L’élection du 5 octobre dessine trois Québec: nationaliste, libéral et conservateur. Alors que l’immigration pourrait renforcer l’assise du PLQ, une convergence entre le PQ et le PCQ s’impose dans l’intérêt national.
Élection historique, s’il en est une, ce scrutin a révélé les dynamiques internes au Québec. Un PQ minoritaire sans mandat fort, néanmoins aux portes de la majorité; un PLQ qui regagne du terrain au-delà de la région métropolitaine, notamment en Outaouais; un PCQ qui s’affirme comme un vote de rupture avec une conception du politique héritée des soixante dernières années.
Comment analyser froidement ce morcellement du Québec en trois parts? Je tâcherai d’en distinguer les logiques autonomes et les convergences susceptibles de servir l’intérêt national.
Un PQ minoritaire, au seuil de la majorité
La remontée péquiste des dernières années est considérable. Avec environ 28% des suffrages et 59 sièges, le parti de Paul St-Pierre Plamondon retrouve le pouvoir.
Le PQ retrouve ses assises dans l’Est-du-Québec, notamment en Gaspésie, dans le Bas-Saint-Laurent et sur la Côte-Nord, ainsi qu’au Saguenay–Lac-Saint-Jean.
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St-Pierre Plamondon a su rallier une part importante de l’électorat francophone, en prenant à bras-le-corps les questions économiques, l’immigration et la natalité.
Il faut voir chez cet électorat la subsistance d’un Québec de tradition canadienne-française, ce que plusieurs nomment la majorité historique francophone, auquel le PQ propose de résoudre pour de bon la question constitutionnelle par l’indépendance nationale.
En maintenant son engagement référendaire tout au long de la campagne, St-Pierre Plamondon a redonné une portée gouvernementale plausible au mouvement d’émancipation nationale. La victoire péquiste laisse toutefois entière la question du passage d’une avance électorale à une majorité favorable à la souveraineté.
PLQ: le poids du vote immigré et non francophone
Les rouges reprennent plusieurs de leurs bastions historiques au-delà de la région métropolitaine.
Avec 40 députés élus, contre seulement 21 en 2022, ils regagnent notamment du terrain en Outaouais et reprennent le comté de Jean-Talon à Québec.
J’y vois, d’une part, la réaction de l’électorat fédéraliste de conviction à la perspective du retour au pouvoir d’un parti sécessionniste. Charles Milliard entend s’imposer comme le principal rempart contre le projet référendaire péquiste, auquel il a réaffirmé son opposition durant la campagne, et comme chef du camp du NON.
Dans le dernier sondage Léger, réalisé du 30 septembre au 1er octobre, le PLQ recueillait 56% des intentions de vote chez les non-francophones, contre 15% chez les francophones. Cet écart de 41 points montre comment ses appuis restent inégalement répartis entre les groupes linguistiques.
D’autre part, l’immigration peut donner du souffle au Parti libéral en renouvelant un bassin électoral qui lui est historiquement favorable.
Dans son mémoire de maîtrise présenté à McGill, Philippe Chassé relève, à partir de l’Étude électorale canadienne de 2019, que près des deux tiers des répondants québécois issus de l’immigration se sentaient plus proches du PLQ que des autres partis provinciaux. Cette affinité politique témoigne d’un enracinement libéral dans cet électorat diversitaire, au détriment du projet indépendantiste.
Le chercheur souligne toutefois que les immigrants parlant français à la maison sont davantage susceptibles de se rapprocher d’un autre parti que le PLQ. L’intégration linguistique compte donc aussi dans cette dynamique.
En 2021, les personnes immigrantes représentaient 14,6% de la population québécoise vivant en ménage privé. J’y vois un avantage démographique potentiel pour les libéraux. Si ces affinités se maintiennent, l’immigration et l’accès des nouveaux arrivants à la citoyenneté pourraient élargir davantage leur assise électorale.
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Dans un contexte de baisse de la natalité au Québec, la hausse de l’immigration envisagée récemment par Mark Carney pourrait renforcer cet avantage. Celui-ci pourrait peser au-delà des campagnes et des changements de chef, jusque dans les régions situées à l’extérieur des grands centres cosmopolites.
Il ne faudrait donc pas s’étonner d’un retour des libéraux au pouvoir dans les prochaines années. Rappelons le précédent de 2012. Élu minoritaire, le PQ de Pauline Marois cédait sa place dix-neuf mois plus tard à un gouvernement libéral majoritaire, celui de Couillard…
PCQ: le vote de rupture
Reste le dernier des trois Québec, celui du vote de rupture. Dans la Capitale-Nationale et en Chaudière-Appalaches, le PCQ s’est imposé fortement, raflant les sept circonscriptions de cette dernière région. Avec 19 députés élus et 20,7% des suffrages, le parti de Duhaime donne désormais une représentation parlementaire substantielle à son électorat populaire.
Comment comprendre cette percée, au-delà du clivage bleu-rouge, de l’opposition entre péquistes et libéraux? J’y vois d’abord un vote de protestation, une volonté de rupture avec les partis établis historiquement et leur manière de gouverner dans le modèle québécois.
Plusieurs électeurs du PCQ ont sans doute trouvé, dans le discours d’Éric Duhaime et de ses candidats, une expression politique de leur mécontentement envers la lourdeur fiscale et le poids cancéreux de l’État.
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La contestation vise jusqu’à la place de l’État québécois dans la vie économique et quotidienne. Le vote conservateur peut ainsi se lire comme une demande de révision profonde de ce modèle québécois providentiel. Éric Duhaime devra maintenant traduire cette volonté de rupture en propositions concrètes à l’Assemblée nationale.
Convergence PQ/PCQ
Éric Duhaime entend surveiller le gouvernement péquiste et défendre les contribuables à l’Assemblée. Il nous faudra donc un PQ humble, capable de s’appuyer sur l’opposition conservatrice pour gouverner. Car sans la percée du PCQ, les libéraux auraient peut-être remporté davantage de sièges qu’à l’heure actuelle.
Souhaitons donc une convergence nationaliste entre le PQ et le PCQ, afin d’agir rapidement sur les dossiers prioritaires pour la nation: l’immigration, la natalité, la santé et l’éducation.
Pour se maintenir au pouvoir, le PQ devra rapprocher son agenda de celui des conservateurs, notamment sur l’allègement de l’appareil d’État et du fardeau fiscal. Quant à Santé Québec, le PQ devra donner suite à sa promesse initiale d’abolition et veiller à ce qu’elle réduise réellement la bureaucratie, sans reconduire les mêmes structures sous un autre nom.
Pour qu’un véritable camp du Oui élargi puisse advenir, le PQ devra aussi tendre la main aux électeurs conservateurs favorables à la souveraineté et prendre leurs requêtes au sérieux. Cela ne signifie pas que le PCQ se ralliera au projet référendaire: Duhaime a offert sa collaboration au gouvernement, sauf sur cette question.
Sans cette ouverture, le Parti libéral, fort notamment de ses appuis dans l’électorat immigré et non francophone, risque de regagner le terrain perdu ces dernières années et de renouer avec cette hégémonie que la famille libérale a longtemps exercée au Québec comme au Canada. Et toujours au détriment du premier.












