À l’été de 1608, les Français avaient réussi à établir un petit poste colonial à Québec, où des alliances furent consolidées avec des délégations d’Innus et d’Algonquins venues à leur rencontre.
Alors que les saisons se succédaient, 28 colons demeurant au pays s’apprêtaient à affronter un péril tel qu’ils n’en avaient jamais connu: leur premier hiver dans la vallée du Saint-Laurent.
Des conditions climatiques désastreuses
Cette année-là, la saison froide arriva tôt à Québec. Les mois d’octobre à décembre apportèrent avec eux des vents féroces, de fortes précipitations et la crue des eaux.
La température chuta ensuite abruptement et donna lieu à un hiver très sec; une combinaison cruelle pour les colons, car elle les privait des bénéfices d’une isolation des bâtiments par la neige.
La glace et l’absence d’un épais couvert neigeux rendirent, quant à elles, les transports et la chasse aux gros gibiers encore plus ardus.
Des familles innues en désespoir de cause
Toutes ces conditions rendaient pénible la vie des colons français et encore plus celle des chasseurs autochtones.
Champlain avait un grand respect pour les aptitudes des Innus et pour leur maîtrise de l’environnement naturel. Toutefois, il commença à s’inquiéter quand il fut témoin d’une suite de circonstances dramatiques.
De la mi-septembre jusqu’au mois de février, les Innus pratiquaient annuellement trois chasses successives qui leur permettaient de se nourrir adéquatement tout au long de l’hiver canadien: la pêche à l’anguille, la chasse au castor et celle à l’orignal.
En 1608, la saison des anguilles avait été plus courte qu’à l’habitude. En raison de la crue des eaux qui avait rendu difficile l’accès des chasseurs aux huttes du grand rongeur, la chasse aux castors échoua. Au cours de l’hiver sec qui suivit, la chasse à l’orignal fit chou blanc à son tour: un troisième échec pour les Innus.
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La crise frappa en février 1609. Selon ce que rapporte Champlain dans ses écrits, des familles innues commencèrent à apparaître sur la rive sud du fleuve Saint-Laurent, dont le courant puissant transportait avec lui d’énormes blocs de glace.
Visiblement affamés et voyant un recours possible de l’autre côté, les Innus décidèrent courageusement de lancer leurs canots dans les eaux torrentielles.
Rapidement prises au piège entre les glaces, leurs embarcations d’écorce furent fracassées et détruites. Les Français ne pouvaient qu’observer la scène pendant que les hommes, les femmes et les enfants, affaiblis par le froid, tombaient à l’eau en s’accrochant comme ils le pouvaient aux débris glacés qui flottaient autour d’eux.
Soudainement, par miracle, un courant providentiel s’empara d’eux et les conduisit progressivement jusqu’au rivage. À bout de forces, mais sains et saufs, ils purent regagner la terre ferme.
Tentant de leur venir en aide, les Français leur offrirent du pain, des fèves ainsi que de l’écorce pour leur permettre de se construire des logements de fortune.
La mort s’invite chez les Français
L’hiver n’épargna pas non plus le camp français. Dès la fin-novembre 1608, des colons étaient tombés malades en présentant les symptômes d’une maladie que Champlain appelait la «dysenterie». Causé selon lui par l’ingestion d’anguilles mal cuites, ce fléau fut si sévère qu’il tua plusieurs hommes.
Puis, au creux de la saison froide, ce fut au tour du scorbut, ce redoutable ennemi, de sévir. Durant trois mois, les Français avaient réussi à le garder à distance.
Toutefois, même s’ils disposaient toujours de provisions sèches et de viande salée, ils commencèrent à manquer de tout ce qui aurait pu les prévenir de cette terrible affliction.
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Champlain rapporta que le scorbut commença à apparaître tard en février et perdura jusqu’à la mi-avril. Au sein du petit groupe, la maladie fit des ravages et la mort se mit à frapper.
Dans ses écrits, Champlain relate ces moments de détresse pour lui-même et ses hommes. Afin d’y voir clair, il ordonna au chirurgien du lot de pratiquer des autopsies sur les corps des défunts. Puis, le chirurgien lui-même tomba malade et mourut de la même cause.
Après quatre mois de souffrances et d’angoisse à côtoyer la mort au quotidien, le printemps arriva enfin et, avec lui, une abondance de poissons s’amenant dans le fleuve.
Seule une poignée de Français avaient survécu à l’hiver. Champlain rapporta que des 28 hivernants initiaux, 8 étaient toujours en vie, dont la moitié «étaient très malades». Néanmoins, la colonie naissante avait résisté à cette terrible épreuve.
Des renforts de France
Le 5 juin 1609, une chaloupe remontant le fleuve fut aperçue à l’est. Il s’agissait de renforts venus de France.
Les survivants se réjouirent de leur arrivée et furent soulagés d’apprendre que François Pont-Gravé se trouvait à Tadoussac avec ses hommes, dont un petit détachement de soldats pour aider au maintien de l’ordre dans la colonie.
Champlain décida aussitôt d’aller les rejoindre. Une fois rendu, il s’informa des dernières nouvelles de la métropole.
Comme prévu, le monopole de traite des fourrures de la compagnie de Pierre Dugua de Monts n’avait pas été renouvelé et une nuée de marchands indépendants étaient attendus incessamment sur la voie maritime.
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Les investisseurs avaient bien levé des sommes destinées à l’approvisionnement et à l’envoi de nouveaux colons, mais tout juste assez pour faire grimper la population de Québec à 16 en prévision du prochain hiver; un nombre dramatiquement petit.
Quant à Champlain, une lettre de sieur de Monts lui ordonnait de rentrer en France à l’automne, laissant planer un doute sur son avenir à titre de commandant de la Nouvelle-France.
La Ligue des Cinq-Nations iroquoises
Champlain savait que pour réaliser sa vision d’un nouveau monde dans la vallée du Saint-Laurent, il lui fallait gagner la confiance des Premières Nations.
Six ans plus tôt, lors de la Grande Tabagie de Tadoussac, Pont-Gravé et lui avaient solennellement promis à Anadabijou et ses confrères que la France les assisterait dans le conflit qui les opposait à la puissante Ligue des Cinq-Nations iroquoises; particulièrement les Mohawks.
À peine remis d’un autre tragique choc hivernal, Champlain en était arrivé à la conclusion que le moment était venu de passer de la parole aux actes.
Pour faire preuve de sa valeur, il n’avait seulement quelques mois devant lui.













