Notre chroniqueur histoire Marco Wingender poursuit sa série de textes dont le thème central est le rapport entre colons et Autochtones à l'époque de la Nouvelle-France.
Fort de sa participation à la Grande Tabagie de Tadoussac en 1603 et après avoir passé les 4 années suivantes à œuvrer à l’implantation d’une colonie française en Acadie, Samuel de Champlain était de retour en France à la fin de l’été 1607.
Des chapeaux à plume aux fourrures de castor
Aussitôt débarqué, il alla rejoindre Pierre Dugua de Monts pour comprendre pourquoi son entreprise coloniale avait dû plier bagage en Acadie.
Ironiquement, l’une des raisons était le changement de mode des chapeaux à Paris. Les plumes, dorénavant dépassées, avaient fait place à la fourrure de castor comme nouvelle tendance de l’heure.
En Europe, la demande pour cette ressource avait fait bondir sa valeur et continuait de croître. Les fourrures au plus bel éclat provenaient des latitudes nordiques de l’Amérique du Nord, où l’on pouvait se les procurer à une fraction du prix qu’il en coûtait en Europe ou même au nord de la Russie.
En France, plusieurs marchands voulaient leur part de ce commerce lucratif et avaient uni leurs forces pour mettre fin au monopole détenu par de Monts.
De surcroit, n’ayant pu verser les dividendes promis aux investisseurs de son projet acadien, ce dernier avait perdu leur confiance.
Sous l’influence de ces voix rivales, le Conseil royal réclama alors auprès d’Henri IV la révocation du monopole de sieur de Monts.
Un nouveau leader en Nouvelle-France
Afin de protéger son entreprise à la maison, de Monts décida de demeurer en France, laissant du même coup sa place à quelqu’un d’autre pour mener la charge d’une Nouvelle-France en Amérique.
Il avait remarqué les qualités de meneur et de diplomate de Champlain en 1604 et 1605 quand il avait travaillé étroitement avec lui. Ce dernier s’était aussi nettement démarqué de ses supérieurs dans le même rôle lorsqu’il avait été aux commandes d’une expédition d’exploration des côtes du Maine.
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En regard à de telles responsabilités, le seul problème était que Champlain n’était pas de sang noble, mais un simple gentilhomme. Néanmoins, faisant fi des mœurs de son époque, de Monts proposa à son jeune ami de le remplacer.
Voyant là une occasion unique de réaliser son rêve d’un nouveau monde, Champlain accepta l’offre. Sans tarder, les deux hommes s’appliquèrent à regagner la confiance d’Henri IV.
Une compagnie à rebâtir
À l’hiver 1607-1608, de Monts présenta à son roi un argument de poids. Tandis que les Français n’avaient toujours pas réussi à s’implanter en Amérique du Nord, les Anglais avançaient rapidement.
En 1607, ils avaient fondé une colonie dans la baie de Chesapeake en Virginie. Une autre, qui ne survivra qu’une seule année, venait aussi d’être fondée sur le littoral du Maine, territoire revendiqué par la France.
Il argua que seul un établissement permanent, soutenu par un monopole commercial, pouvait permettre de défendre les aspirations territoriales françaises face à ses rivaux impériaux et ainsi, consolider son accès aux meilleures fourrures américaines.
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Devant ce plaidoyer, le roi fut convaincu. Le 7 janvier 1608, il réfuta le Conseil royal et décida de prolonger le monopole détenu par de Monts.
Cette commission avait cependant une durée limitée de douze mois afin de permettre à de Monts de se renflouer financièrement, pour ensuite revenir à un libre commerce pour l’ensemble des marchands français.
Il s’agissait d’une opportunité bien mince pour une mission si ambitieuse, mais de Monts et Champlain étaient prêts à passer à l’action.
Sans tarder, de Monts se dirigea vers les villes portuaires de France ainsi qu’à Paris, où il prit entente individuellement avec des marchands qu’il connaissait afin de lever les fonds nécessaires à son entreprise.
Il en résulta un arrangement financier précaire, dont les frais d’intérêt sur l’argent emprunté oscillaient entre 25% et 50%.
L’Acadie ou le Saint-Laurent?
Vint ensuite le temps de choisir le prochain lieu d’implantation d’une colonie.
De Monts espérait toujours s’établir dans un climat tempéré au sud tandis que Champlain favorisait davantage le fleuve Saint-Laurent, plus au nord.
Champlain prédit que l’Acadie serait difficile à défendre en raison de son infinité de ports naturels ne pouvant être protégés que par de larges forces navales. De l’autre côté, il jugea que la vallée du Saint-Laurent pouvait être plus facilement contrôlée.
Il fit également valoir l’importance d’une proximité aux plus riches territoires de fourrures, où de nombreux peuples autochtones disposaient déjà de leurs propres réseaux d’échanges.
Enfin, Champlain souleva un élément important de sa pensée: la promesse d’un passage vers les trésors d’Asie par la voie du fleuve Saint-Laurent et des Grands Lacs.
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De ces discussions résulta un compromis. La compagnie affréterait trois navires au printemps de 1608: deux pour fonder un établissement permanent dans la vallée laurentienne et un troisième pour raviver la colonie de Port-Royal en Acadie.
Mentor de Champlain, François Pont-Gravé se joindrait à l’expédition pour aller commercer avec les Innus à Tadoussac et ainsi aider à défrayer les coûts de la colonisation.
Quant à Champlain, sa mission consistait à réussir là où tous ses prédécesseurs avaient jusqu’à présent échoué: jeter les bases, en sol nord-américain, d’un «édifice permanent à la gloire de Dieu et la renommée du peuple français».













