberté individuelle et du domaine privé. C’est aussi une question de politique publique où les élus doivent évaluer les avantages et les inconvénients de ces mesures pour le plus grand nombre.
Un conservateur recherche l’équilibre des droits et des devoirs. Protéger la vie humaine et la santé de nos concitoyens est un devoir important.
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Ce n’est pas seulement une question qui se résout dans le cabinet de notre médecin, contrairement à ce qu’on a entendu au PCQ. Notre médecin ne connaît pas l’efficacité d’un vaccin par ses propres recherches, ce n’est pas son boulot, c’est plutôt la science et la santé publique qui pourront le lui confirmer. Tout au plus pourra-t-il conseiller son patient si celui-ci a un état de santé particulier.
De plus, dire qu’il fallait protéger seulement les plus vulnérables, c’était ne pas tenir compte du fait que les personnes âgées ne vivent pas en vase clos. Si les gens qu’ils voient et de qui ils reçoivent des services sont infectés, on n’est pas avancés. Il fallait mettre en œuvre des mesures de plus grande envergure.
Rien n’aurait dû nous retenir d’appuyer une campagne de vaccination ou d’autres mesures raisonnables. Appuyer une telle campagne n'obligeait pas les gens à suivre nos conseils et ne rendait pas le vaccin obligatoire.
Cela nous aurait simplement permis d’exprimer le choix de ce qu’on croit être la bonne politique pour la santé de la majorité de nos concitoyens. Après ça, les gens décident pour eux-mêmes.
J’ai proposé à plusieurs reprises à l’exécutif national en 2021 d’appuyer clairement la campagne de vaccination, tout en s’opposant à toute mesure de coercition, ouverte ou cachée. J’ai également fait connaître cette position dans Québec Nouvelles. Le PCQ n’était pas prêt. Une partie de ses membres aurait décroché, disait-on.
Pendant ce temps, un gouvernement responsable, quel qu’il soit, se devait de faire des choix sur la campagne de vaccination en n’ayant pas dès le début beaucoup d’informations qui sont arrivées progressivement par la suite. Il a fallu acheter les vaccins, les distribuer à travers de nombreux réseaux, se coordonner avec le gouvernement fédéral et surtout, faire une campagne de communication pour ne pas qu’une opération de milliards de dollars finisse en gaspillage ou dans la confusion.
Les Québécois n’ont rien vu de mal dans cette séquence de décisions, avec raison.
Le corps médical et les professionnels de la santé ne nous ont pas compris du tout. Comment se fait-il qu'il n'y ait que deux médecins au Québec qui se soient affichés avec nous? Même les médecins signataires d’un manifeste pour la décentralisation ont pris soin de garder leurs distances d’avec le PCQ.
La peur du gouvernement, c’était et c’est toujours que les hôpitaux soient débordés, qu’on manque de lits et de personnel pour s’occuper des cas de Covid-19 et surtout de mal paraître. De là une spirale de mesures souvent inutilement contraignantes au nom du principe de précaution.
Seuls certains chiffres sur la contagion, pas toujours validés, semblaient compter aux yeux des hauts fonctionnaires. Les dommages collatéraux à moyen terme des mesures sanitaires n’étaient pas pris en compte par ceux-ci. Et manquait le questionnement sur l’efficacité de notre système de santé. C’est là que le PCQ avait un train de réformes à proposer.
Nous l’avons fait avec énergie, mais notre message est resté brouillé par nos erreurs de départ.
Les Québécois ont compris les défis de cette pandémie, tout en constatant que notre système de santé avait de gros problèmes. Il y avait un appétit pour entendre parler de réformes importantes.
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Le PCQ avait beaucoup de choses à dire sur cette réforme nécessaire du système de santé et nous avons initié la tenue d’un colloque sur cette question en mai dernier. Mais l’écoute de l’opinion publique était déjà très basse.
Ce qui est dommage, c’est que notre dénonciation unilatérale des mesures sanitaires ait servi de diversion à nos adversaires. Ils ont saisi l’occasion pour nous définir comme des irresponsables. On l’a bien vu lors des débats de la campagne.
À mon sens, nos résultats électoraux ont confirmé qu’une approche trop radicale nous a desservis sur cette question.
La bataille de l’opinion publique
Les débats télévisés de la campagne ont été un révélateur. Le courant n’a pas passé parce qu’Éric ressentait bien, lors des débats, que nos arguments n’avaient pas fait leur chemin dans l’opinion publique et qu’il était trop tard, lors d’une confrontation très contraignante en termes de temps, pour expliquer quoi que ce soit.
Lorsqu’un chef arrive aux débats, il doit apporter avec lui un capital d’appuis. Les médias ont fait semblant de s’intéresser à certaines de nos propositions, mais nous n’avions engrangé aucun appui important dans le monde professionnel ou économique.
Alors, que voulez-vous que fasse le chef? Il s’en est bien tiré dans les circonstances, sans plus. Il n’était pas là pour faire des miracles.
Éric Duhaime a vécu une expérience difficile sur le plan humain: avancer des idées qui sont à la limite de ce qui est acceptable par l’opinion publique, que ce soit sur la taille de l’État, la place du privé en santé ou sur l’environnement, par exemple.
Ce n’est pas facile de s’avancer devant des opposants et de penser aux millions de Québécois qui nous écoutent en ressentant parfois qu’ils ne peuvent pas saisir pleinement quels sont les impacts de ce qu’on veut dire, car il y a trop d’éléments nouveaux dans nos propositions qui ont été absents du paysage médiatique. Alors ça ajoute une énorme pression. Pendant ce temps, nos opposants nagent le plus souvent dans les idées reçues.
J’attire votre attention sur un élément à mon sens important: un parti politique qui veut apporter des réformes audacieuses à notre système de santé aura besoin d'aller chercher des appuis publics auprès de responsables dans ce domaine qui ont une certaine notoriété et qui vont valider ou challenger positivement nos propositions pour réformer les règles du jeu.
Le PCQ doit essayer de dialoguer avec des joueurs actifs dans le domaine de la santé. Il doit préciser ses propositions dans ce domaine en identifiant les obstacles réglementaires et organisationnels à la mise en place de ce système compétitif public/privé qu’il souhaite établir.
La bonne approche est de faire connaître et valider nos orientations, dossier par dossier, par de tierces parties qui ont une expertise professionnelle ou publique et qui accepteraient de nous donner conseils ou appuis.
Ainsi, les réformes classées à droite perdront leur apparence radicale, car on sera en mesure de préciser les étapes de leur réalisation et les effets bénéfiques pressentis.
La droite doit viser à occuper le terrain symbolique du centre, en gardant l’essentiel de ses propositions. La droite doit devenir le gros bon sens. En Occident, c’est l’approche qui fonctionne généralement le mieux.
Pour exprimer ces propositions avec force en campagne électorale et aller chercher des appuis dans les milieux professionnels et économiques, il aurait fallu être audibles et ne pas traîner des débats stériles sur les campagnes de vaccination.
Un positionnement du PCQ qui le projetterait vers l’avenir, c’est d’affirmer haut et clair que les Québécois méritent de meilleurs services. C’est pour ça qu’il faut expliquer l’importance du privé en santé, pour que l’offre de soins s’adapte rapidement et se donne plus de moyens pour répondre à des besoins diversifiés.
C’est là où le PCQ pourrait mettre en œuvre un positionnement distinctif et payant.
Un coup de barre nécessaire
Je suggère d'infléchir un peu le positionnement du PCQ, avec l’habileté dont Éric Duhaime est capable. Éric a aussi la qualité d'être un rassembleur. Ça prendrait tout son talent pour adoucir le message du PCQ sur les mesures sanitaires tout en ne suscitant pas une dissidence d'une partie importante de ses supporters de la première heure, ceux qui se méfient des vaccins par principe.
Il faut envoyer les bons signaux aux Québécois: si une autre pandémie se présentait, le PCQ agirait un peu différemment.
Il y a des membres qu’il faudra laisser aller pour en récupérer beaucoup d’autres, et surtout de nouveaux électeurs.
Je ne crois pas que le PCQ puisse rallier des députés de la CAQ et les inciter à le rejoindre si cet exercice n’est pas mené à terme.
Je crois également que la grande majorité des candidats et une partie des membres attendent une évaluation plus critique des deux dernières années et des perspectives nouvelles. Ça va prendre un bon mélange de souplesse et de courage.
Je demeure optimiste. Le PCQ va tout de même finir par percer dans l’opinion publique et surmonter les obstacles qu’il rencontre actuellement pour établir une écoute pour ses propositions. Son programme vise à moderniser le Québec et à le remettre sur la voie de la prospérité.
C’est en identifiant les causes de ses difficultés actuelles et en les admettant franchement qu’il établira plus rapidement un contact prometteur avec les Québécois.












