Les aspirations des 40 pays présents étant très différentes, difficile d'y voir clair sur la ligne commune du G20. Seule certitude: le monde fracturé qui se dessine et l'harmonie prônée par ce sommet auront bien du mal à cohabiter. Reportage.
«L'ordre international économique est définitivement en crise et ne répond pas aux réalités émergentes. […] Les BRICS et le Sud Global dominent désormais l'essentiel des ressources. […] Les institutions de finance internationale transforment les aides au développement en dépenses militaires. Ces sommes retournent à l'Occident, souvent à travers les schémas de corruption en Ukraine».
Ainsi s'exprimait samedi dernier Maxim Oreshkin, représentant de l'administration présidentielle de la Fédération de Russie, lors du sommet du G20, à Johannesburg.
Bien que la Russie soit un membre fondateur des BRICS avec la Chine, l'Inde, le Brésil et le pays hôte, le président Poutine n’a pas fait le voyage en raison d'un mandat d’arrêt émis par la Cour pénale internationale.
Multipolarisme contre multilatéralisme
Peu après cette déclaration, Alexander Stubb, président de la Finlande, pays d’Europe ayant 1340 km de frontière commune avec la Russie, a estimé que le G20 devait choisir entre multilatéralisme et un monde multipolaire, «qui sont deux choses très différentes».
«Un monde multipolaire est dangereux car il est plus transactionnel et est plus à même de provoquer des conflits», a-t-il déclaré.
«Nous ne voyons pas assez de multilatéralisme dans trois conflits que sont l'agression russe en Ukraine, la situation à Gaza et la situation au Soudan», s'est-il inquiété avant d'en appeler à «redéfinir les règles multilatérales décidées depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, qui sont injustes».
L’Argentine en trouble-fête
Chose certaine, derrière les formules de politesse à l’endroit du pays hôte et les appels répétés à un «développement économique durable», les 40 pays représentés affichaient des préoccupations très différentes.
Ainsi, Pablo Quirno, le ministre argentin des Affaires étrangères, a demandé «plus de règles protégeant la propriété privée, le secteur privé et les individus».
Sous la mine déconfite d’Ursula von der Leyen, il a ensuite annoncé qu’il ne signerait pas la déclaration commune adoptée par l’ensemble des pays du G20.
Le porte-voix du libertarien Javier Milei a semblé presque aussi disruptif que Donald Trump, qui n’a envoyé aucun représentant des États-Unis à Johannesburg. Une semaine avant l’événement, le président étasunien avait même estimé que l’Afrique du Sud «ne devrait pas faire partie du G20 .
Le président sud-africain était alors au Vatican, où le pape Léon XIV avait vanté le G20 sud-africain comme «un moment de conscience du monde».
Sauver l’Afrique?
Le continent africain accueillant pour la première fois cet événement, la nécessité du développement de l’Afrique a fait consensus, aussi bien chez la Russie, les pays du Sud que chez les pays occidentaux. L’Union Africaine étant membre du G20, de nombreux représentants africains ont fait le voyage à Johannesburg.
Giorgia Meloni est sans doute la dirigeante ayant le plus proposé de solutions concrètes pour le continent hôte. Après avoir annoncé compter ouvrir à Rome une organisation pour fédérer des start-up africaines, elle a dénoncé «la traite humaine étant derrière l'immigration africaine vers l'Europe» et a annoncé travailler avec le Nigeria dans ce dossier.
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Elle en a appelé à «un partenariat global pour construire une Afrique compétitive» et a annoncé compter «transformer l'intégralité des dettes des pays les plus pauvres envers l'Italie en des projets d'investissement dans ces pays», ce qui lui a valu quelques applaudissements.
À chacun sa guerre
Keir Starmer, le premier ministre britannique, s’est dit très préoccupé par le sort de l’Ukraine, tout comme Jonas Gahr Støre, le premier ministre norvégien, ou Michéal Martin, le premier ministre irlandais.
En revanche, les pays du Sud ont été bien moins loquaces sur cette guerre qui concerne l’Europe avant tout.
Sur le conflit israélo-palestinien, la fracture nord-sud est aussi saillante: Anwar Ibrahim, premier ministre de la Malaisie, en a appelé à «la fin du génocide à Gaza», se rangeant ainsi aux côtés de l’Algérie.
Membre de l’Union Africaine, cette dernière a dépêché sur place Sifi Ghrieb, son premier ministre, lequel a, sans surprise, plaidé la cause palestinienne.
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Plus mesuré, Moustafa Madbouli, le premier ministre égyptien, a demandé «une solution à deux États» pour mettre fin à ce conflit.
Bien qu’il ait fait des millions de morts depuis 30 ans, le conflit en République Démocratique du Congo n’a été évoqué que par Teodoro Obiang, le président de la Guinée équatoriale.
La guerre au Soudan, en revanche, a été évoquée non seulement par le président finlandais mais aussi par Michéal Martin, le premier ministre irlandais.
Un flou économique
Côté économique, les dirigeants sont restés vagues, se contentant généralement de plaider un «développement économique durable» ou une «économie inclusive».
Seule l’Algérie a explicitement demandé «plus d’investissements étrangers sur son sol».
Le président du Sierra Leone et la présidente de la Namibie ont appelé à «combattre les inégalités», une préoccupation lourde de sens à Johannesburg, l’Afrique du Sud étant le pays le plus inégalitaire au monde.
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Après quelques mots sur la nécessité d’un «partenariat économique global» et d’un «esprit de résilience», le premier ministre jamaïcain a rappelé que l’ouragan Melissa avait ravagé son île il y a quelques semaines, touchant plus de la moitié de la population.
Un témoignage qui rappelle que les défis à venir ne se jouent pas que sur les fronts de guerre, mais aussi sur le front climatique.
En haut, le président turc Recep Tayyip Erdogan lors d'une conférence de presse au sommet du G20 à Johannesburg. En bas, le président finlandais Alexander Stubb lors d'une conférence de presse au sommet du G20 à Johannesburg. Photo: Alexis Brunet pour Libre Média.
Le lendemain, le président turc Erdogan a pris le rôle de vedette, en louant, lors d'une conférence de presse, l'initiative sud-africaine face «au génocide en cours à Gaza».
Rappelons qu'à la suite d'une action intentée par le pays hôte contre Israël devant la Cour de justice internationale en raison de la situation à Gaza, ces deux derniers ont gelé leurs relations diplomatiques.
Des paroles sans les actes?
À une journaliste lui demandant ce qu'il pensait de l'appel à «plus de multilatéralisme» lancé par le président finlandais, le Rais a répondu que la Turquie s'impliquait pour la paix en Ukraine: la veille, il recevait Zelensky en Turquie et devait parler avec Poutine par téléphone le lendemain.
En guise de conclusion, le président Ramaphosa a appelé à «combattre les inégalités», à «un meilleur partage des énergies», et à ce que ces intentions «ne soient pas que des mots».
En retransmission, le président sud-africain Cyril Ramaphosa ouvre le sommet du G2O devant un parterre de journalistes. Photo: Alexis Brunet pour LM.
Une déclaration qui peut prêter à sourire, les coupures d'eau et d'électricité étant légion en Afrique du Sud, ce pays où 55% de la population vit désormais sous le seuil de pauvreté.
Quant à Mark Carney, le premier ministre canadien, il n'a pas pris la parole mais s'est empressé, dès que le sommet s’est terminé, de prendre le président Ramaphosa dans ses bras puis de filer, comme s’il était pressé de reprendre l’avion pour le Canada…












