Les jeunes doivent être confrontés à l’adversité pour développer leur résilience. À l’extérieur de la classe, la fête des Mères continuera d’être célébrée. L’ignorer à l’école ne ferait pas disparaître par magie la réalité de certains jeunes.
Parmi les faits saillants qui ont retenu l’attention dans les derniers temps au Québec, l’annulation de la fête des Mères dans certaines écoles, au profit de la «fête des Parents», aura bien fait réagir.
Si je suis persuadée que le geste prenait origines dans de bonnes intentions, derrière lui peuvent surgir des répercussions auxquelles nous devons réfléchir comme société.
Génération safe space
Avec l’émergence de la pédagogie positive, largement basée sur une approche dite bienveillante, nous avons pu observer l’apparition de certaines dérives laxistes en ce qui concerne l’éducation des enfants et des adolescents.
Il semble en effet qu’un nombre croissant d’adultes estiment qu’il faut éviter coûte que coûte de faire vivre aux touts petits des émotions perçues comme négatives.
Il ne faut pas se surprendre si la jeune génération d’aujourd’hui présente un niveau d’anxiété et de dépression particulièrement élevé.
-Sarah-Ursula Therrien, psychoéducatrice et chroniqueuse
Plusieurs expressions sont d’ailleurs nées de ce phénomène, allant des «parents-hélicoptères» aux «parents-tondeuses». Dans les deux cas, la vision est la même: éviter à tout prix que l’enfant ait à faire face aux adversités de la vie, aux problèmes, aux conflits, ou encore aux échecs.
Malheureusement, si ces interventions donnent une impression première de protection de l’enfant, le résultat, lui, va plutôt en sens contraire.
Une approche contreproductive
Non seulement le développement de l’autonomie se retrouve alors freiné, voire bloqué, mais l’apprentissage de la résilience devant les difficultés disparaît. Or, un enfant qui ne dispose pas des bons outils à utiliser en cas de problème deviendra inévitablement un adolescent et un adulte facilement dépassé devant les difficultés.
Il ne faut pas se surprendre si la jeune génération d’aujourd’hui présente un niveau d’anxiété et de dépression particulièrement élevé. Les jeunes paniquent devant la possibilité d’échouer dans les différentes sphères de leur vie.
Leurs attentes irréalistes les amènent à se sentir impuissants. De là découle des stratégies d’adaptation inadéquates telles que la fuite, le déni, la dépendance et les comportements internalisés liés au mal-être en général.
À la première critique émise dans son milieu de travail, le jeune adulte deviendra stressé et éprouvera un profond malaise qui risque de le pousser à quitter son emploi.
À la première rupture amoureuse, l’adolescent aura l’impression que son monde s’écroule et pourra chercher à fuir ses émotions négatives dans des comportements à haut risque.
Différence et résilience
Voilà qui nous ramène au cas de la fête des Mères: qu’aurait-on pu faire différemment? Évidemment, selon les situations particulières, il reste pertinent d’ajuster son intervention.
Devant une classe, nous n’aborderons pas le sujet de la même façon si un enfant a perdu sa mère dans la dernière année, si d’autres sont en famille d’accueil ou ont deux papas.
Nous sommes en 2023. Pourquoi ne pas saisir cette occasion pour discuter de la pluralité des modèles familiaux et des différences?
Pourquoi ne pas expliquer que les figures maternelles se retrouvent partout? Une grand-maman, une tante, une marraine, une intervenante, une entraîneuse, une amie de la famille… Chaque famille vit des défis, qu’ils soient légers ou sévères.
Les professionnels du milieu scolaire peuvent accompagner les enseignantes et enseignants dans ce processus au besoin.
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Certes, c’est une discussion qui peut être délicate, inconfortable même. Mais c’est une discussion qui peut également se faire dans le respect de la différence, dans l’empathie et la douceur envers ses pairs.
C’est une discussion qui permet d’ouvrir ses horizons, de mieux comprendre l’autre. C’est une discussion qui permet de développer cette qualité essentielle qu’est la résilience.
À l’extérieur de la classe, la fête des Mères continue d’exister. L’ignorer dans cet espace de vie qu’est la classe de primaire ne fera pas disparaître la réalité de certains jeunes.
Il serait plus judicieux d’accompagner ceux pour qui c’est un moment difficile, afin de les aider à traverser cette période. Une blessure qui reste éternellement sous un pansement guérira difficilement. C’est en retirant ce pansement, même si c’est douloureux sur le coup, qu’on favorise ensuite le rétablissement.











