Boycotté par Trump, le G20 se tiendra le week-end prochain à Johannesburg. À trois kilomètres des tours de verre de Sandton, le township d’Alexandra concentre tous les maux de l’Afrique du Sud: sida, criminalité, immigration illégale et misère.
Thabo Mopasi, 52 ans, est historien au centre social Alexsan Kopano, au cœur d’Alexandra, au nord-est de Johannesburg. Derrière lui, des dizaines de livres sont méticuleusement classés, tandis que sur son bureau, des prospectus appellent ses pairs à voter selon leurs convictions politiques.
«Acheter des votes est une pratique courante en Afrique du Sud et particulièrement à Alexandra», précise celui qui a passé toute sa vie dans le township.
«Les chefs d'État feraient bien de venir ici»
Aux élections générales de juillet 2024, l’ANC (African National Congress), le parti héritier de Nelson Mandela, y a remporté 53% des voix, suivi par le parti d’extrême gauche Economic Freedom Fighters (20%), qui y a réalisé le double de son score national.
Dirigé par le populiste Julius Malema, ce parti propose d'exproprier sans indemnisation les fermes du pays, de nationaliser les banques, ou encore, de construire des logements dans ce quartier pauvre de Johannesburg.
Pour sa part, n’ayant jamais concrétisé sa promesse d'y bâtir des milliers de maisons, le président Cyril Ramaphosa (ANC) s’est excusé platement auprès des habitants.
À côté du centre Alexsan Kopano, il y a des des petites maisons alignées à la tôle rouillée et un stade de foot qui accueille des matchs le samedi.
En face, un local abrite des jeunes toisant tout ce qui passe. À cet endroit précis, au plus fort de la lutte contre l’apartheid, des délinquants rackettaient des habitants sur ordre de l’ANC afin de renflouer les caisses de ce dernier.
À trois kilomètres à vol d’oiseau, les gratte-ciel scintillants du quartier de Sandton, quartier des affaires autoproclamé «mile carré le plus riche d’Afrique», narguent le township.
Les pays du «groupe des 20» se retrouveront à Johannesburg les 22 et 23 novembre prochains. La plus grande ville du pays accueillera notamment les représentants du premier ministre canadien Mark Carney, du chancelier d’Allemagne Olaf Scholz, de l’Argentin Javier Milei, ou encore, du gouvernement d’Emmanuel Macron.
En revanche, après avoir reçu à la Maison-Blanche le président Cyril Ramaphosa pour évoquer le «génocide des fermiers blancs», Donald Trump a annoncé qu’il n’y participerait pas. «Avec ou sans Trump, les représentants du G20 feraient bien de venir à Alexandra», suggère Thabo Mopasi.
Des millions détournés?
Contrairement à Soweto, fameux township qui lui a volé la vedette, Alexandra est bien antérieur à l’apartheid, instauré en 1948, et est le plus ancien township du pays avant la lettre.
En 1912, Herbert Papenfus, un homme blanc et membre du Parlement, y bâtit sa première maison. Bien qu’il souhaitât que des Blancs le rejoignent, aucun ne vint car Alexandra était loin du centre. Aujourd’hui encore, les Blancs s’y comptent sur les doigts d’une seule main.
En 1913, de l’or étant découvert près du centre-ville, des milliers de Noirs sont amenés de force du reste du pays pour travailler dans des mines et sont logés dans ce quartier.
Selon la légende, le nom serait dû à une admiration du parlementaire envers l’impératrice des Indes Alexandra de Danemark.
En 1941, alors qu’il vient d’arriver à Johannesburg, Nelson Mandela y pose ses valises durant quelques mois, vite rejoint par d’autres figures historiques de l’ANC.
Des enfants jouent dans un parc du township d’Alexandra. Environ 34% des Sud-Africains ont moins de 18 ans. Photo: Alexis Brunet pour Libre Média.
Aujourd’hui, leurs héritiers sont accusés de former une caste d’intouchables connue sous le nom d'Alex Mafia. Sur place, on parle de millions de dollars destinés à la rénovation du quartier qui auraient été détournés par ces politiciens, dont Paul Mashatile, actuel vice-président du pays.
«La corruption et le népotisme font que rien ne fonctionne ici»
Linda Twala, 81 ans, est le petit-fils du cuisinier personnel d’Herbert Papenfus et est une figure bien connue des habitants.
Chez lui, des clichés le montrent serrant la main de Nelson Mandela, de l’ancien président Jacob Zuma, ou encore, de la reine Elizabeth II, qui s’est rendue au cœur du faubourg en 1995.
Katlego Motsoko (en haut) et Linda Twala (en bas. Photo: Alexis Brunet pour Libre Média.
Devant sa maison, il peste en voyant un jeune arbre étouffé par le bitume morcelé. «Nous sommes si nombreux que même les arbres ne poussent pas. Jusqu’à quand allons-nous continuer à vivre ainsi?», se désole-t-il.
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Conçu initialement pour loger 60 000 personnes, Alexandra en compte aujourd’hui plus d’un million et constitue la seconde agglomération la plus densément peuplée du pays.
Outre la natalité galopante, cette situation est due à la présence croissante de migrants zimbabwéens, malawiens, congolais, nigérians, botswanais, ou même érythréens, qui y trouvent refuge en débarquant dans l’eldorado sud-africain.
«Alexandra n’appartient plus aux Sud-Africains, mais à ces immigrés qui le surpeuplent. Ils s’entassent parfois à quinze dans la même maison!», peste Mmatsasi Kheyaba, 48 ans, journaliste à 011 Radio, une radio locale.
Selon certaines estimations, il y aurait six millions d’immigrés clandestins sur une population totale de 60 millions d’habitants dans le pays.
Depuis plusieurs mois, des «opérations Dudula», ces actions anti-immigration illégale lancées par les citoyens – et condamnées par le gouvernement – ont d’ailleurs lieu dans le township.
Ces opérations ciblent en particulier des logements sociaux occupés illégalement par des étrangers, selon les riverains sud-africains. Des coups de feu sont parfois échangés et ont fait quelques morts.
Très active dans le faubourg, Mmatsasi Kheyaba déplore la saleté des rues. «Les éboueurs ne font pas correctement leur travail», observe-t-elle devant des détritus jonchant le sol. Une fois par semaine, elle ramasse donc bénévolement les déchets pour pallier l’incurie des autorités.
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«La corruption et le népotisme font que rien ne fonctionne ici», abonde Katlego Motsoko, 29 ans, native des lieux et esthéticienne, qui regrette que le développement de Sandton n’ait jamais bénéficié aux habitants.
Retrouvez la suite demain dans Libre Média.













