Notre contributeur Joël Monzée nous explique pourquoi il est essentiel de maintenir la fête des mères et celle des pères pour le bien-être psychologique de tous les membres de la société.
Depuis quelques heures, circulent diverses captures d'écran montrant des initiatives (parfois individuelles, parfois institutionnelles) pour ne plus fêter la fêtes des mères et celle des pères.
Ces décisions peuvent sembler à première vue des initiatives qui permettent de respecter la diversité des modèles familiaux, dont notamment la réalité des enfants placés par la DPJ.
Toutefois, je crains que cela ne soit un piège qui vient affecter l'ensemble des familles, tant dans leur définition que leur cohésion.
Les leçons de la crise sanitaire
La pandémie a permis d'illustrer que, surtout chez les ados, c'est la qualité du noyau familial qui a permis aux jeunes de passer cette période avec plus de sérénité. Respecter la diversité, c'est une chose. Occulter les réalités de la vie actuelle en est une autre.
Nous devons donc, collectivement, soutenir les initiatives qui consolident les familles, plutôt que de discréditer les rôles, mêmes si leur composition évolue.
L'adversité (bien accompagnée) peut être un stimulateur de résilience.
-Joël Monzée, docteur en neurosciences
De plus, les écoles primaires situées en dehors de la région métropolitaine de Montréal ont pu rouvrir durant quelques semaines, après le premier confinement généralisé.
Les données recueillies ont permis de constater que nombre d’élèves ayant deux ans de retard dans leur cheminement scolaire avaient été capables de combler l’écart avec leurs pairs.
Somme toute, un élève sécurisé et respecté dans son cheminement scolaire était capable de mieux rencontrer les attentes du milieu scolaire qu’auparavant et par la suite. L’école peut donc être un lieu sécurisant pour les élèves affectés par des difficultés familiales, sociales ou scolaire.
Si l’école ne peut remplacer les parents, elle peut toutefois offrir des tuteurs de résilience qui aideront les élèves en difficulté dans leur famille.
Les mythes et les rites pacifient la vie sociale
Grand adepte des théories du socio-ethnologue Joseph Campbell, je crois fermement que les mythes et les rites font partie de la stabilité individuelle et collective. Ils pacifient les crises existentielles en offrant des points de repères essentiels pour le développement affectif et social de chaque individu. Carl Jung parlait de l’inconscient collectif, alors que les neuroscientifiques discutent de schèmes de comportements universels.
C’est ainsi que les fêtes et les commémorations sociales, civiles et religieuses font partie des éléments qui soudent une population et crée une solidarité entre ses membres. L’annulation des rituels peut créer, à termes, bien plus de dommages sociétaux qu’elle n’aide à construire une société juste, libre et égalitaire.
Quelque part, il est possible de viser l’équité sans pour autant annihiler les fondements culturels.
Il y a des différences d’une famille à l’autre. Soit. La fête des mères, il peut y avoir deux mamans. La fête des pères, il peut y avoir deux papas. Si d'autres personnes ne s'y retrouvent pas, elles peuvent se créer une fête qui leur sera propre, singulière et respectueuse, tant d'elles-mêmes que d'autrui. Et cela peut être le 1er juin, comme suggéré, mais sans enlever les fêtes des mamans et des papas.
La définition du 14 février s'est élargie: d'une fête des amoureux (couple), c'est devenu au fil des années la fête de l'amour et de l'amitié où on souligne les personnes aimées. Est-ce que cela a réellement changé quelque chose pour les célibataires ou les personnes endeuillées?
Devrait-on alors arrêter de fêter l'Halloween parce que des gens ne croient pas aux esprits malins, aux zombies ou aux personnages folkloriques? Ou acceptons-nous de nous approprier cette date - originellement religieuse - pour la colorer au sens que nous lui accordons chacun?
Est-ce qu'on ne devrait éviter de fêter les anniversaires, car il y a des personnes qui ne sont pas fêtées ces jours-là? Que dire des personnes nées le 29 février qui ne voient leur date de fête n'exister que tous les quatre ans? Et que penser des personnes nées le 31 décembre qu'on souligne à peine, car on fête le Nouvel An?
Accompagner plutôt qu'occulter
Je suis en faveur de la bienveillance, de l'empathie, du respect d'autrui... Animant des formations depuis des années dans les milieux scolaires, je peux comprendre que certains élèves doivent composer avec l'absence d'un de leurs parents. Toutefois, c'est une occasion extraordinaire pour parler du deuil, des séparations, des disparitions, etc.
La plupart des séries et des films destinés aux mineurs (et aux autres aussi) exposent des modèles familiaux. Certes, de plus en plus diversifiés, mais les jeunes qui regardent la télévision voient ces modèles. Seuls devant la télévision, personne ne les accueille s'ils se sentent déchirés.
On peut donc aider ces enfants à mettre des mots sur ce qu'ils vivent, dans le respect et la compassion. Le groupe classe peut devenir un havre sécurisant, accueillant chaque élève et en respectant ce qui fait de lui un être humain incroyable.
Dans une classe, la sensibilité de l'enseignant(e) peut soutenir l'élève qui doit composer avec l'absence. On peut lui proposer de faire un geste envers une autre personne, comme un grand-parent, un parrain ou une marraine.
On peut aider les élèves - via un dessin animé (Bambi?) ou un film ciblant le deuil ou le déchirement (Mme Doubtfire?) - à développer leur compassion, mais aussi leur intention de prendre soin de la chance qu'ils ont d'avoir une maman et un papa. Il y a plein d'activités qui peuvent s'orchestrer dans une classe pour soutenir chacun des modèles pour éveiller les élèves plutôt que d'occulter les différences.
En effet, l'adversité (bien accompagnée) peut être un stimulateur de résilience et - peut-être - guider l'enfant vers son implication sociale et professionnelle, notamment pour essayer de contribuer à réduire les injustices dans du bénévolat, dans son métier, dans sa propre famille.
Il y aura toujours des inégalités: physiques, financières, cognitives, artistiques, opportunistes, etc. Les enfants et les ados doivent apprendre à composer avec elles, car l'humanité a expérimenté un modèle d'égalité totale (bloc de l'Est) et l'histoire a montré que ce n'est pas viable. Même le communisme chinois est diversifié.
Plutôt que d'occulter ou nier les différences, il serait précieux que les enfants et les ados apprennent à composer avec la diversité, ainsi qu'à identifier ce qu'ils vivent et à l'exprimer en étant accueillis respectivement. Ensuite, ils peuvent être guidés pour voir comment ces situations peuvent stimuler leur résilience qui les aidera à construire une vie qui répondra à leur potentiel.
NB. Il appert que l'enseignante à l'origine d'une de ces initiatives a fait l'objet de différents commentaires haineux. C'est bien dommage, car l'initiative est légitime, même si - comme je l'explique - c'est une décision qui mériterait plus de réflexion dans l’ouverture et le respect de chacun. Si on veut de la bienveillance dans nos vies, il faut commencer par la semer autour de soi, tout en la cultivant en soi.













