Au Québec, les courants islamistes intensifient leur offensive contre la laïcité, exigeant désormais l’embauche d’enseignants universitaires musulmans pour imposer leur point de vue au sein des institutions. Un texte du politologue André Lamoureux.
Le récent appel d’Amira Elghawaby enjoignant le Québec à embaucher plus d’enseignants musulmans, palestiniens ou arabes dans les universités a fait sursauter des pans entiers de la population québécoise. Avec raison.
On lui reproche de vouloir faire prévaloir les croyances religieuses musulmanes dans les processus d’embauche des universités québécoises et de défier une compétence exclusive de la province.
On lui a rappelé aussi que les enseignants des universités québécoises, cégeps et écoles publiques ne sont pas engagés en vertu de leurs croyances religieuses. Seulement en fonction de leurs diplômes, compétences et expériences professionnelles.
Une telle requête est aussi un affront contre le caractère laïque de l’État. Il fut une époque lointaine où l’État, les écoles et les universités étaient animés par les Frères des écoles chrétiennes ou les Jésuites, mais tout cela est du passé, sans possibilité de retour en arrière, même au nom de l’islam.
Plus que tout, l’initiative d’Amira Elghawaby soulève un enjeu qui dépasse les frontières du Québec et du Canada. Elle ressemble étrangement à la stratégie privilégiée par les Frères musulmans dans toutes les démocraties libérales.
L’idée est bien connue. Il s’agit d’utiliser la démocratie comme «cheval de Troie» pour y imposer peu à peu les règles et principes coraniques; de la rogner à petit feu et finalement la défigurer.
Sinon la détruire. À cet égard, un tracé très révélateur et inquiétant s’est manifesté au Canada depuis 2016 sous la gouverne de Justin Trudeau et la bonne collaboration de Pablo Rodriguez.
Les quatre étapes d’un dérapage
En premier lieu, ce fut la présentation et l’adoption par la Chambre des communes, le 23 mars 2017, de la motion M-103 pilotée par la députée libérale Iqra Khalid pour contrer la prétendue montée de «l’islamophobie» et du «racisme systémique» qui rongerait le Canada et le Québec. Solidaires de Justin Trudeau, le PLC (dont Pablo Rodriguez) et le NPD ont voté en faveur de cette motion, tandis que les conservateurs et les bloquistes s’y sont opposés.
Parallèlement à cette première offensive, il faut rappeler qu’en 2015 Amira Elghawaby était déjà devenue directrice des communications au Conseil national des musulmans canadiens (CNMC), poste qu’elle a occupé jusqu’en 2023.
La deuxième incursion fut la création par Ottawa, en juin 2019, d’un Secrétariat fédéral de lutte contre le racisme systémique mandaté pour mener le combat contre le racisme systémique et l’islamophobie. Un budget de 45$ millions lui fut d’emblée octroyé par Pablo Rodriguez, alors ministre du Patrimoine canadien.
Nombre d’organismes, dont le CNMC, ont pu ainsi bénéficier d’un généreux financement pour saper les bases laïques de la société québécoise avec des accents de haine envers tout un peuple.
Dans un troisième épisode, en juillet 2021, le gouvernement de Justin Trudeau organisa un Sommet national sur l’islamophobie en collaboration avec le CNMC. Dans son mémoire, cet organisme piloté par Amira Elghawaby clamait que l’islamophobie était «mortelle et systémique».
Fait intéressant, on y demandait déjà la création d’un poste « d’envoyé spécial sur l’islamophobie » avec notamment pour mission d’encourager la production «d’histoires musulmanes, racontées par des musulmans». Des réalisations devant être financées par le gouvernement fédéral, Téléfilm Canada, l’ONF, les provinces et les municipalités.
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Surtout, on suggérait de développer une stratégie pour contrer l’islamophobie en éducation, de concert avec les ministères et les conseils scolaires, tout en veillant à favoriser des programmes de recherche sur l’islamophobie dans les universités.
On constate donc ici que la volonté d’incursion dans les universités était déjà clairement exprimée.
En quatrième lieu, en janvier 2023, alors que Pablo Rodriguez était redevenu ministre du Patrimoine canadien, Amira Elghawaby était officiellement nommée Représentante spéciale du Canada chargée de la lutte contre l’islamophobie. Quel surprenant hasard! Le souhait qu’elle avait exprimé en 2021 était enfin exaucé!
L’islamisation de la connaissance
La plus récente demande d’Amira Elghawaby semble se river à un axe idéologique dont les Frères musulmans sont porteurs.
En effet, selon l’anthropologue Florence Bergeaud-Blackler, chargée de recherche du CNRS en France et spécialiste de l’islamisme, «l’islamisation de la connaissance» serait un objectif stratégique obscurantiste de cette mouvance.
Cette islamisation, explique-t-elle, «n’est pas une école de pensée, mais une tentative systématique et planifiée de réappropriation des sciences par l’islam», tout en voulant «déconstruire et retraduire la philosophie des Lumières (…) en termes islamiques».
De manière cynique, l’anthropologue ajoute qu’en vertu de cette logique d’entrisme «la modernité islamique échappera à la dérive matérialiste, au nihilisme, à l’immoralité et à l’absence de sens par lesquels s’explique le déclin que connaît l’Occident».
L’offensive systémique menée par les différents courants islamistes au Québec contre la laïcité correspond à cette mission, celle de contrer la démocratie séculière moderne et d’islamiser la connaissance dans les études supérieures.
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Cette offensive est maintenant jumelée à une nouvelle demande d’engager des enseignants universitaires de confession musulmane qui pourraient privilégier des recherches sur la religion et la culture musulmane.
Pablo Rodriguez a été le capitaine de Patrimoine Canada pendant une bonne durée de cette cavalcade d’Amira Elghawaby. Comment a-t-il pu avaliser la mission idéologique de cette «représentante spéciale»?
De manière surprenante, après s’être lancé dans la course à la direction du Parti libéral du Québec, il a affirmé qu’il aurait voté en faveur de la motion de l’Assemblée nationale exigeant sa démission. Opportunisme ou sincérité? Chose certaine, Pablo Rodriguez devra tôt ou tard tôt répondre à des questions pour le moins embarrassantes.











