Et si la force du PCQ était dans son programme?

Le chef du PCQ, Éric Duhaime, dévoile le slogan de son parti pour la campagne provinciale d’octobre 2022, le 5 juillet 2022 devant l’Assemblée nationale du Québec. Photo: page Facebook officielle d’Éric Duhaime.

Lundi le 30 janvier 2023, à 12:00

Président de la Commission politique du PCQ de mars 2019 à novembre 2022, André Valiquette poursuit le débat sur les causes du récent échec électoral de sa formation.  

 

Mon bilan de la campagne électorale a amené ces derniers jours deux réactions bien argumentées dans ces pages, celle de Me Pierre-Marc Boyer, candidat du PCQ à la dernière élection, et celle de Félix Racine.

 

Cela me rassure de voir qu’il y a des gens de qualité qui veulent contribuer à l’avancée du PCQ. Ce qui augure bien pour nos débats et le rayonnement de ce parti.

 

Cerner le vrai problème

 

Le bien nommé sanitarisme est effectivement une plaie, mais la pandémie du Covid aussi en était une.

 

Si on veut gouverner un jour, il faut montrer qu’on peut faire face à ces défis tout en essayant d’éviter les dommages collatéraux.

 

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Je comprends qu’il faille se démarquer. Ne pas faire partie du concert a ses avantages. Mais chanter tout seul trop longtemps également. J’y reviens à la fin de ce billet.

 

Eh non, le programme du PCQ n’est pas trop radical. J’ai contribué à le mettre au point et il est porteur d’avenir. C’est la position de ce parti sur les mesures sanitaires qui n’a pas été comprise. Voilà le vrai problème.

 

Chercher une vision globale

 

On est tous d’accord qu’il fallait et qu’il faudra s’opposer à toute mesure sanitaire liberticide et comprenant des dispositions obligatoires.

 

La question qui est sur la table me semble être: aurions-nous dû appuyer la campagne de vaccination? Je continue à croire que oui, car avec les éléments que nous avions au départ, c’était la décision qui aurait été la plus avisée.

Les autorités scientifiques internationales prévenaient d’un danger de pandémie grave et l’effort a été mis pour trouver des vaccins.

Même le président Trump s’est rallié à cette politique et a investi massivement ce qu’il fallait.

 

Le danger de séquelles graves et de mort était plus présent la première année de la pandémie, ne l’oublions pas.

Dire que le vaccin était un « produit expérimental » et donc douteux revient à occulter un immense effort scientifique international. Le produit était suffisamment testé. Finalement, huit milliards de doses ont été administrées. Cela ne s’est pas fait tout seul.

 

Dans ce débat, je souhaite également qu’on ne perde pas de vue le «big picture»: la Covid a tout de même fait plus de 17 000 morts au Québec (le chiffre aurait été pas mal plus élevé sans vaccination). Certains diront, sans doute avec à-propos, que le chiffre est gonflé. Mais tout de même. La grippe fait 3500 morts par an dans tout le Canada. La Covid, de l’avis général en 2020, représentait un risque beaucoup plus sérieux.

 

Ce qui s’est passé en 2021 avec les vaccins ne relève pas d’un retournement de situation, mais de nuances sur leur efficacité et de l’évolution progressive de la Covid vers une maladie moins létale. Cela demandait des adaptations auxquelles le gouvernement n’a pas souvent consenti.

 

Cette maladie très contagieuse devait cependant être combattue quand même: c’est à cela que la Santé publique de différents pays doit s’atteler.

 

Les séquelles de la crise sanitaire

 

Dès le début, des doutes ont été émis sur des effets délétères de certains vaccins. Il n’y a encore rien de vraiment probant qui a dominé ce débat. Là aussi, beaucoup d’intérêts sont en jeu, économiques et politiques.

 

Les autorités publiques devront rendre des comptes sur tous les effets des vaccins et cerner des responsabilités si des effets négatifs et importants qui auraient pu être prévus ne l’ont pas été, par intérêt ou négligence. Je crois d’ailleurs que le libre marché doit jouer ici: les entreprises pharmaceutiques concurrentes de celles qui ont mis au point des vaccins doivent s’exprimer si elles voient des anomalies dans les processus qui ont amené leur mise au point.

 

Il faut laisser le débat sur l’efficacité des vaccins aux scientifiques et ne pas prendre le contrepied de la Santé publique à ce sujet. Par contre, je suis d’accord qu’il faut renforcer l’indépendance de cet organisme, qu’il tienne ses propres conférences de presse et ne soit pas intégré à l’appareil politique (avec son directeur qui avait rang de sous-ministre).

 

Et je suis entièrement d’accord pour qu’on documente également les séquelles des mesures sanitaires abusives auxquelles le PCQ s’est opposé avec raison.

 

Mais ne perdons pas de vue les séquelles à moyen et long terme de la Covid; cela aussi sera documenté dans les années qui viennent.

 

Le doute et la certitude en politique

 

Si on cultive une méfiance exagérée envers les vaccins en mettant trop l’accent sur des effets secondaires encore peu documentés, je crois qu’on ne sert pas bien la cause de la santé publique.

Il faut se rappeler que tous les médicaments sans exception présentent des effets secondaires.

 

Si on entend quelqu’un se plaindre de l’effet d’un médicament dans un média, il faut tout de même recadrer. Le Collège des médecins se devait de limiter ou contextualiser des interventions critiques de certains médecins ou professionnels de la santé.

 

Sinon, il peut y avoir des dérives graves qui vont faire foirer une campagne de vaccination coûteuse, campagne qui se devait de gagner la confiance de la population. Ce n’est pas coucher avec Big Brother de dire cela. 

 

Rappelons également que l’opinion très majoritaire sur les vaccins est qu’ils ont réduit l’encombrement des unités de réanimation et la létalité.

 

Les débats doivent se faire, mais une fois qu’un vaccin a été approuvé par des autorités scientifiques reconnues, le rôle du gouvernement est de faire des choix et de mettre en œuvre une campagne de vaccination, s’il le juge à-propos. L’efficacité de la campagne et de la mobilisation est importante. Si c’est pour arriver à un résultat de 40 % plutôt que 80 % et voir la contagion continuer de présenter une menace, cette campagne aura servi à quoi?

 

Évidemment, il s’est avéré que les vaccins n’étaient pas aussi efficaces que prévu contre la contagion. Mais ça, on l’a su après. Si le gouvernement n’avait rien fait en se basant sur une réaction de méfiance, aurions-nous été plus avancés?

 

Agir en gérant d’estrade?

 

Il y a un angle mort dans la rhétorique de certains militants: ne pas se mettre à la place des gouvernants et agir en gérant d’estrade. Je crois que le gouvernement devait exercer une pression pour la vaccination, mais pas exagérément. Il est normal qu’un langage de mobilisation ait été employé par les autorités publiques, elles savaient qu’elles seraient jugées sur les succès de cette campagne.

 

Le point faible du gouvernement, c’est que notre système de santé est dans un grand état de délabrement, de manque de ressources et de réactivité. Et il n’avait strictement rien à proposer aux Québécois à ce sujet. Le PCQ a esquissé de nombreux éléments de solution avec la proposition d’un système plus concurrentiel.

 

Mais quel que soit le parti au pouvoir, les décideurs devaient d’agir avec le système de santé existant et non pas avec celui que le PCQ proposait aux Québécois de construire.

 

Le PCQ a dénoncé la peur liberticide du gouvernement et a esquissé ses perspectives de réforme, mais l’écoute ne pouvait pas être suffisante si nous ne nous résolvions pas à appuyer cette campagne de vaccination.

 

Reconnecter avec les Québécois

 

Je repose la question qui dérange: pourquoi seulement deux médecins nous ont-ils appuyés publiquement pendant la pandémie? Tous des peureux? Pourquoi les médecins signataires d’un manifeste pour la décentralisation n’ont pas voulu se montrer avec le PCQ?

 

Je crois plutôt qu’ils ont été rebutés par une approche cognitive où certains de nos supporters ne recherchaient un appui que de quelques experts choisis, pas toujours en les citant convenablement, d’ailleurs.

 

Il est temps de rappeler les fondements du PCQ.

 

L’objectif premier de ce parti doit être de proposer aux Québécois une société libre et prospère.

 

Pour être entendus, il faut être crédibles dans notre façon de réagir et de discuter les problèmes.

 

Le programme et la plateforme électorale du PCQ, sur lesquels j’ai travaillé, amènent des éléments de rationalité et des pistes d’intervention pour aller plus loin.

 

Pour y arriver, il faut être crédibles dans notre façon de réagir et de discuter les problèmes.

 

Mais le commun des mortels ne perd pas de temps à lire les programmes des partis. C’est ce qu’on appelle « l’ignorance rationnelle ». Il n’est pas rentable pour la plupart des électeurs de se taper de longs documents et ils se fient plutôt sur les chroniqueurs et les leaders économiques et professionnels qui accepteront de travailler publiquement avec le PCQ.

 

Le PCQ doit entretenir un dialogue fécond avec ces corps intermédiaires ainsi que divers experts pour valider et crédibiliser ses dossiers.

 

Je crois que le milieu de la santé parlera plus facilement et plus rapidement au PCQ s’il admet, au moins dans des entretiens privés, que son positionnement aurait pu être légèrement différent.

 

Il me semble qu’il faut prendre en compte les sondages que j’ai mentionnés: le PCQ a polarisé l’opinion et risque de se cogner sur un plafond. Pour aller plus loin dans une conversation qui a connu des blocages, il est utile d’admettre qu’on aurait pu faire mieux ou un peu différemment.

 

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 Comprenons-nous bien: il ne s’agit pas pour le PCQ de modérer son discours sur son programme, mais de simplement faire un bilan différent de la campagne sanitaire.

 

Il n’est pas question de «rentrer dans le troupeau» ni de «se plier au politiquement correct», mais plutôt de rétablir une conversation et créer une écoute pour ce qu’il a d’important à dire. C’est comme cela, je crois, que le PCQ ne se fera pas définir par ses adversaires.

 

Il ne faut pas à tout prix rechercher un positionnement de radicaux, mais tout de même convenir que les réformes que nous proposons ont parfois un caractère radical, qu’elles représentent un tournant et c’est bien ainsi. Pensons à la santé, à l’environnement, à l’exploitation de nos richesses naturelles ainsi qu’à la mise en concurrence plus systématique des services étatiques. C’est là qu’est notre ADN.

 

Je crois que le PCQ s’en sortira de toute façon s’il réussit à amener ces thèmes porteurs dans l’opinion publique. Simplement, cela ira plus vite s’il reconsidère ce qui s’est passé.

 

Je dis à messieurs Boyer et Racine: au plaisir de vous rencontrer à une prochaine occasion et de pouvoir en discuter tranquillement.