Le 19 juillet 1629, des vaisseaux anglais furent aperçus à quelques kilomètres de Québec. Un gentilhomme mit pied à terre et tendit à Champlain une lettre l’invitant à placer le fort et l’habitation entre les mains des Britanniques.
Au cours des premières décennies du 17e siècle, les monarques d’Angleterre, d’Espagne et de France rivalisaient dans des jeux de pouvoir d’une grande complexité. Leurs visées étaient similaires: une autorité absolue à la maison, un positionnement fort en Europe et l’expansion d’un empire colonial en Amérique.
Guerre en Europe
En 1625, les tensions montèrent d’un cran en France en raison d’un conflit interne opposant le roi Louis XIII et les huguenots (Français de confession protestante) de La Rochelle, qui avaient transformé leur cité en forteresse. Louis XIII les considérait dorénavant comme des sujets insoumis et réanima les vieilles guerres confessionnelles en prenant d’assaut la ville.
En soutien à la cause des huguenots, le roi d’Angleterre, Charles 1er, dirigea en 1627 une importante force navale mais elle fut défaite dans des affrontements violents à l’île de Ré. La guerre se transporta alors en Amérique, alors que Charles 1er et ses ministres résolurent de détruire les établissements de la Nouvelle-France et de prendre le contrôle du commerce de la pêche sur le littoral de l’Atlantique.
Ne disposant pas des sommes nécessaires pour financer une armée royale, le monarque décida de s’y prendre par un moyen plus économique: des bandes de mercenaires se livrant à la guerre dans l’espoir de se rémunérer par le pillage.
Le roi autorisa deux familles écossaises, les Alexander et les Stewart, à prendre possession de l’Acadie, où les Français étaient revenus après la destruction de Port-Royal en 1613 par des flibustiers britanniques. En 1628, une autre famille d’entrepreneurs écossais fit aussi son entrée en scène sur le fleuve Saint-Laurent: les cinq frères Kirke.
Une expédition à haut risque
Alors que la guerre navale battait son plein en Europe entre la France et l’Angleterre, le cardinal Richelieu demeurait résolu à donner un nouveau souffle à sa fragile colonie dans la vallée du Saint-Laurent et à y implanter des nouveaux colons.
Malgré la menace anglaise et de vives difficultés de financement, il ordonna à la Compagnie des Cent-Associés de préparer sans tarder la plus importante mission à être dirigée vers la Nouvelle-France.
Précédé d’un navire de ravitaillement et de provisions dont la population à Québec avait urgemment besoin, un convoi composé de quatre navires transportant quelque 400 passagers quitta les côtes françaises le 28 avril 1628. Après un voyage trouble de sept semaines en mer, la flotte atteignit la côte de Gaspé.
Déploiement de force sur le Saint-Laurent
Le 9 juillet à Québec, dans une succession d’événements dramatiques, Champlain fut alerté de la présence d’une escadre de navires britanniques lourdement armés qui avait pris possession de Tadoussac. Celle-ci avait ensuite dirigé une cinquantaine d’hommes vers la ferme établie à Cap-Tourmente pour la détruire et s’emparer de ses habitants.
Les responsables de cette razzia étaient les frères Kirke et ils étaient sortis en force en ne manquant pas de saisir le premier navire de ravitaillement qui avait été envoyé par la Compagnie française.
Champlain était attristé par la destruction de la ferme à Cap-Tourmente et profondément bouleversé par une nouvelle encore pire: des guerriers innus avaient joint le raid britannique. Dans les faits, seule une poignée d’entre eux avaient assisté les Britanniques, mais plusieurs autres savaient ce qui se tramait et n’en avaient dit aucun mot à Champlain.
Pour ce dernier, cet épisode était de très mauvais augure. Si la Nouvelle-France perdait l’appui de ses alliés autochtones, son rêve d’un nouveau monde métissé apparaîtrait alors comme une simple chimère.
Le 10 juillet, les habitants de Québec aperçurent une petite chaloupe sur le fleuve qui s’approchait. À son bord se trouvaient des captifs basques qui avaient en main une lettre du commandant David Kirke s’adressant à Champlain dans laquelle il l’informait, tout en finesse, de ses récents faits d’armes et de son intention de prendre possession de la ville.
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Champlain lui achemina à son tour une réponse d’une grande audace, avertissant Kirke que «l’honneur demande que nous nous battions jusqu’à la mort». À la lecture de la lettre, les flibustiers britanniques, davantage intéressés par les généreux profits déjà récoltés que par la gloire de la guerre, décidèrent qu’il était plus sage de lever l’ancre et de revenir l’année suivante.
Malgré une situation critique à Québec, le bluff de Champlain avait fonctionné.
Choc naval
Pendant que se déroulaient ces événements, le convoi de navires de la Compagnie française avait jeté l’ancre à l’embouchure du fleuve. Son amiral, Claude Roquement de Brison, qui n’était pas familier avec le fleuve Saint-Laurent, avait été informé de la présence de forces britanniques à Tadoussac.
Roquemont et ses officiers prirent alors une décision des plus téméraires. Ils décidèrent de remonter le fleuve sous le couvert du brouillard, en espérant que les Britanniques ne les verraient pas.
Malheureusement pour les Français, le 18 juillet, à la hauteur de l’île Saint-Barnabé près de Rimouski, ils furent interceptés par la flotte ennemie. Au terme d’un affrontement de plus de 14 heures, les tirs de canons soutenus des Britanniques finirent par avoir le meilleur sur leurs adversaires qui se résignèrent à se rendre. Le plus important effort de colonisation de la France à ce jour venait tragiquement de faire naufrage.
Une situation quasi désespérée à Québec
À Québec, une année d’agonie attendait la centaine d’habitants français. N’ayant presque plus de nourriture à leur offrir, Champlain décida de rationner encore davantage les provisions et prit pour lui la plus petite part. Pour le reste, les colons devraient survivre tant bien que mal de chasse, de pêche et de cueillette.
Une assistance autochtone providentielle
Durant cette période, plusieurs Autochtones apportèrent aux Français une aide inestimable en nourriture, en particulier le chef innu Chomina, qui était prêt à soutenir son ami Champlain.
Quant aux Wendats, ils acceptèrent, à la demande de Champlain, d’alléger le fardeau des Français et d’héberger une vingtaine d’entre eux. Ils leur offrirent aussi de généreuses quantités de sacs de semoule de maïs. L’été suivant, ils raccompagnèrent les rescapés vers Québec. Toutefois, les maigres provisions qui restaient sur place étaient presque complètement épuisées et aucune nouvelle n’était encore parvenue de France.
Champlain se tourna alors vers les Abénakis et les Wolastoqiyik à l’est pour leur confier quelques hommes et il fit de même auprès d’une nation en Gaspésie qu’il appelait les Canadiens. Champlain écrivit que ces derniers fournirent un appui solide aux Français.
Retour en force des Britanniques
Alors que Champlain traversait ces moments difficiles, les frères Kirke étaient de retour sur le fleuve Saint-Laurent. S’approchant de Québec, ils interceptèrent une petite barque que Champlain avait envoyée pour chercher de l’aide.
Les témoignages de l’équipage pris en otage permirent aux belligérants de saisir la précarité de la colonie française. Cela signifiait que cette fois-ci, Champlain ne pourrait jouer la carte du bluff à nouveau.
Au matin du 19 juillet 1629, des vaisseaux anglais furent aperçus à quelques kilomètres de Québec. Dans les heures qui suivirent, un gentilhomme aux manières impeccables mit pied à terre et tendit à Champlain une lettre signée par les frères Kirke l’invitant à placer le fort et l’habitation entre les mains des Britanniques tout en l’assurant du meilleur traitement de ses gens.
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En réponse, Champlain offrit ses propres termes de reddition qui exigeaient notamment que les Kirke lui présentent leur commission royale à titre de preuve que leur campagne était un acte de guerre légal. Il demanda aussi qu’un navire soit assigné pour ramener dans leur pays la centaine de Français à Québec.
Après avoir acquiescé à ces conditions, Louis Kirke débarqua le lendemain dans la ville avec ses hommes armés. Même sous la gouverne anglaise, certains habitants français refusèrent de quitter la colonie, notamment la famille Hébert-Rollet.
Acte de guerre illégal?
À Tadoussac, Champlain fut remis au commandant David Kirke, qui lui offrit une «très gentille réception». Au cours d’une scène invraisemblable, le ravisseur et le captif s’adonnèrent même à une partie de chasse ensemble.
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Au milieu de leurs conversations, Champlain partagea avec Kirke certaines nouvelles parvenues de France voulant qu’une paix ait déjà été conclue entre la France et l’Angleterre. David Kirke rejeta du revers de la main un tel scénario.
Néanmoins, si la rumeur était fondée, la conquête de la Nouvelle-France constituait alors un acte illégal des Kirke. Quant à Champlain, par tous les moyens, il était déterminé à restituer le Canada aux Français.
À suivre…












