Le paradoxe Éric Duhaime

Éric Duhaime prononce un discours dans le cadre de la Conférence Canada Strong and Free à Ottawa le 11 avril 2024. Photo: page Facebook officielle d’Éric Duhaime.

Mardi le 29 octobre 2024, à 08:30

Le PCQ peine à définir son électorat et à trouver sa cohérence idéologique. En quatre ans, il n’a pas su s’émanciper de sa dépendance à Éric Duhaime ni s’ajuster au retour de la question nationale, estime Samuel Lamarche. 

 

Le Parti conservateur du Québec et son chef sont deux étranges créatures politiques qui causent bien des maux de tête aux analystes et aux amateurs de politique.

 

Tout d’abord, mettons les choses au clair: au Québec, le fameux changement de paradigme faisant passer les partis de l’axe entourant la question nationale à l’axe gauche-droite, anticipé par plusieurs commentateurs, n'a pas eu lieu.

 

Encore aujourd’hui, les partis sont principalement compris et analysés sur la base de leur positionnement à l’égard de la question nationale. 

 

Le PQ est évidemment le parti souverainiste. Il a, depuis l’arrivée de Paul St-Pierre Plamondon, recommencé à faire de l’indépendance son cheval de bataille. 

 

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La CAQ est nationaliste, mais fédéraliste, une position qui semble avoir été très payante initialement, mais qui a surtout l’air de nourrir le PQ à plus long terme. 

 

Le PLQ est la formation fédéraliste par excellence.

 

Enfin, QS se dit souverainiste, mais n’est de toute façon pas pris au sérieux par la majorité des indépendantistes et se retrouve à être davantage un groupe de pression élu qu’un véritable parti.

 

Le PCQ dans tout ça? Il est difficile de comprendre son positionnement hors de l’axe gauche-droite. Le parti se prétend autonomiste, ayant même fait de l’autonomie le thème de son dernier congrès, mais très peu de mesures concrètes appuient cette orientation.

 

Un électorat mal défini

 

Tout pour compliquer les choses, le PCQ semble incapable de bien cerner son électorat. Un jour, il tente de courtiser le vote anglophone de Montréal; un autre, le vote des nationalistes; puis un autre, il vise les «libertariens» de Québec. Cette dynamique rend le parti incohérent et cause au parti un autre problème: le PCQ est prisonnier d’Éric Duhaime. 

 

C’est là où le paradoxe Duhaime entre en compte. D’un côté, Éric amène un plancher indiscutable au parti. Sa notoriété, particulièrement dans la région de Québec et en Beauce, permet au parti d’avoir six sièges selon les prévisions de Qc125. Le parti est aussi populaire que QS à l’échelle nationale alors qu’il était inexistant il y a cinq ans.

 

Le hic, c’est que Duhaime est constamment le politicien recevant le plus haut taux d’opinion défavorable au Québec. Ce n’est pas peu dire: il serait moins populaire qu’Éric Caire! 

 

Encore là, si le pourcentage de personnes ayant une mauvaise opinion de Duhaime était de 30% avec un autre 30% d’indécis, la situation serait moins grave: un peu de marketing politique et tout s’arrange… Cependant, dans le cas d’Éric, plus de 60% des électeurs ont «plutôt une mauvaise opinion de lui» et 19% «ne le connaissent pas».

 

C’est donc dire que tant et aussi longtemps qu’Éric Duhaime sera chef du PCQ, le parti ne peut pas aspirer à être beaucoup plus qu’un QS de droite. C’est mathématique. Mais sans lui, le parti ne peut probablement pas gagner de sièges, ou alors bien moins que ne l’anticipent les projections.

 

Des ajustements nécessaires

 

Pour les partisans du PCQ, le constat est sombre. Le parti n’a toujours pas trouvé de véritable cohérence idéologique et un public cible. En quatre ans, le parti n’a pas réussi à se défaire de sa dépendance à Éric Duhaime et à s’adapter au retour de la question nationale sur le devant de la scène politique. 

 

Le parti a misé tous ses œufs dans le panier gauche-droite et se retrouve aujourd’hui bien mal équipé pour la prochaine élection. 

 

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Alors que les principaux débats risquent de porter sur la Loi 21, la protection du français, l’immigration et le statut du Québec dans le Canada et le monde, le PCQ compte se présenter aux élections en parlant de troisième lien, de tramway, de guerre à l’auto et de baisse d’impôts. 

 

Si l’objectif du PCQ est d’être le parti de la grande région de Québec et des environs, le PCQ est sur la bonne voie. Mais si son intention est de former le gouvernement un jour, il faudrait revoir le discours et les orientations du parti sur la question nationale, car sans une telle introspection, le pouvoir semble hors de portée pour les conservateurs.