L’autonomie alimentaire dans les régions nordiques, c’est possible

Marie Thévard et sa mère Marie-Thé. Photo: page Facebook du Jardin vivrier.

Mercredi le 3 août 2022, à 11:20

Atteindre l’autosuffisance alimentaire en terre boréale, c’est possible et l’histoire de Marie Thévard et de sa famille le prouve. 

 
L’histoire de Marie débute en 1988, lorsque sa mère Marie-Thérèse (Marie-Thé), originaire de France, aménage au Québec pour y rejoindre son mari au Saguenay. 
 
Inspirés par la philosophie de Gandhi qui portait un intérêt particulier à l’autoproduction de biens essentiels, Marie-Thé et son mari ont tenté de voir si un mode de vie autosuffisant était possible dans les régions nordiques.
 
Ils ont donc commencé à expérimenter l’agriculture en 1990 sur une terre de 4000 mètres carrés à La Baie.
 
Ayant grandi dans cet environnement d’autosuffisance, Marie Thévard a repris le flambeau.
 
Accompagnée de ses frères et sœurs, Marie a pour projet d’agrandir la ferme, ce qui permettra à la famille Thévard d’atteindre une plus grande autonomie.
 
«On est toujours dans l’optique d’atteindre l’autosuffisance. […] On a construit notre maison par nos propres moyens et si un jour on en vient à produire nos vêtements, ce serait un plus. On ne souhaite pas vivre en autarcie et être totalement coupé de la société, c’est plus dans l’idée de localiser la production des biens essentiels», explique Marie à Libre Média.
 

Des valeurs bien enracinées 

 
Les deux principales raisons qui ont poussé cette famille à adopter ce mode de vie sont l’environnement et l’équité sociale. 
 
«On sait que la plupart des produits alimentaires qui viennent d’ailleurs accaparent des terres dont les habitants ne peuvent pas exploiter pour leurs propres besoins. Le but est donc que chacun puisse produire selon ses propres besoins afin de réduire l’exploitation à la fois de l’humain et de l’environnement», souligne-t-elle. 
 
Au fil des années, leurs différentes expériences ont mené la famille à ne plus travailler la terre avec le labour. 
 
Un jour, Marie-Thé s’est blessée à la hanche en bêchant la terre, ce qui l’a emmenée à se demander ce qui se produirait si elle cultivait sans bêcher. Les résultats se sont avérés très concluants. 
 
Marie-Thé n’a donc plus jamais travaillé la terre qu’elle cultive. Aujourd’hui, la famille Thévard choisit plutôt de nourrir la terre avec du compost et de la recouvrir de paille.
 
«Essentiellement, le concept est d’imiter le fonctionnement du sol forestier. La forêt, personne ne l’arrose, personne ne la travaille ni la cultive et elle produit plus de biomasses qu’un champ agricole. Quand on compare ça avec l’agriculture conventionnelle, on se dit qu’il y a peut-être quelque chose qu’on ne fait pas de la bonne manière», analyse Marie Thévard.
 
«Les feuilles mortes, les branches, les animaux morts recouvrent le sol en permanence en forêt. Pour imiter le sol forestier, l’idée est donc de toujours garder une épaisse couche de matière organique en surface du sol», poursuit-elle.
 
«Le microbiote dans le sol va se nourrir de cette matière-là et en faire de l’hummus. C’est ce qui va rendre le sol fertile. Finalement, c’est lui qui va labourer à notre place et vraiment mieux que nous!» 
 

Une démarche en faveur des «microsystèmes»

 
Cette technique naturelle est beaucoup moins exigeante que le «labourage» et apporterait tous les nutriments nécessaires à la fertilisation de la terre. Résultat: un rendement beaucoup plus efficace et économique.
 
Selon Marie, dans le contexte où des conglomérats veulent s’accaparer toutes les ressources, notre salut écologique et économique passera entre autres en cultivant nous-mêmes notre jardin. 
 
«En voyant la tangente écologique et économique que la planète prend, je devenais un peu "écodéprimé", et à travers le mode de vie de ma mère, je voyais que quelque chose d’autre était possible. […] Pour le salut de l’écologie et de l’économie, l’une des solutions sera de devenir nous-mêmes microproducteurs, intégrés dans de microécosystèmes», assure l’auteure du livre Le Jardin vivrier paru l’an dernier aux éditions Écosociété.
 
Vivre en autosuffisance alimentaire à 100% au Québec, sachant que dans certaines régions nous avons six mois d’hiver, c’est donc tout à fait possible? 
 
«Moi, j’en ai la preuve trois fois par jour que oui, c’est possible! La plupart des aliments que nous ne produisons pas ici peuvent être remplacés dans notre alimentation.»
 
Par exemple, le riz peut être remplacé par du sarrasin, un équivalent poussant facilement dans nos terroirs. 
 

La diversité intérieure à l’honneur

 
Avec la mondialisation, nous avons accès à une grande variété d’espèces de plantes comestibles, mais selon Marie, même sans les importations, le Québec possède à lui seul une immense diversité de plants. 
 
Encore une fois, sans prôner l’autarcie, s’en tenir aux espèces bien de chez nous serait déjà énorme en termes d’abondance de variété. 
 
«Ce qu’on achète, c’est bio et local. On achète chez des semenciers québécois. On constate qu’il y a une plus grande sensibilisation sur les plantes patrimoniales, les variétés autochtones et les variétés paysannes qui ont été sélectionnées pour le climat québécois. On cultive le plus que possible ce qui pousse en climat nordique.»  
 

Des bienfaits pour la santé

 
Marie estime également que son mode de vie a des bienfaits considérables sur la santé et sur celle de sa mère en particulier. 
 
«On voit la différence de qualité de vie que ce mode de vie procure. Ma mère a 61 et  est en pleine forme! Elle mange des légumes frais et bio 365 jours par année. […] Du point de vue de la santé physique et mentale, le fait d’être souvent à l’extérieur et de suivre le rythme des saisons nourrit de plusieurs manières!», s’exclame Marie. 
 
La famille Thévard a développé de bonnes relations avec son voisinage avec lequel elle a pris l’habitude de faire du troc de nourriture et de services. Ce qui leur permet de vivre dans un riche milieu communautaire.
 
En plus d’être consultantes et d’animer des journées de formations au jardin, Marie Thévard et sa mère Marie-Thé donneront une conférence dans le cadre du festival des Savoirs de la Terre qui se tiendra en Outaouais du 2 au 5 septembre prochain. 
 
Des formations ainsi que du mentorat en ligne seront bientôt offerts sur leur site web afin d’épauler les gens qui souhaitent faire une transition vers l’autonomie alimentaire ou tout simplement apprendre à cultiver la terre de la manière la plus efficace et simple que possible.