La pornographie expose très tôt les jeunes à une vision dégradée des rapports humains: la domination y remplace le dialogue, le consentement s’y brouille et la violence finit par s’y banaliser.
Le 14 avril dernier, l’honorable Julie Miville-Dechêne proposait que le projet de loi S-209 (Loi sur la protection des jeunes contre l’exposition à la pornographie) qu’elle marraine depuis maintenant cinq ans soit lu pour la troisième fois au Sénat.
À l’aide d’arguments solides, elle en a démontré la nécessité.
De plus, ses collègues honorables Manuelle Oudar, Raymonde Saint-Germain et Paula Simons sont intervenues pour appuyer ce projet de loi. Rappelons l’essentiel de leur propos.
Du contenu de plus en plus violent, dégradant et illégal
La sénatrice Miville-Dechêne a rappelé l’analyse du Centre canadien de protection de l’enfance, selon laquelle le matériel pornographique montre fréquemment des scènes de violence, de sadisme, de ligotage et de torture, parfois avec des personnes paraissant plus jeunes que leur âge réel.
Elle a cité la psychologue française Marie Hernandez-Mora Ruiz Del Castillo estimant que 50% de la porno grand public correspond à de la violence physique ou verbale envers les femmes qui y réagissent de manière neutre ou même positive entraînant ainsi sa banalisation.
L’exposition précoce à la porno est un type d’agression sexuelle contre les enfants. Telle est la conclusion de cette psychologue qui soigne de jeunes adultes accros à la porno.
En effet, «l’enfant qui est exposé à la pornographie subit une intrusion traumatique dans un monde psychique innocent. Ces images ne sont pas compréhensibles, mais intégrables par leur psychisme. Elles agissent comme un choc traumatique qui génère de la confusion, de la honte, de l’anxiété et même de la dissociation. Il ne s’agit pas d’une simple curiosité sans effet, mais d’une atteinte grave à l’intégrité psychique de l’enfant et à sa future santé mentale».
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Marie Hernandez-Mora Ruiz Del Castillo ajoute que la porno façonne les circuits du désir et de l’excitation dans le cerveau de l’enfant avant même qu’il ait établi des repères affectifs et éducatifs solides.
Il en résulte que la violence est associée au plaisir, la peur pouvant coexister avec l’excitation et le dégoût pouvant être désirable.
Or, la banalisation des pratiques sexuelles violentes est dramatique car elle entraîne une augmentation des agressions sexuelles commises par des jeunes sur d’autres jeunes ainsi qu’elle amène des risques de rechercher des contenus pédopornographiques illégaux chez les enfants exposés très tôt à la porno, comme le rapporte l’organisme Protect the Children en Finlande.
La notion de consentement évaporée
De son côté, la sénatrice Manuelle Oudar a souligné que des experts ont démontré que la compréhension du consentement commence à se façonner très tôt chez l’enfant car son cerveau est plastique et modulable.
L’enfant va intégrer les modèles relationnels auxquels il est exposé. «Il apprend ce qu’est une relation, ce qu’est le respect mutuel et ce qu’est le consentement éclairé».
En étant exposé à la porno, l’enfant va intégrer des schémas de relation problématiques où la domination remplace le dialogue, où le refus n’est pas acceptable et où le respect de l’autre est absent.
Une fois devenu adulte, le jeune concevra ses relations intimes et sociales selon ces schémas problématiques ancrés dès l’enfance.
La sénatrice Oudar s’est également intéressée au fait que ce soient principalement des femmes victimes des rapports de domination et des scènes de violence dans la porno actuelle.
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Cette dernière normalise la soumission féminine et présente des comportements qui constituent des agressions sexuelles dans la vraie vie. Ainsi, la perception des femmes et leur place dans une relation sont complètement biaisées par les jeunes garçons qui consomment de la porno.
De plus, la porno viendra conditionner faussement leur compréhension du consentement dans leurs relations intimes.
Le Canada a des obligations internationales
La sénatrice Oudar a rappelé qu’il y a plus de 35 ans, le Canada avait ratifié la Convention des Nations unies relative aux droits de l’enfant.
«L’article 19 de cette convention oblige les États parties à prendre toutes les mesures législatives, administratives, sociales et éducatives appropriées pour protéger l’enfant contre toute forme de violence, y compris la violence sexuelle.
L’observation générale no 25 de l’ONU appelle explicitement les États à mettre en place des mesures solides de vérification de l’âge, tandis que l’observation no 20 exige une protection contre toute forme de violence numérique». Elle estime que le projet de loi S-209 est une réponse directe du Canada à remplir ses obligations internationales.
L’industrie doit assumer les coûts
Ce sujet a été abordé par la sénatrice Raymonde Saint-Germain qui s’est réjouie qu’un régime de sanctions pécuniaires ait été inscrit dans le projet de loi S-209 afin d’imposer un fardeau financier imposant aux entreprises qui ne respecteraient pas la loi.
Cette sénatrice est allée encore plus loin en invitant le gouvernement à réfléchir à la responsabilité de l’industrie pornographique dans le financement de la protection des mineur.e.s.
En effet, comme la consommation de porno a des effets néfastes et dangereux sur la santé psychologique et physique des jeunes, elle estime que cette industrie devrait contribuer aux coûts des mesures que le gouvernement mettra en place pour protéger les jeunes.
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Cette industrie en a les moyens compte tenu des profits mirobolants qu’elle réalise. Ce n’est pas seulement aux contribuables canadiens d’assumer les conséquences dramatiques de leurs activités commerciales sur la jeunesse de ce pays.
L'éducation sexuelle est primordiale
Telle est la requête de la sénatrice Paula Simons pour que les jeunes soient bien adaptés à leur vie sexuelle. Elle estime que les parents, le corps professoral et médical, les infirmières en santé publique et les intervenant.e.s en éducation sexuelle doivent disposer des ressources nécessaires pour aider les jeunes à vivre des relations saines avec leur propre corps et leurs futurs partenaires.
Les jeunes doivent apprécier de vraies relations sexuelles avec de vraies personnes de «manière joyeuse, honnête, attentionnée et, si j’ose dire, agréable».













