Alors que la CAQ érige la laïcité en pilier de l'identité québécoise, sa version radicale efface nos racines canadiennes-françaises. Un Québec laïque, oui, mais à quel prix pour notre identité et notre patrimoine?
Depuis les derniers mois, avec les débordements des manifestations liées au conflit israélo-palestinien et les cas «d’entrisme islamiste» dans les écoles, l’on s’est mis à reparler beaucoup de laïcité au Québec.
Le gouvernement «nationaliste» de la CAQ en a même fait une valeur fondamentale du Québec, alors qu’en défendant une vision «radicale» de la laïcité, il affaiblit la vision conservatrice d’une identité québécoise axée sur ses racines canadiennes-françaises.
Séparer la religion ou l’éradiquer?
Au Québec, qui sur ce point ressemble à la France, la laïcité est présentée sous sa forme radicale: elle s’apparente à une idéologie qui porte en elle la volonté d’éliminer toute religion de la vie en société et de la culture, plutôt qu’une simple volonté de séparer la religion et l’État.
La laïcité a donc évolué, car ni pendant la Révolution ni dans la fameuse loi française de 1905 de séparation des Églises et de l’État, elle était comprise comme la nécessité de faire «le vide public de tout religieux en neutralisant les comportements individuels religieux», selon les mots du philosophe jésuite Pierre De Charentenay.
D’autant plus, que sous sa mouture plus «radicale», on va jusqu’à refuser toute présence du religieux dans l’espace public car, au fond, la religion ne serait une tare, une maladie qu’il faut vivre en isolement et qui finira par disparaître d’elle-même.
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Pierre de Charentenay parle de cette forme de laïcité comme d’un ensemble de valeurs dont est issue une moralité séculaire. Loin d’être neutre elle-même, cette vision de la laïcité agit comme un puissant dissolvant culturel et social qui contribue à affaiblir notre capacité à répondre à d’autres cultures religieuses fortes.
En effet, contrairement à ce qui est répété ad nauseam, il y a du collectif dans la foi et dans toute religion, car la religion c’est aussi une culture. Ceci est particulièrement vrai au Québec où, pour reprendre l’heureuse expression de Mathieu-Bock Côté, l’Église catholique est notre «matrice culturelle». Un simple regard sur les choix toponymiques de nos villages le confirme.
La culture profonde dynamitée
C’est pourquoi, en refusant le religieux dans l’espace public, même quand il est lié à son héritage judéo-chrétien, l’Occident, et le Québec en particulier, ébranlent les fondements mêmes du lien culturel essentiel au maintien d’une identité consciente de ses racines civilisationnelles. Un processus qui affaiblit une société libérale devant énormément à la civilisation chrétienne comme incubateur.
D’autant plus que l’Église catholique, depuis le concile Vatican II (1962-1965), reconnaît le principe de laïcité qu’elle a longtemps combattu, je le concède.
Si elle refuse encore de souscrire à l’idée que la laïcité est une valeur de neutralité dans l’espace public, elle tient quand même à définir la laïcité comme une séparation de la société civile et de la société religieuse, l’État n’exerçant aucun pouvoir religieux et les Églises aucun pouvoir politique.
Ainsi, dans la constitution pastorale Gaudium et Spes, document clé du concile Vatican II, elle insiste que cette séparation implique que «tout ceci exige aussi que l’ordre moral et l’intérêt commun étant saufs, l’homme puisse librement chercher la vérité, faire connaître et divulguer ses opinions et s’adonner aux arts de son choix».
Cette reconnaissance de la liberté de l’homme est reconnue comme la meilleure garantie du respect du fonctionnement démocratique des sociétés libérales.
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Alors que dans un autre document du concile Vatican II, Dignitatis humanae, qui porte sur la liberté religieuse, l'Église admet ce principe comme la conséquence d’une réflexion qui met en lumière le respect dû à l’homme et à sa dignité nécessairement fondée sur la responsabilité et la liberté personnelles.
C’est qu’à la lumière du développement de la civilisation occidentale, et d’un retour à ses sources, l’Église a redécouvert qu’il ne peut y avoir d’adhésion véritable à la foi chrétienne que dans la liberté, en l’absence de toute contrainte.
C’est pourquoi il revient à l’État de garantir la liberté religieuse, l’exercice libre du culte et l’absence de contrainte vis-à-vis de tous les citoyens. Cependant, l’absence de contrainte en matière religieuse n’enlève rien au devoir qu’à la conscience de tous les hommes de chercher la vérité, et, l’ayant trouvé, de conformer sa vie à ses convictions.
De Charentay écrit avec justesse:
«Les deux questions sont distinctes mais pas sans lien. Pour que la conscience puisse chercher Dieu et agir religieusement, elle a besoin de la liberté religieuse. Mais l’État n’a pas à intervenir sur l’usage que le citoyen fera de cette liberté. Le droit à la liberté religieuse est un droit humain fondamental que l’État doit garantir.»
Pour une laïcité plus souple
Ainsi, j’estime qu’il faut rejeter un vision «radicale» de la laïcité qui rejette toute expression du fait religieux dans l’espace public.
Loin d’être un rempart identitaire, cette forme de laïcité affaiblit le lien entre les Québécois et leurs racines canadiennes-françaises. D’autant plus que, le catholicisme n’est pas totalement incompatible avec la laïcité, nous pouvons donc tout à fait défendre la volonté des Québécois de séparer les religions de l’État et préserver les éléments identitaires liés au christianisme.
Si la France doit nous servir d’exemple, c’est en tant qu’avertissement. Quand l’espace public est religieusement neutre, sans soucis du patrimoine, il devient un espace à occuper. La nature a horreur du vide, dit l’adage.











