Fluoration de l’eau: et si Robert Kennedy Jr avait raison?

Montage par LM.

Lundi le 18 novembre 2024, à 07:30

Le débat sur la fluoration de l’eau, également relancé à Montréal, doit s’appuyer sur la science plutôt que sur des préjugés envers des figures comme Robert Kennedy Jr. La rigueur, et non les clivages, doit guider nos choix.

 

Ces jours-ci, la fluoration de l’eau revient dans l’actualité, alimentée par des propositions issues de l’équipe Trump et de discussions renouvelées ici même, à Montréal*.

 

Dans la foulée de ce débat, nous sentons poindre la tentation médiatique, comme ce fut souvent le cas lors de la Covid, de discréditer tout ce qui sort de la bouche de personnages «controversés» américains. En l’occurrence, ici, c’est Robert F. Kennedy Jr qui incarne le vilain de l’heure. 

 

Toutefois, toutes les polémiques éclatant au sud de la frontière ne doivent pas nous faire perdre le nord. 

 

La science avant les préjugés

 

Rappelons une évidence: nos politiques publiques devraient être guidées par une réflexion rigoureuse et non par des impulsions ou des répulsions politiques. 

 

Chaque enjeu mérite d’être évalué à la pièce avec une démarche résolument scientifique, qui soupèse les divers risques et bénéfices sans céder aux raccourcis idéologiques. 

 

Depuis plus de 70 ans, le fluor est perçu comme une réussite en santé publique, car il contribue à réduire la carie. 

 

Or, si l’application topique du fluor contenu dans les dentifrices prévient sans risque notoire les caries, la fluoration de l’eau soulève quant à elle certaines préoccupations sanitaires et environnementales qui ne datent pas d’hier. 

 

Ce sont d’ailleurs ces préoccupations qui ont conduit la très forte majorité des municipalités québécoises à délaisser cette pratique au tournant des années 2000. 

 

En 2019, une étude publiée dans JAMA Pediatrics a mis en exergue une possible baisse du QI chez des enfants exposés au fluor durant la grossesse.

 

Ce lien n’a cependant pas été reproduit dans une étude néo-zélandaise menée sur 900 enfants pendant 38 ans. En l’absence de certitude, ces impacts potentiels graves justifient l’application du principe de précaution qui a majoritairement prévalu au Québec.

 

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En outre, comme la directrice de la fondation Eau secours le faisait valoir en 2018: à peine 1% de l’eau municipale est bue. Le reste de l’eau et du fluor qu’elle peut contenir se retrouvent ainsi dans l’environnement avec des répercussions encore mal comprises sur les écosystèmes aquatiques. 

 

À cela s’ajoutent des inquiétudes plus pragmatiques quant à la corrosion de nos infrastructures déjà mal en point. 

 

À long terme, le fluor endommage les équipements de traitement de l’eau, augmentant ainsi les coûts d’entretien. Ce sont d’ailleurs ces arguments très terre-à-terre que Montréal avance aujourd’hui pour cesser définitivement cette pratique.

 

Des alternatives existent

 

Certes, la réduction des inégalités en santé dentaire constitue un objectif louable. Il n’en demeure pas moins que des solutions plus ciblées et moins discutables existent. 

 

Par exemple, la distribution de dentifrices fluorés aux familles à faible revenu pourrait offrir les bienfaits du fluor sans exposer la population et les écosystèmes à des risques ni infliger de coûts d’entretien supplémentaires aux contribuables. 

 

Ultimement, ce débat rappelle l’importance de ne pas discréditer d’office des propositions simplement en vertu du fait qu’elles émanent de figures «controversées» comme Robert F. Kennedy Jr. 

 

Au cours des quatre prochaines années, ce dernier mettra de nombreuses autres suggestions sur la table. Certaines seront malavisées, voire farfelues. D’autres s’avèreront pertinentes. 

 

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Comme pour tout ce qui provient de nos voisins du Sud, séparons davantage le grain de l’ivraie. Gardons-nous aussi bien d’accueillir inconditionnellement les idées américaines que de les rejeter à leur face même uniquement au gré de quel camp gouverne. 

 

L’info plus biaisée depuis la Covid

 

En terminant, j’avoue candidement que, dans le cadre de la rédaction de ce texte, la lecture d’articles de vulgarisation scientifique antérieurs à la politisation de la Covid s’est révélée un exercice aussi déboussolant que rafraîchissant... 

 

Suis-je la seule à m’ennuyer de cette époque pas si lointaine où le traitement de l’information recelait plus de nuances et moins d’a priori? 

*La ville de Montréal a décidé de mettre fin à la fluoration de l’eau trois jours après la parution de ce texte.