Voyage au bout du métro de Montréal

Photo: compte X de TVA Nouvelles.

Lundi le 24 mars 2025, à 16:05

À Montréal, prendre le transport collectif est devenu un fardeau quotidien marqué par la saleté, l’insécurité et l’indifférence. 

 

Utiliser les transports collectifs à Montréal est devenu un réel parcours du combattant. 

 

Nous avons un REM tout beau et tout propre, mais peu fiable et un métro moins neuf et moins propre et de moins en moins sécuritaire.

 

Quand le REM fonctionne, c’est un charme. Le hic, c'est que ça ne fonctionne pas souvent…

 

J’aime voir Montréal du REM: j’aime les gratte-ciels qui scintillent sous les rayons du soleil levant, j’aime le bleu du fleuve comme une invitation au voyage, j’aime les montagnes qui se découpent au loin et même les graffitis sur les bâtiments de briques rouges à l’entrée de la gare. 

 

Montréal a fière allure, vu du REM. C’est à la gare que ça se gâte. Il faut sortir de ce cocon propre et douillet pour affronter la «vraie vie». Des hauteurs lumineuses, on se retrouve dans les bas-fonds glauques. Bienvenue à la station Bonaventure!

 

La vertu a des limites

 

Il est de bon ton d’afficher une bienveillance, toute vertueuse, envers les sans-abri et autres marginaux que l’on retrouve en grand nombre dans les stations de métro. 

 

Notre sollicitude ne connaît pas de limite! Nous les enjambons, avec précaution, lorsqu’ils sont éparpillés dans le corridor malodorant qui mène à la station. 

 

Nous restons debout sur le quai pour qu’ils puissent s’étendre sur les bancs. Nous affichons un calme olympien lorsqu’ils sont en crise.

 

Nous surveillons aussi où on met les pieds, car quelques déjections se retrouvent çà et là, sur le sol. 

 

À chaque fois, j’ai une pensée émue pour celles et ceux qui doivent nettoyer, jour après jour, les flaques d’urine, les excréments, les seringues. 

 

Passé les tourniquets (qu’on peut enjamber sans complication), on se dit que ce sera plus tranquille. Non. Plusieurs sans-abri se regroupent en s’invectivant mutuellement. On se dit qu’il est temps que le wagon arrive. 

 

La voix posée de Michèle Deslauriers nous annonce, encore une fois, un «ralentissement de service». Le métro arrive enfin. 

 

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Durant le trajet, un homme court et hurle de wagons à wagons. Il s’en prend à quelques usagers. J’essaie de me faire invisible. Tout le monde fait comme si de rien n’était. Réaction de survie.

 

Je décide de sortir à la prochaine station. Pas de chance, il y a un autre attroupement bruyant et désordonné sur les bancs du quai. On n’entend plus le pauvre hère enragé. 

 

Je me rassois sur mon siège et je me dis que cette fois-ci, c’est la dernière fois. On ne m’y reprendra plus!

 

Préposés à l’entretien ou aux bénéficiaires?

 

En sortant du wagon, je tombe face à face avec un préposé à l’entretien. Je le salue et le remercie pour son travail. Ces travailleurs discrets sont de véritables héros, parfois même des victimes. De préposé à l’entretien, ils sont devenus préposés aux bénéficiaires. 

 

C’est là où nous mène une «bienveillance» qui rime souvent avec négligence et dont plusieurs paient le prix. Personne n’y gagne, encore moins les sans-abri. Il n’y a rien de bienveillant à laisser vivre les gens dans l’indignité.

 

Ras-le-bol

 

Je prends rarement ma voiture pour aller travailler: la recherche d’un stationnement et les pénibles embouteillages en fin de journée sont de profonds irritants.

 

Désormais, je prendrai ma voiture. Je ne participerai plus à l’effort collectif pour la mobilité durable.

 

Depuis quelques jours, c’est fini le «flânage» dans le métro. C’est trop peu, trop tard. Le ras-le-bol a pris le dessus. Je n’ai plus envie de prendre les transports collectifs. Je vais prendre mon char: c’est fini, le niaisage!