Il y a 23 ans, l’Amérique subissait l’attentat le plus meurtrier de son histoire. André Sirois travaillait à l’ONU à Manhattan. Il nous raconte comment il a vécu ce jour historique durant lequel près de 3000 personnes ont perdu la vie. Témoignage.
Propos recueillis par Simon Leduc.
«Je me souviens qu’il faisait très beau à New York le matin du 11 septembre 2001. À cette époque, je travaillais pour l’ONU dans la Grosse Pomme. Ce matin-là, j’ai décidé d’allumer la télévision en me préparant, chose que je ne fais pas habituellement. Avant que je parte pour le boulot, ils ont parlé d’un attentat aux nouvelles, mais c’était encore flou.
J’ai pris l’autobus en direction de mon travail. Les gens étaient fébriles dans l’autobus. Quelqu’un m’a dit qu’il y avait eu un attentat près du World Trade Center. À six kilomètres de chez moi, on voyait très clairement, au-dessus de la 2e avenue, une arche de fumée. Les gens m’ont dit qu’un avion était entré en collision avec le World Trade Center.
Je me suis dit que l’Empire State Building avait déjà subi ce genre d’incident et qu’il n’y avait pas eu beaucoup de dégâts. Je pensais que les New-Yorkais aimaient dramatiser et qu’ils s’énervaient pour rien, mais j’avais tort.
Je suis arrivé au travail aux Nations Unies vers 9h30. On ne pouvait pas monter au bureau et c’était la confusion totale. Les préposés à la sécurité n’avaient pas reçu de directives. Les gens se demandaient quoi faire, d’autant plus que les ascenseurs étaient hors service.
Toutes sortes de rumeurs circulaient. Puis on nous a dit de descendre au sous-sol de l’ONU pour nous réunir dans une grande salle. Des gens dont j’avais gagné la confiance lors de missions difficiles à l’étranger sont venus me voir. Ils m’ont demandé ce que je pensais de la situation. Je leur ai dit de faire ce qui leur semblait bon, car aucune directive n’avait été émise.
J’ai décidé de sortir à l’extérieur et beaucoup de gens m’ont suivi. Il faut savoir qu’aucun avion n’avait jamais survolé le centre de Manhattan où on se trouvait, devant l’édifice des Nations Unies. Ce matin-là, un avion a remonté l’East River vers l’immeuble de l’ONU.
On a pensé en voyant l’appareil que le bâtiment des Nations Unies serait la cible d’une attaque. Beaucoup de gens se trouvaient près du siège de l’ONU: environ 7000 personnes y travaillaient où s’y rendaient chaque jour. Toutes les personnes réunies regardaient l’avion se diriger vers elles et se demandaient s’il allait aboutir tout près.
Un peu plus tard, on a appris qu’il y avait eu un second attentat dans l’autre tour du World Trade Center. Pour moi, c’était maintenant clair que l’Amérique était la cible d’attentats terroristes.
Mais dans les circonstances, on s’est demandé si le gouvernement américain avait été remplacé par un gouvernement étranger qui allait nous dire quoi faire. Avec le recul, cela peut paraitre surréaliste, mais dans la réalité, les autorités ne donnaient encore aucune consigne.
Je suis retourné chez moi en marchant après que les employés de l’ONU aient reçu l’autorisation de partir. J’ai tenté de contacter ma famille, mais les lignes téléphoniques étaient coupées.
Le personnel des restaurants avait eu la bonne idée d’installer des téléviseurs pour informer les New-Yorkais de la situation, ce qui a permis de rassurer les passants dans les rues.
En revenant chez moi, je me suis aperçu que je n’avais plus d’eau: je suis donc allé à la pharmacie pour en acheter. Mais la pharmacie était bondée, car les gens voulaient faire des provisions. J’ai attendu longuement dans la file.
Tout le monde s’est ensuite rendu compte qu’on ne pouvait plus retirer de l’argent dans les guichets et que les banques étaient fermées. En conséquence, ceux qui n’avaient pas d’argent comptant ne pouvaient pas faire de provisions.

Des policiers et des piétons courent pour se mettre à l'abri après l'effondrement de la première tour.
Photo: Doug KANTER pour l'AFP.
J’ai participé à des missions de l’ONU dangereuses qui m’ont appris à conserver de l’argent comptant chez moi en cas d’urgence. Ce matin-là, j’en avais chez moi. Les gens du syndicat de l’ONU m’ont appelé car ils recevaient des appels de personnes qui les connaissaient et qui avaient besoin d’aide. Bien des personnes âgées n’avaient plus d’argent pour se nourrir. Je suis donc allé au centre-ville pour donner de l’argent à ces gens-là pour qu’ils puissent s’acheter de la nourriture. Cela m’a fait plaisir de les aider.
Dans les rues de New York, il m’a traversé l’esprit que les terroristes avaient pu utiliser des armes chimiques pour faire bien plus de victimes. Heureusement, non.
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Les citoyens de New York sont restés calmes dans les rues de la ville. Les New-Yorkais s’entraidaient et il n’y a pas eu d’émeutes et de pillages. Je veux le souligner. Ce sont des gens calmes et solidaires et ils ont fait preuve cette journée-là d’un sang-froid hors du commun.
Je veux souligner aussi que les pompiers de New York ont fait un travail extraordinaire et héroïque. Ils ont sauvé beaucoup de vies. Plusieurs se sont sacrifiés afin de faire descendre le plus de gens possible des deux tours.
D’autres personnes ont fait preuve d’un comportement exemplaire. Il y avait une école près des lieux de l’attaque. La direction de l’établissement a senti que cela pourrait être dangereux pour les enfants. Les dirigeants de l’école ont fait évacuer tous les élèves et ils se sont rendus à Brooklyn en traversant le pont. Ce fut une opération réussie: tous les enfants sans exception ont pu se mettre à l’abri. C’est une histoire extraordinaire.
Je pense aussi à cet agent de sécurité qui a bloqué le train près du World Trade Center par mesure de sécurité. Ce dernier a fait dévier tous les trains vers un autre endroit. On estime que cette personne a sauvé entre 10 000 et 15 000 personnes.
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L’incendie du World Trade Center s’est poursuivi pendant trois mois. Le lendemain matin des attentats, en sortant de chez moi, j’ai senti de la fumée qui provenait du World Trade Center, à six kilomètres de mon domicile. Je m’en souviens très bien.
Je me suis rendu dans le bar d’un hôtel, près de chez moi, où trois hommes m’ont raconté comment ils étaient parvenus à évacuer l’immeuble alors qu’il se trouvaient au moment de l’attaque au 78e étage d’une des deux tours. À la sortie, ils ont dû marcher cinq kilomètres pour se rendre à leur hôtel.»











