En Iran, des snipers visent la tête de manifestants. Une population désarmée peut-elle renverser le régime pacifiquement? Entrevue avec la politologue Mahnaz Shirali, selon qui des agents de Téhéran peuvent encore agir et s’établir au Canada...
La République islamique d’Iran vacille, mais elle vacille en tirant. Depuis plusieurs jours, une nouvelle vague de soulèvements secoue le pays.
À Téhéran comme en province, la contestation s’est heurtée à une répression d’une brutalité extrême. «Nous sommes face à des bourreaux qui tuent pour assurer leur survie», résume la politologue et spécialiste de l’Iran Mahnaz Shirali.
«Les morgues de Téhéran sont pleines»
Les chiffres précis restent impossibles à établir, tant le régime verrouille l’information. Mais selon les témoignages recueillis par la chercheuse auprès de médecins iraniens encore en contact avec l’extérieur, le bilan humain est déjà massif.
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«On parle de milliers de morts. Les morgues de Téhéran sont pleines, elles ne peuvent plus recevoir de corps», affirme-t-elle au micro de Jérôme Blanchet-Gravel. Les images, encore rares et fragmentaires, le confirment: des cadavres alignés, parfois jusque dans la rue.
«On n’a pas des blessés: on a des tués»
La nature des blessures montre la radicalisation du régime. «Les corps ne sont pas criblés de balles. Une seule balle, dans le front. Ce sont des exécutions», insiste Mahnaz Shirali. Des snipers viseraient directement la tête des manifestants: «On n’a pas des blessés: on a des tués.»
Face à cette violence méthodique, la population reste désarmée. «Les Iraniens sont à mains nues. Donnez-leur une arme, ils ne sauront même pas s’en servir.» Pour la politologue, le scénario d’une guerre civile est donc à écarter: le rapport de force est totalement asymétrique.
L’appel désespéré à une intervention internationale
Dans ce contexte, un appel revient avec insistance depuis l’intérieur du pays: celui d’une intervention internationale, en particulier américaine.
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«Les derniers messages que j’ai reçus avant la coupure d’Internet disaient tous la même chose: "S’il vous plaît, demandez une intervention internationale. On a besoin d’aide".»
Pour Mahnaz Shirali, l’équation est brutale: «Les Iraniens ne peuvent pas renverser ce régime en se sacrifiant. Il tuera jusqu’au bout pour rester en place.»
Coupure d’Internet et guerre de l’information
Le régime iranien a méthodiquement coupé le pays du monde. Internet et les télécommunications sont largement interrompus.
Seules quelques connexions via Starlink permettent encore de transmettre des informations vers l’extérieur. «Les nouvelles nous arrivent au compte-gouttes», explique la politologue.
Cette opacité nourrit une guerre informationnelle intense. Sur les réseaux sociaux circulent des images et vidéos de femmes défiant le pouvoir, parfois accusées d’être utilisées à des fins de propagande étrangère.
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Là encore, Mahnaz Shirali se veut catégorique: «Des Iraniens ont mis en place un réseau de fact-checking extrêmement rigoureux. Rien n’est diffusé sans validation.» La plupart des images authentifiées passeraient par des filtres avant d’être relayées. «Ce que nous voyons est réel.»
Le Canada, terre d'accueil des dignitaires iraniens?
La répression ne s’arrête pas aux frontières iraniennes. Mahnaz Shirali révèle avoir été explicitement avertie par les autorités françaises: sa sécurité ne serait pas garantie au Canada, «un pays rempli d'agents de la République islamique.»
«On m’a clairement dit que c’était un pays où l’on ne pouvait pas assurer ma protection», rapporte-t-elle. «Avec tout l’argent qu’ils ont volé aux Iraniens, ils [les agents du régime, ndlr] peuvent aller où ils veulent. Ils sont toujours les bienvenus, surtout au Canada.»
Une mise en garde qu’elle relie à l’inaction d’Ottawa face aux réseaux du régime iranien: «Le Canada n’a rien fait, malgré toutes les sanctions décoratives», déplore-t-elle, voyant dans cette situation l’illustration concrète de l’extension des mécanismes d’intimidation du régime jusque sur le sol occidental.
Les fins de régime sont brutales
Pour la politologue, l’alternative est sans détour: «S’il n’y a pas d’intervention internationale, on aura des centaines de milliers de morts et des dizaines de milliers d’exécutions.»
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