La gestion de l’offre protège certains producteurs, mais alourdit la facture des consommateurs. Gabriel Giguère, analyste à l’IEDM, propose une réforme inspirée du modèle néo-zélandais pour libérer le marché et réduire les coûts.
Gabriel Giguère est analyste senior en politiques publiques à l’Institut économique de Montréal (IEDM). Entrevue.
Simon Leduc: Comment définissez-vous la gestion de l’offre?
Gabriel Giguère: «La gestion de l’offre est une politique protectionniste visant à protéger les agriculteurs de la concurrence internationale et nationale.
C’est un système qui encadre strictement la production de lait, de volaille et d’œufs au Canada.
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Pour produire, un agriculteur doit acquérir un quota, qui agit comme un permis limitant la quantité autorisée. De plus, des tarifs douaniers élevés sont imposés sur les importations pour protéger le marché intérieur. Cela favorise les producteurs locaux, mais au détriment de la concurrence.
À mon avis, cette politique est désuète dans une économie de marché moderne. Le débat néglige trop souvent l’impact sur les consommateurs.»
Quels sont les inconvénients de cette politique?
Gabriel Giguère: «Le principal inconvénient est financier: les consommateurs paient plus cher pour les produits soumis à la gestion de l’offre, comme les produits laitiers et la volaille.
Une étude de l’IEDM publiée en 2016 montre que cela coûte entre 200 et 440$ de plus par ménage chaque année. Dans un contexte où le coût de la vie augmente, cette charge devient significative pour les familles.
En parallèle, certains agriculteurs en souffrent aussi. Les quotas, qui limitent la production, empêchent les agriculteurs les plus performants d’exporter librement leurs produits. Cela freine leur croissance et leur compétitivité sur le marché mondial.
L’ouverture à la concurrence bénéficierait tant aux consommateurs qu’aux agriculteurs performants. Les ressources seraient allouées plus efficacement, renforçant l’agriculture québécoise.»
Existe-t-il un exemple d’un pays ayant abandonné la gestion de l’offre avec succès?
Gabriel Giguère: «Absolument, la Nouvelle-Zélande est un cas d’école. Ce pays a aboli son système de gestion de l’offre, ce qui a transformé son secteur agricole.
Avant la réforme, les exportations de produits laitiers étaient limitées. Aujourd’hui, 95% des produits laitiers néo-zélandais sont exportés, faisant de ce pays un leader mondial dans ce domaine.
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Cette réforme a enrichi l’économie néo-zélandaise et permis une agriculture plus dynamique. Le Canada pourrait s’inspirer de ce modèle pour moderniser son secteur agricole.
Malheureusement, l’influence du puissant lobby agricole freine toute initiative en ce sens.
Malheureusement, il n’y pas d’appétit politique pour la mise en place d’une telle réforme. Les partis politiques préfèrent éviter ce sujet délicat pour ne pas perdre leur soutien.
Ainsi, ce sont les consommateurs qui continuent de subir les effets négatifs de la gestion de l’offre.»
Quelles solutions pourraient accompagner l’abolition de la gestion de l’offre pour soutenir les agriculteurs?
Gabriel Giguère: «Les quotas agricoles représentent une énorme valeur financière: des dizaines de milliards de dollars. Si le Canada abolissait la gestion de l’offre, le gouvernement fédéral devrait instaurer un mécanisme de rachat pour compenser les producteurs et assurer une transition équitable.
Encore une fois, la Nouvelle-Zélande montre l’exemple. Sa transition bien gérée vers un modèle libre-échangiste a permis de protéger les agriculteurs tout en stimulant l’économie.
Une approche similaire au Canada pourrait équilibrer les intérêts des producteurs et des consommateurs, offrant un avenir plus juste et prospère pour tous.»













