Pas de candidat dans Québec-Centre, une campagne qui piétine et une proximité avec la CAQ qui divise: au sein même du Parti conservateur, certains redoutent une forme de sabotage. Nos explications.
«J’ai l’impression que des gens au sein même du parti ont intérêt à ce qu’on garde une petite députation au Québec. C’est comme si des députés bien établis ne voulaient pas de concurrence. Ils veulent rester maîtres d’une petite cabane!», nous confie un candidat conservateur se présentant dans l’une des 78 circonscriptions fédérales du Québec.
Le fiasco de Québec-Centre
Mercredi dernier, la population a été informée que le Parti conservateur du Canada ne présenterait aucun candidat dans la circonscription de Québec-Centre. La candidate initialement annoncée, Chanie Thériault, ne figurera pas sur le bulletin de vote, ce qui laissera le champ libre aux autres partis en lice. Une absence pour le moins remarquée dans cette circonscription symbolique et stratégique de la Capitale nationale.
Chanie Thériault ne sera finalement pas candidate pour le Parti conservateur du Canada.
La goutte qui fait déborder le vase? C’est du moins à la suite de cette annonce que ce candidat – dont l’anonymat est préservé – a pris contact avec Libre Média pour livrer un témoignage révélateur des remous qui agitent la formation de droite.
L’ombre de la CAQ
«Ce qui arrive présentement, ce n’est pas la faute des organisateurs locaux, mais des hautes instances dont les membres semblent souvent agir dans leur propre intérêt. […] Une autre théorie qui circule, c’est que la CAQ veut avoir le contrôle sur la branche québécoise du Parti conservateur», soulève le candidat au téléphone.
L’arrivée d’Éric Lefebvre, whip de la CAQ depuis 2018, comme candidat conservateur dans Richmond–Arthabaska a ravivé certaines tensions chez les militants. Selon nos informations, certains y voient une manœuvre pilotée depuis Québec visant à consolider l’emprise d’un courant plus «modéré», au détriment d’une base militante plus populiste et proche de la «nouvelle droite».
Un «cartel de pouvoir» hostile à Poilievre
Selon une personne bien au fait des rouages internes du parti, longtemps une figure montante, le manque d’allégeance des députés conservateurs québécois actuels envers Pierre Poilievre explique en bonne partie la friction empêchant les conservateurs fédéraux de prendre leur envol dans la Belle Province.
Elle estime même que «ça complote déjà au Québec pour débarquer Poilievre advenant sa défaite» face aux libéraux de Mark Carney, le 28 avril prochain.
«On dirait qu’il n’y a pas de volonté de gagner le Québec. […] Pierre Poilievre n’a pas de vrai allié au Québec, il n’a personne pour traduire son message dans un langage que les Québécois comprennent. […] Au Québec, il y a un cartel de pouvoir qui rend sans espoir les efforts des militants», déplore-t-elle.
Un parti toujours divisé
Elle pointe également les tensions internes persistantes au sein du Parti conservateur, à la fois idéologiques, historiques et géographiques:
«Le Parti conservateur reste une coalition qui n’a jamais vraiment surmonté le schisme entre red torries et blue torries. Il y a des conservateurs de l’Ouest et ici, des gens proches de la CAQ qui traitaient les camionneurs à Ottawa de coucous! Cette alliance n’est pas facile à tenir. […] Au Québec, les adéquistes ne sont plus à la CAQ mais au PCQ», explique-t-elle.
Un processus de sélection des candidats controversé
Malgré des sondages longtemps favorables aux conservateurs avant l’entrée en scène de Mark Carney, la sélection des candidats, à la fois tardive et chaotique, aurait été marquée par des jeux de coulisse profitant à un caucus québécois ayant appuyé Jean Charest à la course à la chefferie.
«Le processus de sélection n’a jamais été clair et plusieurs candidatures ont été écartées à la dernière minute», pointe un autre proche du Parti conservateur dont l’anonymat doit aussi être préservé à ce stade de la campagne. «On se rappelle que c’est seulement in extremis que Pierre Paul-Hus a appuyé Poilievre, ce qui a forcé le chef à en faire son lieutenant pour le Québec», souligne-t-il.
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Pour le chroniqueur et investisseur Jonathan Hamel, dont l’implication chez les conservateurs fédéraux n'est pas un secret, la proximité du Parti conservateur du Canada avec la Coalition Avenir Québec est fondamentalement contradictoire sur le plan idéologique:
«La CAQ incarne tout ce que Poilievre combat depuis le début: une technocratie tentaculaire, un État obèse, la multiplication des lois et des règlements inutiles. La CAQ voudrait convaincre les conservateurs de faire campagne pour les boomers», ironise-t-il.













