«Les attaques virulentes des démocrates peuvent inciter à la violence»

L'ancien président américain Bill Clinton et l'ancienne première dame et secrétaire d'État Hillary Clinton regardent vers Kamala Harris à l'église Fallbrook de Houston au Texas, en août. 1er juillet 2024. Photo: Mark Felix pour l’AFP.

Mardi le 24 septembre 2024, à 15:10

Depuis le début de la campagne, le camp démocrate présente Donald Trump comme une menace pour la démocratie et une courroie de transmission de la «désinformation russe». Une rhétorique susceptible de repousser les électeurs centristes.

 

Lors d'une récente interview accordée sur MSNBC, Hillary Clinton a franchi une nouvelle étape en suggérant que les citoyens américains relayant de la «désinformation russe» devraient être poursuivis. Ainsi, toute opinion perçue comme «pro-Kremlin» pourrait être criminalisée.

 

Malgré deux tentatives d'assassinat visant leur adversaire, les démocrates continuent d’employer cette rhétorique.

 

Selon Philippe Sauro Cinq-Mars, le Parti démocrate persistera dans cette stratégie, prisonnier de son propre cercle vicieux. Entretien avec cet auteur, journaliste et contributeur au média indépendant Québec Nouvelles.

 

Simon Leduc: Le camp démocrate affirme que les discours de Donald Trump sont imprégnés de «désinformation russe». Hillary Clinton propose que ceux qui diffusent de telles informations soient poursuivis. Qu’en pensez-vous?

 

Philippe Sauro Cinq-Mars: «On se souvient qu’en janvier 2017, lors de l’investiture de Trump, les médias ont commencé à évoquer la "post-vérité". Depuis lors, ce thème a toujours été central.

 

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Nous avons assisté à une montée des processus de censure et de vérification des faits sur les réseaux sociaux, un phénomène accentué pendant la pandémie. Dans ce climat de contrôle excessif de l'information, la situation actuelle n'est pas surprenante. Il était prévisible que cette dynamique se poursuive durant la campagne.

 

Personnellement, le biais des médias en faveur des démocrates ne me surprend pas. Dans cette ère de post-vérité, les médias se sont souvent focalisés sur l'opposition à Trump et au populisme de droite. La campagne présidentielle actuelle ne fait qu'amplifier cette dynamique.»

 

Simon Leduc: Hillary Clinton a déclaré que les médias américains n’étaient pas assez anti-Trump. Quelle est votre réaction?

 

Philippe Sauro Cinq-Mars: «Il faut se rappeler que pendant la campagne présidentielle de 2016, la couverture médiatique était très défavorable à Donald Trump, tout en étant très favorable aux démocrates.

 

Aujourd’hui, je ne pense pas que les médias grand public soient indulgents envers le ticket Trump-Vance. Comme en 2016, le biais anti-Trump des journalistes est évident, ce qui rend la déclaration de Mme Clinton incompréhensible.»

 

Simon Leduc: Le ticket Harris-Walz utilise un discours agressif et belliqueux contre Trump, le présentant comme une menace pour la survie des institutions. Êtes-vous surpris que la candidate démocrate continue ses attaques virulentes après deux tentatives d’assassinat contre son rival républicain?

 

Philippe Sauro Cinq-Mars: «À mon avis, les démocrates se retrouvent dans une impasse. Ils persistent à utiliser la même stratégie négative qu’en 2016. On se souvient que Mme Clinton avait du mal à accepter sa défaite. Dans les mois qui ont suivi l’élection de Trump, l’élite démocrate a accusé la Russie d’avoir contribué à sa victoire.

 

Pendant son mandat, il y a eu une enquête sur l’ingérence russe et plusieurs tentatives de destitution.

 

Depuis 2016, les démocrates ne cessent de clamer que Donald Trump est illégitime et ne doit pas revenir au pouvoir. Leurs attaques virulentes peuvent inciter à la violence. Certains pourraient même voir en Trump une figure aussi menaçante qu’Hitler, ce qui pourrait encourager des actes désespérés.

 

La dynamique au sein du camp démocrate est devenue incontrôlable. Après la première tentative d'assassinat, il semblait qu'ils souhaitaient apaiser le ton. Mais depuis la deuxième, ils ont clairement décidé de maintenir leurs discours belliqueux contre leur rival. Ils semblent pris au piège de leur propre rhétorique.

 

Après huit ans de cette stratégie, il leur est difficile de faire marche arrière, et l'équipe Harris semble résolue à poursuivre cette tactique.»

 

Simon Leduc: Pensez-vous que cette tactique permettra au Parti démocrate de gagner de nouveaux soutiens?

 

Philippe Sauro Cinq-Mars: «Les attaques agressives des démocrates contre Trump plaisent à leur base militante. Kamala Harris saura galvaniser ses partisans les plus fidèles, dont certains pourraient même souhaiter la disparition de Trump.

 

Cependant, cette stratégie risque d’éloigner les modérés et les indépendants, qui ne sont pas séduits par les propos belliqueux des démocrates, surtout après les deux tentatives de meurtre contre Trump.

 

Les déclarations provocatrices des démocrates pourraient repousser les centristes, qui rejettent ce type de rhétorique envers un ancien président.»

 

Simon Leduc: Si Donald Trump venait à être assassiné, pensez-vous que cela pourrait déclencher une guerre civile aux États-Unis?

 

Philippe Sauro Cinq-Mars: «Un tel événement provoquerait des troubles profonds dans la société américaine. Cependant, il est alarmiste de dire que cela entraînerait une guerre civile. Cela mènerait probablement à une ère de présidences très agitées, une sorte de guerre civile politique.

 

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Que le pays sombre dans la violence me semble un discours quelque peu défaitiste. Cependant, il est indéniable que les États-Unis n'ont pas été aussi polarisés et divisés depuis la guerre civile de 1861-1865.»