Au pays de Voltaire, il ne fait pas bon de penser différemment et de donner la parole aux hérétiques. Causeur, Putsch, Omerta: focus sur ces trois médias qui bousculent le clergé médiatique et entrevues avec leurs fondateurs respectifs.
Mais que diable leur a-t-il fait? Régis Le Sommier, 27 ans comme grand reporter à Paris Match et six mois comme grand reporter à Russia Today France. Voilà qui lui a suffi à s'attirer les foudres du gratin: «Régis Le Sommier, baroudeur en terre extrême», titrait le quotidien Libération en mai dernier.
«Omerta, un nouveau média pro-russe dans la guerre de l'information», titrait le même quotidien cinq mois plus tard.
Omerta: diabolisé avant même d'exister
Ayant déjà interviewé Bachar El-Assad, le grand reporter se voit accuser par Libération de «cultiver des accointances avec la droite la plus radicale et le régime syrien». Rien que ça.
Plus inquiétant, le journal Le Monde s'est joint à cette excommunication en titrant le 17 novembre dernier: «Omerta, un nouveau média prisé à l'extrême droite». On y apprend notamment que Charles D'Anjou, président d'Omerta parle couramment... le russe. Pire qu'Hitler?
«Le journaliste du Monde a été invité à la soirée de lancement pour faire un article», explique à Libre Média Régis Le Sommier, désormais rédacteur en chef d'Omerta.
«À aucun moment, il ne s'est intéressé au média lui-même, il n'a regardé que la salle. Il a prétendu qu'il y avait des élus du Rassemblement national. C'est faux car de toute façon, il n'y avait aucun élu dans la salle, il y avait juste l’ancien député Henri Guaino qui m'accompagnait sur scène. Si le journaliste du Monde avait fait son travail, il aurait parlé du documentaire sur la guerre en Ukraine ou de celui sur la guerre en Arménie», poursuit-il.
«On est face à un tour de force dans l'histoire médiatique, continue le grand reporter, de la part de gens qui sont supposés analyser un média et qui ne s'intéressent même pas à son contenu. C'est d'autant plus dommage que je n'ai absolument pas refusé de parler au journaliste du Monde. Il est venu à la soirée, nous nous sommes parlé et il n'a pas cité mes propos».
Pour appuyer sa thèse selon laquelle Omerta serait un ramassis d'infréquentables nostalgiques de l'Algérie française et de russophiles poutiniens, Le Monde cite un tweet d'un ancien membre du Front national qui se réjouit de l'existence d'Omerta. Pour se racheter, Régis Le Sommier devra-t-il interdire à ses lecteurs potentiels de tweeter?
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«La qualification de pro-russe, qui vient à la base de Libération, est juste fausse. Elle n'est même pas étayée par une analyse qui nous laisserait penser cela. La première chose aurait été de regarder le documentaire sur le côté russe du front en Ukraine, ce que ceux qui nous diabolisent n'ont pas fait. Ça nous donne un spectacle affligeant des médias classiques français, ce sont des règlements de compte dignes d'une cour de récré», tempête auprès de Libre Média l'ancien directeur adjoint de Paris Match.
La question centrale qui se pose est: qui s'intéresse à cela en dehors d'un petit cercle qui cultive l'entre soi? «Il y a dix ans, ça aurait été embêtant d'avoir ce genre d'article dans Libération ou dans Le Monde, aujourd'hui non», tranche Régis Le Sommier.
«Même s'ils agissent comme des ayatollahs, comme des guides suprêmes dictant leurs idées, et dont personne n'aurait le droit de s'écarter, ces médias ne représentent qu'eux-mêmes».
«Ce que nous voulons faire avec Omerta, c'est au contraire un média ouvert», ajoute-t-il.
«Je compte bien inviter des gens de droite et des gens de gauche à débattre, qui représentent quelque part la France. Aujourd'hui, la France c'est quelque chose avec beaucoup de gens divers, beaucoup de chapelles. Si l'on veut s'intéresser à la société, il faut être assez ouvert et non pas faire preuve de sectarisme».
Causeur: déjà 15 ans d’hérésie
Le magazine Causeur est né en 2007. «À l'époque, beaucoup de gens pensaient que la nation c'était fini, que l'Europe était en train de devenir un grand État-nation, on était qualifié d'eurosceptique», se souvient Gil Mihaely, cofondateur de la revue.
«Pourtant, on disait juste que ça ne marcherait pas. On voit maintenant que malgré tous les efforts, y compris celui d'avoir adopté la monnaie unique, il n'y a pas de solidarité entre les différents États de l'Union européenne. Je ne dis pas que c'est bien ou que c'est mal, je constate juste les faits». Dernier exemple en date: les tensions entre la France et l'Italie au sujet de l'accueil d'un bateau de migrants.
«En 2007, cette position était considérée comme radicale, voire fascisante», continue l'historien auprès de Libre Média.
«Aujourd'hui, très peu de gens sérieux, de droite comme de gauche, pensent qu'un projet d'Union européenne avec un sol, un État ou une armée est réalisable. On a aussi créé Causeur pour mettre en avant des débats contradictoires afin de chercher les compromis et la vérité. C'est très dur à tenir, Causeur a sans doute été diabolisé».
De fait, il est plutôt difficile de faire venir parler quelqu'un qui ne pense pas comme la journaliste Elisabeth Lévy, journaliste bien connue et cofondatrice de la revue.
«La cause principale, c'est le fait que le débat public en France devient très sectaire», déplore Gil Mihaely. «Il y a de moins en moins d'esprit d'échange, on cherche un adversaire à écraser ou à boycotter afin de construire une stratégie politique. L'idée de croiser le fer avec quelqu'un qui ne pense pas comme soi et d'argumenter de façon intelligente s'est beaucoup perdue».
Ces dernières années, la question de l'immigration et de l'identité nationale est arrivée au centre du débat en France. «Tout le monde a compris ce que Causeur disait avant les autres, à savoir que l’État-nation et les frontières sont toujours là d'un point de vue anthropologique. Je ne suis pas en train de dire que c'est bien mais c'est ainsi. C'est comme le réchauffement climatique: c'est un fait».
Dès 2007, Causeur dit aussi que d'un point de vue anthropologique, l'immigration des pays arabo-musulmans ne peut pas être comparée avec celle des Espagnols, des Polonais ou des Juifs d'Europe de l'Est auparavant. La revue en déduit que c'est un phénomène à part et qu'il faut en tenir compte pour le comprendre.
Avec l'historien George Bensoussan, le magazine ose alors parler de «territoires perdus de la République».
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Une levée de boucliers de la prêtraille médiatique s'ensuit, Causeur est fortement soupçonné de racisme.
«Il ne s'agissait pourtant pas de cibler les musulmans, mais de souligner qu'il y avait un vrai problème anthropologique -les structures familiales notamment- qui fait que la population arabo-musulmane s'intègre beaucoup plus lentement que les autres peuples en France», souligne le cofondateur de la revue.
Reste le Rassemblement national, qui représente une part importante de l'électorat français.
«Quand Marine Le Pen a pris la direction du Front national vers 2010, France Inter disait que le parti ne faisait que du maquillage. Dès 2010, nous avons dit: écoutez ce qu'elle dit, c'est possible que ce soit une mascarade mais le parti est en train de changer. Aujourd'hui, nous voyons que nous avions raison. On peut reprocher beaucoup de choses au Rassemblement national, mais tout le monde voit que ce n'est pas la même ligne que celle du père».
Pour aggraver son cas, Causeur donne alors la parole à Marine Le Pen. Interviewé par des journalistes allemands, Gil Mihaely sera tenu de leur expliquer en quoi le Rassemblement national n'est pas un parti fascisant: «ce parti n'a pas de mouvement de jeunesse, pas d'uniforme, pas de culture militaire, par exemple. Il ne parle pas de la démocratie comme les fascistes parlaient jadis de la république, il ne veut pas sortir de la démocratie».
Une pertinence d'analyse qui devrait vous inciter à aller fureter dans les colonnes de Causeur.fr!
Putsch: la pluralité d'opinions comme mot d'ordre
Journaliste indépendant pendant 15 ans, Nicolas Vidal a longtemps déploré qu'une série de voix soit excommuniée des médias français. En 2018, alors journaliste culturel, il décide de mettre les pieds dans le plat et fonde Putsch.
«Contre toute attente, j'ai alors eu beaucoup de promotion, de la part de France Inter, France Culture, Libération ou Le Figaro. Au fur et à mesure de mes choix éditoriaux, les médias de grand chemin ont décidé de ne plus parler de moi».
Une ligne éditoriale trop droitarde à leur goût? «Ma ligne est très simple: c'est le pluralisme absolu des voix», confie cet homme affable à Libre Média. «Je peux recevoir des gens de droite conservatrice comme des syndicalistes d'extrême gauche ou des macronistes. La seule chose qui compte, c'est de trouver des invités intéressants sur des sujets pertinents».
Entièrement autofinancé, Putsch n'a jamais eu d'investisseurs et vit uniquement grâce à ses abonnements. Un gage d'indépendance qui a un prix.
«Il y a des gens qui ont voulu donner de l'argent à Putsch en contrepartie d'un certain traitement éditorial, j'ai toujours dit non, ça ne m'intéresse pas. J'ai failli me casser la gueule plusieurs fois, mais à force d'ajuster, j'arrive à trouver un équilibre. La seule chose qui ne changera jamais, c'est la ligne éditoriale».
Tel un caméléon, Putsch parcourt l'espace médiatique sans que l'on parvienne à le saisir. «Les confrères ont beaucoup de mal à m’étiqueter», s'amuse Nicolas Vidal.
«Sur les sites antifas, je n'apparais d'ailleurs jamais comme média de droite. Mais qui dit pluralisme dit inviter des gens qui ne font pas partie de la doxa», continue-t-il. «Forcément, ça dérange énormément et peut vous valoir des attaques».
En raison du traitement par Putsch de la gestion de la crise sanitaire, le quotidien Libération l'a récemment traité de «média conspirationniste». Trois ans auparavant, Nicolas Vidal a été désigné comme un «ultra droite en baskets» par le mensuel Technikart.
«Ça vient essentiellement des médias de gauche», nous explique l'intéressé, «tout en omettant toutes les personnalités de gauche, voire progressistes, que je peux recevoir. Je reçois des gens qui me semblent intéressants sur des sujets déterminés: je me fous qu'ils soient de droite ou de gauche».
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De fait, il a reçu deux fois la députée de la majorité LREM Aurore Bergé, et d'autres partisans d'Emmanuel Macron. Il vient aussi de recevoir la responsable des programmes Libertés de... Amnesty International France.
Comme média fascisant, Putsch a donc des progrès à faire. Reste le choix du nom, qui n'est pas sans évoquer une prise de pouvoir par des militaires.
«C'est un nom qui pose la controverse, car soit on me dit que je suis d'extrême droite, soit que je suis d'extrême gauche. En fait, c'est simplement bousculer l'ordre culturel et politique, secouer les mentalités en invitant des gens qui sont vus comme discordants», résume Nicolas Vidal. «Le but de Putsch c'est de secouer les cerveaux des gens, de ne pas camper sur ses positions».
Il faut frotter sa cervelle contre celle d'autrui, nous disait déjà le grand Montaigne, une maxime que le clergé médiatique français ferait bien de faire sienne. «J'ai une communauté de lecteurs très variée qui va de l'extrême gauche à la droite dure. Les autres médias n'arrivent pas à me mettre dans une case», se réjouit Nicolas Vidal.
Vous en avez assez des œillères idéologiques? Après vous être abonné à Libre Média, foncez sur Putsch!













