Québec: enfin, une brèche dans le consensus

Éditorial

Photo: Libre Média.

Mardi le 6 octobre 2026, à 11:00

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Québec: enfin, une brèche dans le consensus
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L’arrivée de 19 députés conservateurs ouvre enfin le jeu à l’Assemblée nationale. Le PQ saura-t-il dépasser ses réflexes étatistes et trouver avec le PCQ des points d’entente sur l’immigration et la réforme de l’État?

 

L’élection de 19 députés du Parti conservateur du Québec est une excellente nouvelle pour la démocratie québécoise. Un vent de fraîcheur devrait enfin traverser l’Assemblée nationale, où un pluralisme de façade masquait trop souvent un profond conformisme.

 

Une partie du Québec qui devait regarder les débats de l’extérieur pourra désormais y prendre part.

 

La fin de l’entre-soi

 

La formule du «parti unique» peut sembler excessive. Elle traduit pourtant cette impression persistante d’une partie de la population que, sur pratiquement tout ce qui ne touche pas la question nationale ou l’immigration, les formations représentées s’entendaient très bien.

 

L’État devait intervenir, encadrer, financer, protéger. On discutait des sommes à ajouter et des programmes à créer, beaucoup moins des limites d’un modèle à bout de souffle.

 

Les conservateurs auront maintenant l’occasion de rompre avec cette monotonie. Encore faudra-t-il qu’ils résistent à la tentation de se faire accepter par le milieu qu’ils entendent bousculer. 

 

Leur utilité sera de poser les questions qui dérangent, de contester les dépenses devenues sacrées et de rappeler que les contribuables ne sont pas une ressource inépuisable.

 

La majorité perdue du PQ

 

La formation, encore une fois, d’un gouvernement péquiste minoritaire soulève une question: une majorité péquiste est-elle encore possible dans le Québec d’aujourd’hui? Paul St-Pierre Plamondon accède au pouvoir et au statut de premier ministre, mais devra composer avec une Assemblée où son parti ne peut gouverner seul.

 

Le PQ a remporté sa première majorité en 1976, avec René Lévesque. Sa dernière remonte toutefois à 1998, sous Lucien Bouchard. Vingt-huit ans nous séparent donc de la dernière élection d’un gouvernement péquiste majoritaire. En 2012, Pauline Marois avait elle aussi dû se contenter d’un mandat minoritaire.

 

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Ce rappel devrait tempérer l’idée selon laquelle le PQ retrouverait naturellement sa place dès que ses adversaires s’épuisent. Entre les bastions libéraux, solidement ancrés dans l’électorat anglophone et les communautés culturelles, et une offre politique fragmentée, le chemin vers une majorité demeure étroit.

 

L’État, toujours l’État

 

Sur le coût de la vie, il serait imprudent d’attendre des miracles. L’étatisme demeure dans l’ADN du PQ. Son premier mouvement consiste généralement à chercher une solution administrative aux difficultés, quitte à alourdir la machine qui contribue déjà à compliquer l’existence des citoyens et des entreprises.

 

Le cafouillage de PSPP sur Santé Québec illustre cette ambiguïté: après avoir promis son abolition, il a évoqué une agence pour en reprendre certaines fonctions, avant de parler plutôt d’une division du ministère… De quoi se demander si le PQ entend vraiment alléger la bureaucratie ou simplement la réorganiser.

 

Aucune alternance ne fera disparaître cette contradiction: on ne peut pas continuellement promettre davantage de services, préserver toutes les structures et demander aux mêmes contribuables de financer l’ensemble sans en venir à les racketter légalement.

 

Le droit de se sentir chez soi

 

L’immigration offre davantage de raisons d’espérer un changement. Le PQ s’est engagé à réduire les seuils et le nombre de résidents temporaires. Il faudra maintenant juger ses résultats, en tenant compte des pouvoirs qui relèvent d’Ottawa.

 

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L’enjeu ne se limite pas aux logements disponibles et aux services publics débordés. Il touche aussi les Québécois qui ne reconnaissent plus leur milieu de vie, s’inquiètent pour leur langue et ont le sentiment de perdre leur place chez eux. Ce sentiment de dépossession gagne du terrain, mais beaucoup de nos compatriotes n’osent pas exprimer leur malaise, de peur d’être traités de racistes.

 

Québec doit pouvoir entendre cette inquiétude et y répondre, notamment en mettant un frein à une immigration de masse qui, plus que jamais, s’apparente à un projet d’ingénierie sociale au service d’un Canada postnational.

 

PQ-PCQ: une convergence possible?

 

C’est ici qu’une convergence entre péquistes et conservateurs est probablement la plus souhaitable. Leurs divergences sont profondes, à commencer par l’indépendance, malgré la présence de souverainistes au PCQ et le passé souverainiste d’Éric Duhaime lui-même.

 

Mais leurs différends ne devraient pas interdire des ententes sur l’immigration, l’identité nationale et la réforme urgente d’un modèle bureaucratique entraînant toute la société dans le déclin.

 

Ce qui ressemble parfois à un conflit de personnalité entre Éric Duhaime et Paul St-Pierre Plamondon ne devrait pas empêcher de voir leurs partis collaborer. Les électeurs ne leur demandent pas de s’apprécier, mais de travailler ensemble lorsque l’intérêt collectif le commande.


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Encore faudrait-il que le PQ soit sincère dans sa volonté de changement. Réformer exige de contrarier des intérêts et des lobbys puissants, parmi lesquels les ordres professionnels.

 

Les conservateurs pourraient l’y pousser, à condition que les péquistes choisissent de travailler davantage avec le PCQ qu’avec Québec solidaire, qui les ramènerait vers leurs réflexes étatistes. Le choix de leurs alliés dira beaucoup de leur volonté de rompre avec le statu quo.