La science-fiction pour faire revivre nos héros du passé

La statue de Pierre Le Moyne d’Iberville à La Havane, à Cuba. Photo: page Facebook de Souvenirs d’Amérique française.

Lundi le 10 avril 2023, à 23:44

Dans un roman d’anticipation, René Lapierre fait revivre des héros de la Nouvelle-France avec en toile de fond une société humaine divisée entre les partisans de la colonisation d’autres planètes et ceux de la régénération de la Terre.

 

Le pari était difficile, mais René Lapierre réussit à le remporter. Dans Régénérations, un roman publié aux éditions Persée, ce rédacteur spécialisé dans le domaine de l’éducation fait revivre des héros négligés par l’histoire officielle.

 

La Terre dévastée

 

Nous sommes en 2316 et la Terre, dévastée par l’activité humaine, a atteint ses limites. Pour la survie de l’humanité, deux options se présentent à elle: coloniser d’autres planètes comme le souhaitait autrefois Elon Musk, en particulier la dénommée Encelade, ou bien miser sur la régénération de la bonne vieille Gaïa.

 

Deux camps vont rapidement s’affronter. D’abord, les Arcs-en-Cieux, menés par la séduisante et ambitieuse Miaï Roberts, un camp pour qui le progrès technologique représente la seule planche de salut de l’humanité, et pour qui il est vain de «défendre la cause perdue du rafistolage inutile de la Terre en ruines». 

 

Miaï Roberts, gouverneure de Kepler, une planète où déjà est implantée une colonie expérimentale, rappelle vaguement en version futuriste le premier gouverneur de Cuba, Diego Velázquez.

 

Ensuite, les Écolodonistes Circonspects, dont le principal leader est un certain Gauthier Kipawa, fin connaisseur de l’histoire de la Nouvelle-France, un camp pour qui la colonisation d’autres planètes menace la vie elle-même, l’exportation du modèle terrien pouvant mener à l’extinction de divers organismes et modes de vie extraterrestres.

 

 

Une guerre civile éclatera-t-elle? La réponse est non, puisqu’en 2076, 240 ans plus tôt, une Constitution universelle a été instaurée pour mettre un terme aux guerres fratricides. La Quatrième Guerre mondiale a été une rupture. Sous sa forme traditionnelle, la guerre est maintenant interdite par la Confédération terrienne.

 

Le Jeu de la Guerre pour la paix

 

Pour résoudre ce litige entre deux camps irréconciliables, une seule solution apparaît: le recours au Jeu de Guerre pour la paix, c’est-à-dire la simulation d’un conflit armé par voie électronique grâce à l’incroyable interaction des algorithmes.

 

Un exercice dont le nom paraît tout droit sorti de 1984 et rappelant quelque peu certains jeux amérindiens comme la crosse, un sport qui pouvait apparemment être pratiqué pour régler des différends et ainsi, éviter la guerre entre deux clans.

 

Un lieu et une époque sont choisis sous la supervision de la Société historique de la Confédération, mais le choix des belligérants et de leurs armes appartient à chacun des deux camps. Finalement, la grande simulation, suivie par tous les médias, aura lieu en Nouvelle-France entre 1600 et 1800, plus précisément en Gaspésie.

 

Si les Arcs-en-Cieux vont choisir des héros canoniques, avec toute leur batterie de généraux anglais, les Écolodonistes seront beaucoup plus audacieux en misant sur des Canadiens français largement sous-estimés par le récit conventionnel.

 

«Une guerre aurait lieu. Et il n’y aurait ni morts ni blessés; seulement du sang numérisé. En principe. Et, à la fin, il y aurait un gagnant pour décider de l’avenir de l’humanité.»

 

Une histoire intemporelle?

 

Non pas sans laisser paraître une certaine préférence pour le camp écologiste et le vieux projet kantien de paix perpétuelle, René Lapierre a surtout pour ambition d’attirer l’attention du public sur une histoire occultée méritant d’être dépoussiérée pour nous redonner un peu de fierté.

 

À lire aussi: Grossophobie, le roman d’une France désorientée

 

Revisitant d’une certaine façon la colonisation des Amériques, un peu comme James Cameron dans le premier film Avatar, l’auteur propose un chemin original pour plonger dans une histoire peut-être bien appelée à être rejouée.