Emmanuel Macron a facilement été réélu pour un deuxième mandat avec 59% des voix contre 41% pour Marine Le Pen. Pour le politologue Guy Millière, la victoire de Macron annonce d’inquiétants temps de polarisation politique… et culturelle en France.
Emmanuel Macron pourra-t-il relancer économiquement la France? Marine Le Pen pourra-t-elle unifier la droite? La gauche va-t-elle se ranger derrière Jean-Luc Mélenchon en vue des législatives de juin? Pour y répondre, Libre Média s’est entretenu avec le politologue Guy Milliere qui est Distinguised Senior au Gatestone Institute, un cercle de réflexion basé à New York.
Simon Leduc: Comment expliquez-vous la victoire de Macron au deuxième tour de la présidentielle?
Guy Millière: «Un mois avant l’élection, les sondages montraient que les deux tiers des Français ne voulaient pas d’un deuxième tour entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen, et voulaient un autre président qu’Emmanuel Macron. Ils ont eu le deuxième tour dont ils ne voulaient pas et le président dont ils ne voulaient pas non plus.
Dans ce contexte, la réélection d’Emmanuel Macron s’explique par la combinaison de plusieurs facteurs. Macron a tué le Parti socialiste, qui incarnait la gauche modérée en France, et il l’a fait dès 2017 en obtenant le ralliement de l’essentiel des membres de centre gauche du Parti socialiste à sa candidature.
Le score du candidat socialiste en 2017, Benoit Hamon, a été très faible, celui de la candidate socialiste en 2022, Anne Hidalgo a été infiniment petit, l’un et l’autre appartiennent à la branche la plus à gauche de ce qui fut le Parti socialiste.
Le score du candidat socialiste en 2017, Benoit Hamon, a été très faible, celui de la candidate socialiste en 2022, Anne Hidalgo a été infiniment petit, l’un et l’autre appartiennent à la branche la plus à gauche de ce qui fut le Parti socialiste.
Ceux qui voulaient voter très à gauche ont préféré le candidat de La France Insoumise, Jean-Luc Mélenchon, un politicien qui ferme les yeux devant la montée de l’islamisme sur le territoire. Mélenchon a obtenu plus de vingt pour cent des voix, mais n’avait aucune chance de gagner.
Macron a voulu tuer aussi le parti de droite modérée Les Républicains, dès 2017, en lançant en sa direction la même opération que celle qu’il a lancée vis-à-vis du Parti socialiste, en débauchant les membres des Républicains appartenant au centre droit. Il n’a, là, pas tout à fait réussi, mais Les Républicains en 2022 ont présenté une candidate qui est elle-même de centre droit et qui n’a pas encore rejoint Macron. Elle a fait un score très faible. Elle n’a pas atteint cinq pour cent des voix, et cette fois le parti Les Républicains est mort.
Il restait deux candidats situés plus à droite, Marine Le Pen et Éric Zemmour, et comme ils sont tous les deux décrits par les médias comme étant d’”extrême droite”, ils n’avaient l’un comme l’autre aucune chance de gagner. Il était évident que Marine Le Pen n’avait strictement aucune chance: elle est l’héritière de son père, Jean-Marie Le Pen, qui a la réputation sulfureuse d’un tribun antisémite, et même si elle n’est pas antisémite et a tout fait pour se dédiaboliser, elle n’y est pas totalement parvenue.
Éric Zemmour, lui, a été diabolisé avec intensité tout au long de la campagne. Il aurait pu être au deuxième tour à la place de Marine Le Pen, mais il a tenu avant l’invasion de l’Ukraine des propos admiratifs vis-à-vis de Vladimir Poutine. Cela a coulé sa campagne. Le 23 février, il était encore devant Marine Le Pen ou à égalité avec elle. Le 25 février, le lendemain de l’invasion de l’Ukraine, il avait perdu la moitié des intentions de vote dont il disposait.
Macron avait été élu par défaut en 2017, parce qu’une campagne médiatico-judiciaire avait éliminé François Fillon, le candidat des Républicains et qu’il était face à Marine Le Pen. Il a été à nouveau élu par défaut, non pas par adhésion des électeurs à son programme, mais faute d’adversaire susceptible d’être élu.
C’est une position dangereuse, car cela signifie que le soutien dont il dispose dans la population est fragile et faible, et qu’il reste rejeté par une majorité d’électeurs (les abstentions ont été très élevées, et nombre d’abstentionnistes ne voulaient pas de Macron, mais se refusaient à voter pour Marine Le Pen).
C’est une position dangereuse, car cela signifie que le soutien dont il dispose dans la population est fragile et faible, et qu’il reste rejeté par une majorité d’électeurs (les abstentions ont été très élevées, et nombre d’abstentionnistes ne voulaient pas de Macron, mais se refusaient à voter pour Marine Le Pen).
Après l’élection de 2017, Macron avait été contesté et avait suscité un mouvement de révolte, le soulèvement des Gilets jaunes. Il y avait eu ensuite des grèves dures. La pandémie et l’enfermement de la population lui ont permis de rétablir l’ordre.
Je pense que les mois à venir vont être très turbulents. Macron ne suscite l’adhésion que des retraités et des classes moyennes supérieures urbaines, et continue à susciter le rejet de l’essentiel du reste de la population. Il est dans une position où il ne pourra pas proposer de réformes d’envergure et où de nouveaux soulèvements peuvent se produire.»
Marine Le Pen devrait-elle tenter d'unifier la droite française en vue des législatives de juin?
Guy Millière: «Elle n’a pas la capacité d’unifier la droite française. Ce qui reste de la droite modérée au sein des Républicains préférera se rallier à Macron. La plupart des autres auraient pu se rallier à Éric Zemmour s’il avait fait un meilleur score, car il n’a pas le handicap que constitue son père pour Marine Le Pen, et son discours est celui du gaullisme français des années 1990, mais Éric Zemmour a perdu.
Marine Le Pen ne tente même pas de rallier les électeurs d’Éric Zemmour. Son objectif primordial est d’éliminer Reconquête, le parti d’Éric Zemmour, qu’elle considère comme un parti menaçant sa place à la droite de la droite.
Elle obtiendra moins de députés que si elle s’était alliée à Reconquête, et elle en aura assez pour exister, pas assez pour compter. Je pense qu’elle est satisfaite de son rôle d’éternelle opposante, qui lui permet de parler sans avoir à assumer de responsabilités.
Elle obtiendra moins de députés que si elle s’était alliée à Reconquête, et elle en aura assez pour exister, pas assez pour compter. Je pense qu’elle est satisfaite de son rôle d’éternelle opposante, qui lui permet de parler sans avoir à assumer de responsabilités.
Son parti restera un parti de protestation, et ne sera jamais un parti de gouvernement. C’est une politicienne médiocre. Elle sait qu’elle ne sera jamais présidente, ou même ministre. Cela lui convient. En supplément, son discours est devenu totalement insipide.
Marine Le Pen n’est ni de droite ni d’extrême droite. Son discours est un discours de gauche teinté d’éléments vaguement nationalistes. Marine Le Pen est une rentière parasitaire de la politique qui maintient ses électeurs dans une impasse.»
Marine Le Pen n’est ni de droite ni d’extrême droite. Son discours est un discours de gauche teinté d’éléments vaguement nationalistes. Marine Le Pen est une rentière parasitaire de la politique qui maintient ses électeurs dans une impasse.»
Stratégiquement, la gauche française doit-elle se ranger derrière Mélenchon?
Guy Millière: «La gauche française s’est d’ores et déjà rangée derrière Mélenchon. Le parti socialiste ne renaîtra pas et survit en respiration artificielle par sa soumission à Mélenchon. Les Verts sont dans la même position. Mélenchon incarne désormais ce qui reste de la gauche française. Ses propositions économiques sont très radicales et seraient à même d’achever de ruiner l’économie française en un an ou deux.
C’est une gauche écologiste fondamentaliste et multiculturaliste. C’est une gauche résolument anti-occidentale et très ouverte à une islamisation accélérée de la France, et le vote Mélenchon a été un vote ethno-religieux.
Mélenchon a reçu une majorité écrasante des voix dans tous les quartiers habités majoritairement par des étrangers. C’est la première fois qu’il y a un vote ethno-religieux en France. Mélenchon compte sur l’accroissement des populations issues de l’immigration en France pour accéder au pouvoir.
Marine Le Pen ne sera jamais présidente. Dans cinq ans, Mélenchon pourrait avoir ses chances grâce cette dynamique démographique. Ce serait, dans ce cas, un basculement de la France dans l’inconnu. C’est peu probable. Ce n’est pas impossible, et c’est inquiétant.»
Marine Le Pen ne sera jamais présidente. Dans cinq ans, Mélenchon pourrait avoir ses chances grâce cette dynamique démographique. Ce serait, dans ce cas, un basculement de la France dans l’inconnu. C’est peu probable. Ce n’est pas impossible, et c’est inquiétant.»












