Londres a confirmé l'extradition de Julian Assange aux États-Unis, où il est poursuivi pour une fuite massive de documents classifiés. Comment est-il devenu une figure mondiale de la liberté de presse et la cible d’une persécution politico-judiciaire?
«Mon nom est Julian Paul Assange [...]. Je suis un journaliste poursuivi et menacé de mort par les autorités états-uniennes du fait de mes activités professionnelles», écrit le défenseur de la liberté de la presse dans une lettre adressée au président de la République française pour le journal Le Monde, le 3 juillet 2015.
Les débuts de WikiLeaks
C’est en 2006 que Julian Assange fonde WikiLeaks, une plateforme consacrée à la publication de documents confidentiels par des lanceurs d’alertes.
L’objectif du site est donc de permettre au grand public de découvrir des informations compromettantes.
En partageant massivement ces documents, WikiLeaks se dresse contre l’opacité de tout gouvernement, institution supranationale, organisation non gouvernementale, entreprise multinationale en divulguant, de manière non identifiable, sécurisée et anonyme, des documents qui révèlent une réalité violente sous-jacente.
Des révélations choc sur l’Irak et l’Afghanistan
2010 fut un tournant dans la vie de son fondateur avec la publication d’une vidéo qui vaudra mille documents militaires.
En avril 2010, dans les trois jours qui suivent sa publication, quatre millions de personnes sur YouTube découvrent, dans une vidéo intitulée «Collateral Murder», des militaires américains en hélicoptère au-dessus de Bagdad tirant plusieurs rafales de mitrailleuse en direction d’un reporter de Reuters et son collaborateur.
La raison de ces tirs est que dans les yeux des militaires, la caméra dans les mains du collaborateur a été confondue avec une arme.
Les images sont violentes, mais pour un citoyen lambda, les rires des militaires, rythmés par des insultes, peuvent être révoltants.
Plus tard, de juillet à octobre 2010, grâce à la collaboration de Chelsea Manning, un analyste du renseignement américain, c’est la sortie de 391 832 rapports militaires qui dévoile avec fracas une réalité cachée des guerres d’Irak et d’Afghanistan.
Les documents exposent crimes de guerre et techniques de torture inhumaines, secouant le monde entier et déclenchant une déflagration dans le milieu du renseignement.
Ces documents sont non seulement inédits par leur ampleur – il s’agit de la plus grande fuite de documents de l’histoire militaire mondiale ! –, mais aussi par leur rôle crucial dans le chiffrage du nombre d'Irakiens tués de 2004 à 2009.
WikiLeaks révère que ce nombre s’élève dans les faits à 109 032 personnes, parmi lesquelles 60% sont des civils.
Un bilan en pleine contradiction avec le discours de Washington faisant état de soi-disant frappes chirurgicales.
David contre Goliath
Dans ce contexte de fuite d’informations, le fondateur de WikiLeaks devient la cible d’une persécution politico-judiciaire inédite.
En effet, les autorités américaines se livrent à une véritable chasse à l’homme pour intercepter Julian Assange dans le cadre d’une enquête pour espionnage contre WikiLeaks en vertu de la loi sur l’Espionnage de 1917.
Pendant deux ans, entre 2010 et 2012, le journaliste australien est placé sous liberté surveillée au Royaume-Uni à cause d’accusations de délit sexuel en Suède.
Lorsque la Cour suprême du Royaume-Uni rejette la demande de Julian Assange à ne pas être extradé vers la Suède, il dénonce une machination judiciaire qui risque de l’extrader depuis la Suède vers le pays de l’Oncle Sam.
L’Australien décide donc de trouver refuge dans l’ambassade d’Équateur à Londres.
Sept longues années s’écoulent dans l’ambassade constamment surveillée par la CIA.
Ce confinement dans l’ambassade ne l’empêche pas de travailler à distance pour WikiLeaks, permettant à la publication de milliers de courriels piratés du Parti démocrate, mettant en lumière une série d’efforts venant de la direction du parti démocrate à politiquement discréditer et marginaliser Bernie Sanders, candidat aux primaires des démocrates.
Un tournant qui menace la vie de Julian Assange
En avril 2019, la vie de Julian Assange est à nouveau menacée.
Lenin Moreno, le nouveau président équatorien, retire la nationalité équatorienne à Julian Assange, mettant notamment fin à son droit d’asile.
La police britannique l’arrête et les États-Unis exigent son extradition immédiate.
Fin mai 2019, le journaliste est inculpé pour «espionnage», encourant jusqu’à 175 ans de prison.
Cependant, les experts en droit constitutionnel américain dénoncent une violation du premier amendement de la Constitution américaine qui protège la liberté de presse.
Après une longue série de tribulations juridiques, la justice britannique a autorisé l’extradition de Julian Assange vers les États-Unis, le 20 avril dernier.
Priti Patel, ministre de l’intérieur britannique, a approuvé et signé l’ordonnance d’extradition vendredi dernier.
L’avocate de Julian Assange, Jennifer Robinson, fera appel de cette décision devant la justice britannique.
Jusqu’à aujourd’hui, le nom de Julian Assange hante encore tous ceux qui appellent à son exécution, à son enlèvement et à son emprisonnement.
Selon d’anciens officiels, selon une enquête de Yahoo News et de The Guardian, la CIA avait considéré l’option d’enlever et tuer Julian Assange en 2017.
WikiLeaks a souffert collatéralement de vols d’information, d’attaques informatiques, d’infiltrations successives et d’autres.
WikiLeaks, une révolution pour le journalisme
En défendant le travail de WikiLeaks, Julian Assange a posé les fondations d’un journalisme nouveau: le «journalisme scientifique», terme introduit par le journaliste dans une entrevue pour The New Yorker en 2010.
Travaillant avec d’autres médias nationaux pour diffuser l’information, le journalisme scientifique permet aux lecteurs de lire un article de presse, puis de consulter la ressource originale diffusée par WikiLeaks.
Le but est de fournir aux lecteurs un accès facile et transparent aux sources confidentielles pour se faire leur propre opinion et s’assurer que le journaliste a traité l’information avec véracité.
De la fuite de sections de traités de libre-échange à la révélation de déversement de déchets toxiques en Côte d’Ivoire WikiLeaks a été une révolution pour le journalisme.
WikiLeaks s’est imposé comme le plus important outil dans le monde permettant d’exposer les projets préjudiciables pour l’humanité de certaines élites militaires, économiques et politiques.
WikiLeaks s’est imposé comme le plus important outil dans le monde permettant d’exposer les projets préjudiciables pour l’humanité de certaines élites militaires, économiques et politiques.













