Les Hébert-Rollet, une première famille française à Québec (1617)

Louis Hébert semant. Bibliothèque et Archives Canada 1918 - Domaine public.

Vendredi le 10 février 2023, à 16:20

Le jeune Hébert s’était joint aux voyages d’exploration du littoral du Maine aux côtés de Champlain ainsi qu’aux premiers efforts avortés de colonisation de l’Acadie, raconte notre chroniqueur histoire Marco Wingender.

 

À l’automne 1616, après avoir passé la dernière année dans la vallée du Saint-Laurent et au pays des Wendats, Samuel de Champlain était de retour en France.

 

Quant à la colonie de Québec, seule une cinquantaine de Français y vivaient, pour la plupart des marchands et des marins. Presque tous étaient des hommes ou des adolescents qui n’avaient nulle intention de s’y établir de manière permanente.

 

À vrai dire, près d’une décennie après sa fondation en 1608, Québec ressemblait toujours davantage à un simple poste de traite ou un camp transitoire qu’à une communauté bien implantée.

 

Une vision contestée

 

En France, plusieurs investisseurs ne partageaient pas la vision qu’avait Champlain pour la Nouvelle-France. Ils appuyaient ses explorations, qui leur faisaient miroiter davantage de profits du commerce des fourrures, tandis qu’on entretenait toujours le rêve de trouver un passage vers l’Asie.

 

Ils demeuraient toutefois peu enthousiastes à l’idée de coloniser la vallée laurentienne. Une telle entreprise représentait pour eux des coûts importants et constituait à leurs yeux un risque à la bonne conduite de leurs affaires. 

 

Quant à Champlain, il insistait sur l’importance du peuplement de la colonie pour son succès commercial à plus long terme, tandis que les actionnaires de la Compagnie se souciaient davantage des profits à courte échéance.

 

Une première famille française

 

Dans les premiers mois d’hiver de 1617, Champlain profita d’une accalmie dans ses affaires en France pour préparer un voyage en Amérique. Il quitta Honfleur le 11 mars et son séjour au Canada s’avéra très court. Il atteignit Tadoussac le 14 juin et aussi tôt que le 22 juillet suivant, il était de retour à Paris.

 

Il s’agissait d’une visite éclair, mais elle n’en fut pas moins marquante dans l’histoire de la Nouvelle-France. Pour l’occasion, Champlain avait emmené avec lui, en plus de trois pères récollets, la toute première famille française qui s’apprêtait à s’établir à Québec et à vivre de la terre.

 

Le patriarche de cette famille était un autre bon ami de Champlain, Louis Hébert, un jeune apothicaire (précurseur de l’herboriste moderne et du pharmacien).

 

Un vétéran de l’Acadie française

 

Le jeune Hébert avait déjà connu la Nouvelle-France de première main. Il s’était joint aux voyages d’exploration du littoral du Maine aux côtés de Champlain ainsi qu’aux premiers efforts avortés de colonisation de l’Acadie, entre 1604 et 1607. En tant qu’apothicaire à Port-Royal, il avait soigné tant des Français que des Autochtones.

 

En 1613, il dirigeait ce même établissement colonial lorsque, cet été-là, ses compagnons et lui avaient été faits prisonniers par des flibustiers anglais. Une seconde fois, Hébert avait été contraint de retourner en France.

 

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En 1616, Champlain l’avait convaincu de s’établir à Québec, sous la promesse d’une importante concession de terre, d’un salaire équitable pour ses services d’apothicaire ainsi que d’un gîte et de la nourriture pour lui et sa famille pendant la période du défrichage.

 

Hébert décida d’émigrer avec toute sa famille: sa femme Marie Rollet et leurs trois enfants, Anne, adolescente, Guillemette, âgée de onze ans et Guillaume, encore un petit enfant. Également avec lui, il y avait son beau-frère Claude Rollet et un domestique.

 

Une émigration malgré l’opposition

 

Au printemps 1617, quand les Hébert arrivèrent au port de Honfleur pour entreprendre leur périple, ils furent choqués d’apprendre que la Compagnie refusait d’honorer leur contrat. Cette volte-face aurait été l’œuvre d’une faction qui s’opposait fortement à la colonisation permanente de Québec.

 

La famille Hébert-Rollet avait pourtant déjà vendu sa propriété à Paris et ne pouvait plus revenir en arrière. Hébert dut se contenter d’un nouveau contrat qui réduisait de moitié son salaire et ses concessions et qui stipulait que les siens et son domestique agiraient au service de la Compagnie sans rémunération.

 

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N’ayant d’autres choix, il accepta de s’embarquer pour l’Amérique sous ces conditions diminuées avec sa famille. Louis Hébert était un homme d’une grande persévérance. Il avait accepté d’émigrer, même selon des termes très défavorables, confiant qu’il pourrait malgré tout améliorer son sort en Amérique.

 

Des débuts ardus mais concluants

 

À Québec, Champlain fit tout en son pouvoir pour appuyer la famille Hébert-Rollet et il ordonna à ses hommes de lui bâtir une robuste maison de pierres. En dépit du temps qu’ils durent consacrer à la Compagnie, les Hébert réussirent tout de même à défricher et à cultiver une partie de leurs nouvelles terres.

 

Pendant plusieurs années, ils furent les seuls à pratiquer l’agriculture à Québec. Grâce à un travail ardu, ils réussirent à établir une ferme viable produisant suffisamment de nourriture pour répondre à leurs propres besoins et à ceux d’autres habitants de Québec.

 

La petite production de grains et les talents d’apothicaire de Hébert furent une bénédiction pour les colons lorsqu’ils étaient malades et affamés.

 

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Champlain aida aussi le clan Hébert-Rollet à acquérir de nouvelles terres le long de la rivière Saint-Charles et ses membres s’imposèrent éventuellement comme des propriétaires terriens importants à l’échelle de la colonie.

 

Malgré les obstacles placés sur leur route, les Hébert-Rollet réalisèrent ainsi leur rêve de faire leur place dans le Nouveau Monde, en autonomie avec leur famille sur leurs propres terres. Ils avaient accompli tout cela même dépourvu d’une charrue, au moyen de simples outils manuels et à la sueur de leur front.

 

Une amitié féconde avec les Autochtones

 

Avec Louis Hébert, Européens et Autochtones étaient traités de la même manière. Tout comme Champlain, il jouissait de la confiance de ces derniers. Il les respectait et les accueillait dans sa demeure, où l’on peut s’imaginer qu’il échangeait avec eux sur les propriétés des plantes locales.

 

Les connaissances autochtones ainsi acquises par Hébert furent d’une aide inestimable pour les habitants de la toujours fragile colonie française.

 

Hébert aura aussi contribué à faire entrer l’Amérique du Nord au cœur de la naissance de la science botanique en Europe, notamment en acheminant en France des plantes indigènes médicinales aujourd’hui bien connues.

 

Les Autochtones développèrent une grande affection pour lui et sa famille et les exemples de respect à leur endroit furent nombreux.

 

Parmi eux, notons le baptême du fils du chef innu Chomina, célébré le 23 mai 1627, au cours duquel Marie Rollet, alors devenue veuve, agit à titre de marraine. Celle-ci offrit ensuite sur ses terres un festin de gibier et de volailles qui fut clôturé par des danses autochtones.

 

Mort prématurée, mais une descendance prolifique

 

Tragiquement, à l’hiver 1626, une banale chute sur la glace lui faucha la vie alors qu’il était âgé d’à peine une cinquantaine d’années. Malgré la mort prématurée du père, la vie continua pour le clan Hébert-Rollet.

 

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Les enfants se marièrent et la famille commença à se multiplier. Ses membres jouèrent un rôle clé dans la survie de la colonie naissante en devenant un pilier de stabilité, alors que durant plusieurs années, leur ferme familiale demeura la seule implantée à Québec.

 

Leur exemple démontra aussi qu’il était possible d’établir une population immigrante autonome dans la vallée du Saint-Laurent. Modèle de résilience et d’adaptation à l’Autre, le couple Hébert-Rollet aura brillamment incarné à sa manière le rêve d’un Nouveau Monde qu’il partageait si chèrement avec Champlain.