La fondation de Québec (1608), une année de tous les dangers  

Vue de Québec en 1699 par Charles Bécart de Fonville (1675-1703) — Bibliothèque nationale de France /domaine public.

Vendredi le 14 octobre 2022, à 15:30

Au début de l’année 1608, après les échecs français répétés sur plus de 60 ans, Samuel de Champlain avait le mandat d’implanter une colonie permanente dans la vallée du Saint-Laurent et d’établir des «traités d’amitié» avec les Premières Nations.

 

Une fois les précaires arrangements financiers finalisés par Pierre Dugua de Monts, la prochaine étape consistait à recruter des colons. La plupart étaient des artisans et des travailleurs issus des métiers de la construction. Ces hommes avaient accepté de demeurer dans la colonie pour une période de deux ans en retour d’un salaire annuel.

 

Une nouvelle expédition

 

Au printemps 1608, Champlain se dirigea vers le port de Honfleur, sur la Seine, où trois vaisseaux l’attendaient. Le plus imposant était chargé à pleine capacité de matériaux et de provisions.

 

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Les deux autres navires, de dimensions bien plus modestes, étaient commandés par François Pont-Gravé, qui irait faire commerce à Tadoussac avec les Innus, et par un homme qui avait prouvé sa valeur à maintes reprises en Acadie, le charpentier de marine Champdoré. Sa mission était de rétablir une colonie en Acadie et de renouveler les alliances avec les nations autochtones de la région.

 

Le petit format des navires et la lourdeur des emprunts contractés témoignaient quant à eux de la fragilité de l’entreprise qui, en fait, ne tenait qu’à un fil.

 

Basques et Malouins, une vieille rivalité

 

Après une traversée transatlantique de 7 semaines, Champlain arriva à Tadoussac le 3 juin 1608. Là-bas, il vit un baleinier basque lourdement armé qui posait un défi majeur à son autorité. Son capitaine y troquait des fourrures avec les Innus alors que Pont-Gravé, originaire de Saint-Malo, arrivé quelques jours plus tôt, l’avait trouvé sans permis valide.

 

Les Basques et les Malouins étaient de vieux rivaux sur les côtes du continent nord-américain. Étant du type à tirer d’abord et à poser les questions ensuite, les deux hommes n’avaient pas perdu de temps à faire escalader leurs échanges jusqu’aux coups de feu, dans une fusillade laissant Pont-Gravé grièvement blessé et tuant au passage un de ses hommes. Les Basques avaient alors abordé le navire français et fait prisonniers ses occupants.

 

À ce moment, Champlain entra en scène. Ne disposant pas de moyens suffisants pour imposer sa volonté par la force, Champlain proposa aux Basques de parlementer et convainquit leur capitaine d’y réfléchir à deux fois avant de s’en prendre à des hommes investis d’une commission du roi de France.

 

Avec patience, ouverture et fermeté, Champlain put établir un accord mettant fin aux hostilités dans lequel les Basques se soumettaient à l’octroi d’une quelconque licence pour conserver leur droit de commercer dans la région.

 

Tensions résolues, Champlain ancra son navire dans le petit port de Tadoussac et profita de cet arrêt pour aller à la rencontre des Innus qui se rappelaient très bien sa visite en 1603.

 

Le retour des Français en Acadie

 

Pendant ce temps, Champdoré, le capitaine du navire à destination de l’Acadie, trouva Port-Royal dans un parfait état, sous l’accueil chaleureux de l’éminent chef mi’gmaq Membertou.

 

En l’absence des Français, il avait honoré sa promesse d’assurer la protection du petit établissement colonial. Les Mi’gmaq avaient même pris soin de cultiver ses champs de céréales et ses jardins, dont une partie des récoltes fut remise aux colons.  

 

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Dans le but de renforcer leur revendication sur tout le territoire de l’Acadie et de garder à distance les Anglais, on encouragea par ailleurs des colons à s’établir individuellement dans la région en leur accordant de petites propriétés terriennes.

 

Minoritaires au milieu de larges communautés autochtones, plusieurs d’entre eux s’uniront à des femmes issues de celles-ci.

 

Au fil des décennies, ces liens intimes seront à la source des relations amicales qui se noueront entre Français, devenus Acadiens, et Premières Nations, donnant lieu à un métissage ethnique et culturel remarquable.

 

La fondation de Québec

 

Le 30 juin 1608, Champlain et ses hommes reprirent la route pour remonter le fleuve Saint-Laurent à la recherche d’un site propice à un établissement permanent.

 

Le 3 juillet, ils atteignirent un lieu que les Innus appelaient Uepishtikueiau, signifiant «là où le fleuve rétrécit». C’est là que ces derniers auraient invité les Français à débarquer en employant le mot «kapak», qui serait à l’origine du toponyme qui deviendra Québec.

 

Champlain y avait été 5 ans auparavant et cette fois, il jugea qu’il s’agissait de loin du meilleur emplacement pour s’y installer. Avec son imposant promontoire surplombant la pleine largeur du fleuve, un fort armé de canons pourrait facilement y contrôler le trafic maritime sur l’ensemble de la vallée du Saint-Laurent.

 

Les colons débarquèrent et commencèrent aussitôt le labeur exigeant du défrichage.

 

Après la construction d’un entrepôt aux fins de provisions et de fourrures, les hommes s’attaquèrent à l’habitation principale. Celle-ci était composée de trois bâtiments interconnectés, entourés d’une palissade (achevée en 1610), et d’importants fossés ne pouvant être franchis qu’avec un pont-levis, où des canons furent fixés sur des monticules érigés.

 

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Un drapeau de la France hissé au bout d’un long mât traduisait quant à lui la détermination des colons d’enfin prendre racine en Amérique.

 

Une colonie en territoire innu

 

En s’établissant à Québec en juillet 1608, les Français s’amenaient en territoire innu. Chaque année, une communauté estivale de plus d’un millier d’Innus, d’Algonquins, de Mi’gmaq et de Wolastoqiyik (Malécite) s’y rassemblait pour la chasse aux oiseaux migrateurs et la pêche à l’anguille.

 

Cette période était aussi propice aux mariages et aux festivités, avant de repartir vers les territoires de chasse en vue de l’hiver.

 

La mutinerie de Québec

 

Soucieux d’achever les travaux avant l’arrivée du froid hivernal, Champlain poussa ses hommes durement. La nourriture était de piètre qualité et les frustrations s’accumulaient.

 

Vers la fin de l’été, quatre colons décidèrent de se retourner contre leur commandant afin de prendre le contrôle de la colonie. Leur meneur était Jean Duval, fauteur de trouble notable lors de la tragique mission d’exploration de Jean de Poutrincourt à Cape Cod en 1606.

 

Les conspirateurs s’accordèrent sur une date pour passer à l’action, mais la veille du jour fatidique, un délateur fit remonter l’information jusqu’à Champlain.

 

Sans perdre de temps, ce dernier ordonna leur arrestation et mit en place un tribunal composé de dirigeants coloniaux, dont Pont-Gravé, pratiquement remis de ses blessures.

 

Sous le poids des preuves incriminantes, Duval se confessa. Il fut condamné à une exécution immédiate par pendaison, puis décapité. On renvoya en France les trois autres accusés, qui furent éventuellement graciés par le roi Henri IV.

 

Les mutineries survenaient fréquemment dans les premières colonies européennes et mirent fin à plusieurs d’entre elles.

 

En 1608 à Québec, Champlain réussit à tuer dans l’œuf l’insurrection et il géra la crise d’une manière qui fut perçue comme légitime par ses hommes.

 

Consolidation des alliances franco-autochtones

 

Tout au long de ce premier été, des délégations d’Innus et des Algonquins, provenant d’aussi loin que les Grands Lacs, visitèrent l’établissement français pour s’entretenir avec Champlain.

 

Aux prises avec la Ligue des Cinq-Nations iroquoises, les diplomates autochtones réitérèrent leur souhait de voir les nouveaux venus les appuyer dans leurs campagnes guerrières. Champlain acquiesça et leur affirma son intention d’honorer sa promesse faite 5 ans plus à Tadoussac.

 

Devant la puissance militaire iroquoise, le prix de ces alliances sera chèrement payé par tous les camps au cours des décennies qui suivront.

 

Quant aux Français à Québec, à la tombée des premiers flocons, ils étaient un total de 28 hommes à demeurer au pays, se préparant anxieusement à affronter leur premier hiver dans le redoutable climat canadien.