Le Québec n’évitera pas la nouvelle taxe carbone d’Ottawa

Le premier ministre canadien Justin Trudeau prend la parole à la Conférence des Nations Unies sur la biodiversité (COP15) au Palais des congrès de Montréal à Montréal, le 6 décembre 2022. Photo: Andrej IVANOV pour l’AFP.

Mardi le 4 juillet 2023, à 16:00

Justin Trudeau prévoit une mauvaise surprise pour les contribuables cet été: une deuxième taxe sur le carbone. Les Canadiens verront donc leur fardeau fiscal augmenter dans un contexte d'inflation.

 

Si le Québec a échappé jusqu'à présent à la taxe carbone fédérale, c'est tout simplement parce que la province s'en impose une depuis 2013.

 

Malheureusement, une deuxième taxe carbone fédérale entrera en vigueur le 1er juillet, et les Québécois ne pourront l’éviter. Tous les Canadiens, sans exception, verront leur fardeau fiscal augmenter sous peu.

 

Cette nouvelle taxe est camouflée à même le nouveau règlement sur les carburants propres. La nouvelle réglementation soumet les raffineurs et les producteurs d’énergie à des standards les forçant à réduire la teneur en carbone de leurs carburants. 

 

La facture refilée aux contribuables 

 

Si les entreprises ne peuvent satisfaire les exigences, elles seront contraintes d'acheter des crédits de carbone. Inévitablement, ces coûts sont transférés aux consommateurs comme aux entreprises sous la forme d'une augmentation des prix à la pompe.

 

Le directeur parlementaire du budget, l’instance indépendante chargée de surveiller les dépenses gouvernementales, a récemment publié une analyse concernant les impacts du règlement sur les carburants propres. 

 

 

Alors qu’une taxe carbone fédérale s’apprête à s’abattre sur le Québec, il est inquiétant de constater le silence de nos élus.

 

-Nicolas Gagnon, directeur à la Fédération canadienne des contribuables

 

 

Ces analyses n’ont rien de rassurant. D’ici 2030, lorsque la réglementation sera pleinement appliquée, celle-ci coûtera à une famille moyenne jusqu'à 1157 dollars et augmentera le prix de l'essence de 17 cents par litre

 

L'analyse du gouvernement lui-même montre que la deuxième taxe carbone aura «un impact disproportionné sur les ménages à revenus faibles et moyens, ainsi que sur les ménages actuellement en situation de pauvreté énergétique». Les «mères célibataires» et les «aînés à revenu fixe» seront les plus fortement impactés.  

 

Et dans la Belle Province? Il faut d’abord rappeler que le système de tarification du carbone au Québec coûte présentement aux automobilistes neuf cents par litre d'essence, et que le prix grimpe à chaque enchère. Selon La Presse, le prix de la taxe par litre d’essence sera 23 cents d’ici 2030. 

 

D’ici la fin de la décennie, le coût de la seconde taxe sur le carbone fédérale par ménage représentera en moyenne 436$ par famille. Cette charge supplémentaire sera principalement perçue à la station-service.

 

Des taxes, toujours des taxes

 

Les Québécois paient déjà cinq taxes sur le litre d’essence: la taxe provinciale sur les carburants (19,2 cents), la taxe d’accise fédérale (10 cents), la taxe sur le carbone (10 cents) et, bien sûr, la TVQ et la TPS – ces dernières s’appliquant sur les autres taxes. La deuxième taxe sur le carbone ne viendra qu’ajouter une charge de plus au fardeau des contribuables.

 

Mais que font les politiciens québécois pour nous en protéger? 

 

En 2019, le premier ministre François Legault avait déclaré: «Nous pensons que cela devrait être du ressort des provinces et qu’elles devraient décider comment appliquer un coût au carbone». C’était à l’époque où son gouvernement contestait la taxe carbone fédérale devant les tribunaux aux côtés de l’Alberta, de la Saskatchewan et de l’Ontario.

 

Alors qu’une taxe carbone fédérale s’apprête à s’abattre sur le Québec, il est inquiétant de constater le silence de nos élus.

 

Non seulement cette seconde taxe carbone affectera le PIB du Québec, mais à l’instar de la première taxe carbone, elle n’aura aucune incidence significative sur le climat.

 

Le Canada ne représente que 1,5% des émissions mondiales. Le directeur parlementaire du budget a lui-même noté que «les émissions du Canada ne sont pas assez importantes pour avoir un impact matériel sur le changement climatique.» 

 

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Une taxe canadienne sur le carbone est d'autant plus vouée à l'échec que seules 39 juridictions nationales sont couvertes par une taxe sur le carbone», comme le souligne la Banque mondiale. Cela signifie que plus de 80% des pays n'ont pas de taxe carbone nationale. Pendant ce temps, le Canada en aura bientôt deux. 

 

Un gouvernement un tant soit peu sérieux dans sa volonté de rendre la vie plus abordable pour les Canadiens d’un océan à l’autre renoncerait immédiatement à la taxe carbone.