L’achat local, c’est aussi produire notre énergie

Photo: Gerard Lakerveld pour Unsplash.

Mardi le 11 février 2025, à 12:30

Acheter québécois, c’est soutenir nos producteurs de bière, de fromage et de sirop d’érable. Tout le monde est d’accord. Mais quand il s’agit d’énergie, les mêmes défenseurs de l’achat local deviennent souvent muets. 

 

Pourtant, notre dépendance aux importations rend le Québec particulièrement vulnérable en cas de guerre commerciale avec les États-Unis.

 

Énergie: le Québec à la merci de l’étranger

 

47% du pétrole consommé au Québec est produit aux États-Unis. Une part importante du gaz naturel que nous brûlons chaque année nous vient aussi du sud de la frontière, via l’Ontario.

 

Pire encore, même les hydrocarbures de l’Ouest canadien doivent souvent transiter par le territoire américain avant d’atteindre la Belle Province. 

 

Un exemple frappant: la ligne 5 d’Enbridge, essentielle pour notre approvisionnement, est menacée depuis plusieurs années par des décisions politiques américaines, ce qui inquiète jusqu’au gouvernement Trudeau.

 

Si cette courroie ferme, ou si Washington coupe l’approvisionnement temporairement pour faire pression sur Ottawa, c’est tout le Québec qui en paiera le prix.

 

Et ce n’est pas qu’une question de sécurité énergétique: c’est aussi une question économique. Nos entreprises doivent payer leur gaz naturel 82% plus cher au Québec qu’en Alberta, selon les dernières données disponibles (février 2025).

 

Résultat? Les coûts de production sont artificiellement élevés, nos entreprises peinent à rivaliser avec la concurrence étrangère, et ce sont les consommateurs québécois qui écopent. Difficile dans ce contexte d’encourager les entreprises locales.

 

Une solution évidente: l’autonomie énergétique

 

La solution s’impose d’elle-même: investir dans nos propres infrastructures énergétiques. Construire un pipeline sur le territoire canadien réduirait notre dépendance aux États-Unis et garantirait notre approvisionnement.

 

Mieux encore, développer notre propre industrie pétrogazière permettrait d’alimenter directement le marché québécois. 

 

Les réserves de pétrole sur l'île quasiment inhabitée d'Anticosti sont estimées à 40 milliards de barils. Au prix actuel, on parle d'une valeur de plus de 4000 milliards de dollars! Certains doutent que le pétrole de l'île puisse être exploité de manière rentable.

 

Quand bien même ce serait vrai, cette réalité pourrait très bien changer dans 10 ou 15 ans, avec l'évolution des cours et les progrès technologiques: rappelons que la fracturation hydraulique, qui a rendu son indépendance énergétique aux États-Unis, était encore de la science-fiction il y a quelques décennies.

 

Quant au gaz, l’Institut économique de Montréal estime que le Québec dispose de réserves suffisantes pour répondre à la demande locale pendant 40 ans. «Seulement pour les basses terres du Saint-Laurent, le potentiel économique du gaz naturel s’élèverait à 93 milliards de dollars (G$) pour notre PIB provincial», confirme l’économiste Miguel Ouellette.

 

Ce gaz pourrait éventuellement être exporté vers l’Europe, réduisant la dépendance de nos alliés au gaz russe et au charbon sale.

 

Une centrale de liquéfaction du gaz naturel et un terminal d’exportation, qu’ils soient situés au Saguenay, à Lévis ou encore à Bécancour, créeraient de nombreux emplois très bien payés, tant dans l’industrie énergétique que dans le secteur portuaire.

 

Illustrons les choses ainsi: la «rémunération moyenne globale» des débardeurs du Port de Montréal va bientôt dépasser 200 000 $ par an… 

 

Pourtant, le projet GNL Québec, qui visait à exporter du gaz naturel liquéfié (GNL) depuis le Saguenay, a été bloqué par les gouvernements Legault et Trudeau. 

 

De plus, malgré tout ce potentiel, la CAQ a choisi d’interdire l’exploration et l’exploitation des hydrocarbures, un cas unique en Amérique du Nord. Même la Colombie-Britannique dirigée par le NPD s’enrichit grâce à son gaz naturel!

 

À Bécancour, zone qui pourrait servir à exporter du GNL, les Abénaquis de Wôlinak souhaitaient mettre en valeur leur propre gaz en limitant le plus possible les émissions de GES, mais Québec le leur a interdit.

 

Faites entendre votre voix!

 

Nous devons nous réveiller. Développer notre industrie pétrogazière, c’est développer des alternatives au marché américain. C’est enrichir le Québec pour réduire notre dépendance à la péréquation.

 

Et c’est aussi apporter une aide concrète à nos alliés européens pour qu’ils se sortent de leur dépendance au gaz russe et au charbon ultrapolluant. Nous avons tout à y gagner.

 

Il est temps d’appliquer le principe de l’achat local… à notre propre énergie. Vous êtes d’accord? Prenez quelques secondes pour contacter votre député provincial afin d’exiger que le Québec mette en valeur et exporte son gaz naturel!