Les ados québécois ne sont pas plus sexuellement actifs qu’auparavant, mais près de 70% d’entre eux consomment de la porno, troublant profondément leur rapport à la sexualité.
Ces dernières années, la démocratisation de la pornographie en ligne grâce à un accès plus facile a bouleversé les perceptions et les pratiques sexuelles des jeunes Québécois.
Présentée début mai dans le cadre du congrès de l’ACFAS par des chercheurs de l’Université Laval, une nouvelle étude dévoile que 68% des ados québécois entre 14 et 18 ans consomment volontairement du matériel pornographique. L’’étude a été menée sur 1600 jeunes.
«La consommation de pornographie peut commencer dès 10 ans, et généralement, les enfants vont aller voir par curiosité», note Cathy Tétreault, spécialiste du phénomène pornographique en ligne
et directrice générale du Centre Cyber-Aide, organisme situé à Québec.
«Par exemple, ils ont vu des vidéos pornos passer dans des groupes privés sur les réseaux sociaux», précise-t-elle en entrevue avec Libre Média.
Impact sur la psychologie des jeunes
Dans le meilleur des mondes, la pornographie se limiterait, pour l’adolescent, à n’être qu’un accompagnement visuel pour la masturbation.
Cependant, plusieurs études rapportent que la pornographie est devenue un modèle de sexualité et de relation avec autrui. En effet, les jeunes, mais aussi les adultes sont nombreux à considérer la pornographie comme un miroir de la réalité.
Les impacts de la consommation de pornographie sur la sexualité ne sont guère réjouissants.
«La femme est bien sûr objet dans la porno, mais l’homme devient aussi un objet qui se doit être performant», analyse Cathy Tétreault.
La pornographie place la violence et l’agressivité sexuelles au cœur de ses vidéos, affectant la manière des couples d’adolescents de vivre leur sexualité. Pour cette raison, Cathy Tétreault note une augmentation de la violence dans les relations sexuelles des ados québécois.
Quand la porno est une drogue
La chanteuse Billie Eilish a raconté comment sa dépendance à la pornographie commencée à l’âge de 11 ans «a détruit son cerveau».
Le comédien Russell Brand, la chanteuse Andra Day et l'ancien basketteur Lamar Odom ont eux aussi partagé leur expérience d’addiction à la pornographie.
Cette cyberdépendance à la pornographie est une réalité chez une partie des jeunes Québécois.
L’usage de la pornographie devient dépendance quand il est associé à une obsession ou à un comportement compulsif, avec une consommation de ce contenu qui devient hors de contrôle.
«La vulnérabilité et l’anxiété peuvent jouer un grand facteur dans le développement de cette addiction», glisse la fondatrice du Centre Cyber-Aide. «Les dépendants à la porno vont généralement aussi vouloir regarder des catégories plus violentes, pour assouvir le circuit neuronal du plaisir».
«À moitié nues» sur TikTok
Cathy Tétreault pointe l’hypersexualisation de l’espace public comme un des facteurs encourageant la consommation de la pornographie chez les mineurs. Les jeunes filles sont amenées à se valoriser sur les réseaux sociaux directement avec leur sex appeal.
«Sur TikTok, ce sont les jeunes filles à moitié nues qui vont être les plus populaires», déplore notre interlocutrice. «C’est pareil pour YouTube avec des youtubeurs qui deviennent populaires en s’exposant le plus possible pour créer du contenu hypersexualisé», ajoute Cathy Tétreault.
La propriété aléatoire de certains réseaux sociaux tels que TikTok peut connecter les utilisateurs préadolescents et adolescents avec du contenu inapproprié et hypersexualisé.
«Des jeunes peuvent voir des choses qu’ils n’ont jamais demandé de voir, suscitant de l'intérêt pour un contenu plus sexuel, plus pornographique», révèle Cathy Tétreault.
Cours d’éducation à la sexualité en contrepoids
Malgré le retour des cours d’éducation à la sexualité, Cathy Tétreault, auteure d’une pétition déposée en 2014 à l’Assemblée nationale pour le retour des cours d’éducation à la sexualité dans les écoles, estime qu’«il y a encore du travail à faire pour bien informer les parents et la société en général».
«Il faut que les enfants et les adolescents développent une sexualité saine dès le plus jeune âge grâce à l’encadrement familial et aux cours d’éducation sexuelle, pour un développement de compétences sociales, affectives et amoureuses», conclut-elle.













