Maintenir la paix dans la vallée du Saint-Laurent en 1620-1624

Partie d'une carte de la Nouvelle-France par Samuel de Champlain (1612). Domaine public.

Vendredi le 3 mars 2023, à 16:30

En 1620 à Québec, la méfiance et les tensions avec les Innus n’étaient toujours pas résorbées et continuaient même de se détériorer. Le maintien de bonnes relations avec ses alliés autochtones requérait de Champlain un travail soutenu.

 

Au printemps de 1620, Champlain venait de passer les deux dernières années en France au cours desquelles il avait œuvré à faire avancer le projet colonial en Amérique du Nord auprès de la couronne et de marchands investisseurs.

 

S’étant vu décerner les titres de capitaine de la Marine royale, de lieutenant de la Nouvelle-France et de commandant de Québec, il bénéficiait de la pleine confiance du nouveau vice-roi de la Nouvelle-France, Henri de Montmorency, ainsi que du soutien actif du jeune roi Louis XIII.

 

Hélène de Champlain

 

À Honfleur, doté de ses nouveaux pouvoirs, Champlain s’embarqua une fois de plus pour l’Amérique le 8 mai 1620. Voyageant à ses côtés pour la première fois, se trouvait sa jeune épouse, Hélène de Champlain dite de Boullé, qu’il avait mariée 10 ans auparavant.

 

Hélène de Champlain fit sentir sa présence dès son arrivée à Québec et elle sut certainement laisser sa marque dans le cœur des gens de la colonie. Dans la fleur de l’âge, sa beauté, sa jeunesse, sa grâce et son raffinement séduisirent autant les Autochtones que les colons français. Elle était aussi très brillante. Tout comme son mari, elle était remplie de curiosité pour le Nouveau Monde et elle en vint à développer un grand intérêt pour les Premières Nations.

 

Durant son séjour de 4 ans dans la colonie, Hélène étudia les langues algonquiennes de la vallée du Saint-Laurent et les maîtrisa suffisamment pour enseigner aux enfants autochtones. Elle gagna aussi l’affection de la famille Hébert-Rollet, qui lui proposa d’être la marraine de ses enfants.

 

Une colonie toujours fragile et dépendante de la France

 

À Québec, Champlain fit travailler quelques-uns de ses hommes à la fortification de la jeune colonie et ordonna à d’autres de remettre en ordre l’Habitation qui avait été négligée au cours des années précédentes.

 

Champlain continua aussi à encourager autant de colons que possible à vivre de la terre. Douze ans après sa fondation, Québec était toujours dépendante de la France pour son approvisionnement en nourriture. Champlain était déterminé à changer cela en utilisant les ressources publiques pour promouvoir les initiatives agricoles privées de petits fermiers produisant leurs propres grains.

 

De nombreux truchements confiés aux Premières Nations

 

Tout en s’occupant de la gestion de la colonie, Champlain demeura fidèle à sa politique à l’égard des Premières Nations. Il savait fort bien que la survie de la colonie, si peu peuplée et dépendante du commerce des fourrures, nécessitait entre autres de bonnes relations avec ses fournisseurs.

 

Pour aller plus loin, le livre Le Nouveau Monde oublié: La naissance métissée des premiers Canadiens

 

Pour développer des liens solides, il passa beaucoup de temps avec eux. Avec l’aide d’interprètes, il participait à leurs conseils, il écoutait leurs discours et s’informait de leurs coutumes. Il s’appliqua à bien comprendre leurs principaux intérêts et tenta de bâtir des alliances dont tous les partis profiteraient.

 

Dans ses efforts de rapprochement avec les sociétés autochtones, il continua de leur confier de jeunes hommes de la colonie afin qu’ils vivent parmi elles. Par exemple, Nicolas Marsolet fut envoyé auprès des Innus dans le pays du Saguenay; Jean Nicollet et Jean Richer vécurent parmi les Népissingues. Étienne Brûlé et Du Vernay travaillèrent avec les Wendats et Olivier Le Tardif fut reçu par les Algonquins.

 

Lors d’une seule rencontre, les nations algonquines du Saint-Laurent et de la rivière des Outaouais acceptèrent de prendre avec eux pas moins de onze jeunes Français, chacun pris en charge par son propre tuteur.

 

Tensions avec des Innus

 

Le maintien de bonnes relations avec ses partenaires autochtones requérait de la part de Champlain un travail soutenu. Malgré toute sa bonne volonté, il demeurait un agent à la solde de son monarque et de puissants marchands français dont les intérêts en Nouvelle-France dépendaient du développement du commerce pelletier et des pêcheries.

 

Pour leur part, les Innus, dont le réseau commercial s’étendait loin au nord du fleuve Saint-Laurent, disposaient depuis le 16e siècle d’une position avantageuse d’intermédiaire commercial, récoltant les peaux des nations éloignées contre lesquelles ils échangeaient une partie des marchandises achetées des Européens.

 

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La Grande Tabagie qui s’était déroulée à Tadoussac en 1603 avait marqué la naissance d’une nouvelle alliance, dans laquelle les Innus jouaient un rôle prépondérant. Après la fondation de Québec, la bonne entente franco-innue avait été renforcée par la participation de Champlain aux expéditions militaires contre les Mohawks en 1609 et 1610. Les rapports n’avaient toutefois pas tardé à se détériorer.

 

Devant les avancées des Français qui se permettaient d’aller eux-mêmes au-devant des autres nations autochtones, celles-là mêmes qui faisaient auparavant affaire avec les Innus, ces derniers se voyaient progressivement délogés de leur position avantageuse d’intermédiaire.

 

Les premières tensions avaient éclaté au grand jour en 1617, lorsque deux Français, partis pour une excursion de chasse, avaient été tués par deux Innus. La vengeance était apparemment à l’origine de cet acte, l’un des deux Innus ayant été au préalable rudement battu par l’une des victimes.

 

À l’annonce de la découverte des corps, la tension monta rapidement. Les Français se retranchèrent derrière la palissade de l’Habitation et par crainte de représailles, les Innus décampèrent rapidement des environs de Québec. La crise dura plusieurs jours, voire quelques semaines.

 

Pendant que des guerriers innus projetaient de déloger les Français de la vallée laurentienne, une faction pacifiste se présenta à Québec pour tenter de rétablir la paix avec eux. Informés de l’incident tragique à l’été 1618, Champlain et les dirigeants du monopole commercial décideront finalement de laisser «couler cette affaire à l’amiable».

 

Rétablissement des ponts

 

En 1620 à Québec, la méfiance et les tensions avec les Innus n’étaient toujours pas résorbées et continuaient même de se détériorer. Conscient du risque que cela posait pour la petite colonie française, Champlain décida de prendre les choses en main afin de rétablir les ponts.

 

Il offrit davantage de privilèges aux Innus et des termes plus généreux que ceux de ses concurrents. Champlain leur offrit des provisions de grains et la possibilité de cultiver des lots déjà défrichés près de Québec à leur propre bénéfice.

 

En 1622, Champlain réalisa des rapprochements avec le chef innu du nom de Miristou, dont le père avait été proche du puissant chef Anadabijou. Ensemble, ils travailleront de concert afin d’améliorer les relations franco-innues.

 

Pourparlers de paix avec les Mohawks

 

Durant toute cette période, Champlain tenta également d’établir une paix durable avec les Mohawks. Il persuada ses alliés autochtones de diriger une délégation d’ambassadeurs auprès de leurs rivaux afin d’établir un dialogue avec eux.

 

L’initiative fut bien reçue par ces derniers et des pourparlers se mirent en place à Trois-Rivières et à Québec où Iroquois, Français et leurs alliés autochtones mangèrent et dansèrent ensemble. Sans avoir fait l’objet d’un accord formel, une paix fut finalement instaurée en 1624. Celle-ci tiendra bon durant plus d’une décennie.

 

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Le maintien de la paix était un défi constant dans la vallée du Saint-Laurent, alors que de petites escarmouches entre les différents groupes menaçaient parfois de se transformer en véritable guerre. Grâce aux efforts déployés, Champlain et les chefs autochtones surent malgré tout créer des conditions propices à la paix et à la stabilité du commerce dans la vallée du Saint-Laurent.