En confiant le projet aux «experts» de la Caisse de dépôt, la CAQ entend se dégager de toute responsabilité politique d’un projet de tramway qui est loin d’être mort et enterré et qui risque de coûter encore plus cher aux contribuables.
La Coalition Avenir Québec (CAQ) n'a pas mis fin au projet de tramway. Elle a simplement «retiré »le projet des mains du maire de Québec, Bruno Marchand.
En début de semaine, la ville poursuivait d'ailleurs normalement ses travaux d'aménagement. La CAQ cherche simplement à calmer la population et à laisser la poussière retomber. Elle gagne du temps.
La CAQ remet le projet entre les mains de la Caisse de dépôt et de placement (CDPQ), créant l'illusion d'impartialité, prétendant que la Caisse est experte dans ce domaine à cause de sa prise en charge Réseau express métropolitain (REM).
Cependant, la CDPQ est l'actionnaire principal d’Alstom, multinationale spécialisée dans la mobilité, avec qui la ville avait déjà une entente. Cette dernière devait être annulée le 10 novembre au plus tard, sous peine de pénalités se chiffrant en millions de dollars. À moins d'un avis contraire, elle n'a pas été dissoute. Un simple hasard? Je ne crois pas.
Un scénario écrit d’avance
J'espère me tromper, mais voici ce qui risque de se produire.
L’utilisation des fonds de la CDPQ pour financer des projets constitue le nouveau modèle privilégié par l'État; le modèle PPPe (partenariat public-pension) prenant le dessus sur le modèle PPP (partenariat public-privé), de moins en moins utilisé d’abord parce que le secteur privé est moins enclin au risque, et parce que les contrats sont souvent trop avantageux pour les intérêts privés au goût des gouvernements.
Faut-il se rappeler l’échec de 2008 alors que la Caisse perdait 40 milliards de notre argent dans des placements à haut risque? Or, la voilà qui devient «gestionnaire» de projets d’infrastructures publiques!
De plus, le secteur privé veut de moins en moins travailler en partenariat avec le gouvernement parce que ce dernier est un très mauvais gestionnaire, inefficace pour réaliser des projets qui, pour le privé, seraient relativement simples.
Qu’on pense aux ratés informatiques de la Société d’Assurance Automobile du Québec et aux lacunes en gestion de la Commission de la Capitale nationale. Il est donc devenu plus difficile de trouver des partenaires dans les projets PPP.
Nous avons vu la CDPQ mettre en danger une partie des fonds de pension des Québécois en investissant dans le REM. Doit-on rappeler que ce projet dysfonctionnel qui enregistre des pertes a coûté 45% de plus qu’initialement projeté, pour un total de huit milliards?
Un exemple à ne pas suivre
Retards, pannes de service, aiguillage déficient: chaque semaine, on entend parler d’un problème. Le calcul de rentabilité de la CDPQ dans ce projet ne se base pas sur le REM lui-même, mais sur la valeur des actions d'Alstom et les annonces susceptibles de faire fluctuer leur valeur en bourse.
On parle ici de centaines de millions de dollars par an, et non pas d'une billetterie qui, même si elle génère des sommes pouvant apparaître impressionnantes, ne fait pas du REM une entreprise rentable à l’heure actuelle.
Il est permis de douter de la rentabilité anticipée… dans 30 ans. Si, par exemple, on annonçait «par hasard» un projet plus global de 15 milliards dans quelques mois, la valeur des actions risquerait de grimper significativement.
La CDPQ pourra nous présenter la réponse suivante: plusieurs études d’experts ont déjà démontré que le tramway à Québec est le meilleur projet pour la ville.
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D’ailleurs nous apprenions par les médias la semaine dernière que l’auteur du principal rapport à cet effet est aujourd’hui à l’emploi de la CDPQ.
Cependant, le projet et le trajet seront «modifiés», que ce soit au niveau du tracé original, ou sur la longueur initiale projetée. Le tout en étapes, «mangé en plus petites bouchées», arguant qu'il n'est pas complet sans les banlieues et Lévis (rive sud). La CDPQ proposera alors un projet plus complet/global.
La CAQ cherchera ainsi à se dégager de toute responsabilité politique, plaçant le projet sous la responsabilité des «experts» de la CDPQ, qui pourraient même décider de le réaliser sans la participation financière du fédéral, disposant de milliards de dollars de notre argent avec les fonds de la Caisse.
Mêmes lacunes, nouvelle image
On tentera de nous vendre l'idée que cette nouvelle mouture vise/cherche la «rentabilité», un simple mot marketing comme pour le REM qui opère à perte.
Initialement, la CDPQ plaçait notre argent (entre autres) dans des fonds à la bourse et dans des obligations, de manière à rapporter les meilleurs rendements possibles.
Faut-il se rappeler l’échec de 2008 alors que la Caisse perdait 40 milliards de notre argent dans des placements à haut risque? Or, la voilà qui devient «gestionnaire» de projets d’infrastructures publiques! Et personne pour dénoncer le niveau de risque versus la mission de la Caisse chargée de notre portefeuille, notre bas de laine collectif!
Expertocratie
Ces «experts» de la Caisse confieront probablement à Marchand le mandat de poursuivre tous les aménagements nécessaires pour le projet (lui sauvant ainsi la face).
Ils incluront également dans le projet des liens avec un réseau d’autobus électriques (ou autre) avec Lévis et les banlieues de Québec pour présenter un projet global plus coûteux, mais susceptible de plaire à un plus grand nombre de citoyens qui n’y verront que du feu (acceptabilité sociale).
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Et à ce moment, certains médias pousseront la magie de ce nouveau grand projet pendant quelques semaines, puis les sondages donneront une acceptabilité populaire d’un peu plus, ou très près de 50%.
Ensuite, une fois les projets engagés, irréversibles, on verra les parties prenantes se renvoyer la balle des dépassements de coûts, avec nous comme payeurs, cette fois-ci en utilisant nos impôts en plus de nos fonds de pension pour régler la facture salée.
Le projet coûtera deux fois le prix, les actions d’Alstom vont monter artificiellement en bourse, et la ville de Québec sera défigurée, mais ce sera «Échec et mat» pour la CAQ: nous aurons perdu, et Marchand, Legault, Julien, Guilbault, CAQ etc., se seront débarrassés de la patate chaude et sortiront gagnants, même au niveau électoral.













