Une fusion PQ-QS, un suicide pour les péquistes?

Photo: page Facebook Le Québec Libre.

Samedi le 3 décembre 2022, à 11:00

Depuis des années, on parle d’un possible rapprochement entre le Parti québécois et Québec solidaire. Selon le politologue André Lamoureux, un tel rapprochement voudrait dire la fin pour les péquistes.

 

Politologue, André Lamoureux est chargé de cours au département de science politique de l’Université du Québec à Montréal.  

 

Simon Leduc: Pensez-vous qu’une fusion PQ-QS serait bénéfique pour les deux partis?

 

André Lamoureux: «Tout d’abord, l’idée de la convergence entre le PQ et Québec solidaire a ressurgi dans l’espace public après les élections d’octobre dernier.  

 

Il faut se rappeler que cette idée a été mal gérée par Jean-François Lisée avant les élections générales de 2018. En conséquence, ce projet d’alliance a mené à l’affaiblissement du Parti québécois. Cet échec a largement contribué au discrédit du PQ auprès des militants indépendantistes. 

 

Cette idée d’alliance a causé la baisse des appuis électoraux du Parti québécois. J’estime qu’une telle fusion QS-PQ ne serait pas souhaitable, et ce, pour deux raisons.  

 

Premièrement, le Parti québécois prône l’indépendance du Québec depuis sa fondation en 1968.  C’est un parti qui est universaliste, républicain et clairement laïc. Les solidaires s’opposent farouchement à ses principes.  

 

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Tandis que Québec solidaire est un parti de gauche racialiste qui adhère à la théorie du racisme systémique. Également, les solidaires défendent le communautarisme et le multiculturalisme. Le nationalisme québécois est répugnant pour Québec solidaire. 

 

De ce fait, lors de leur congrès en 2018, des militants solidaires ont même affirmé clairement que le Parti québécois était raciste, parce qu’il défend la laïcité et le républicanisme.   

 

Cette gauche woke s’oppose aux aspirations nationales des peuples. QS représente une gauche qui est contre le nationalisme et les batailles pour l’indépendance des nations, considérés comme réactionnaires. Cette gauche racialiste se préoccupe essentiellement de l’environnement, de la lutte contre le racisme systémique, du combat contre l’islamophobie, etc.  

 

En conséquence, l’énorme écart idéologique entre les deux partis politiques prouve clairement qu’une fusion serait impossible et non souhaitable pour le PQ.  

 

Deuxièmement, QS sortirait en position de force d’une fusion, parce qu’il a un caucus parlementaire plus imposant que le Parti québécois (11 députés contre seulement 3 pour le PQ).  Les solidaires auraient donc la chance d’imposer leurs valeurs et leurs politiques à un PQ affaibli.  

 

QS avalerait le PQ comme dans le cas de la CAQ et la défunte ADQ. Après une fusion, toutes les valeurs du PQ seraient diluées dans le discours racialiste et communautariste de QS. Une telle association serait suicidaire pour les péquistes.»

 

Selon vous, qu’est-ce que le Parti québécois doit faire pour redevenir une force politique?

 

André Lamoureux: «Le Parti québécois doit continuer de promouvoir l’universalisme, les valeurs républicaines et la laïcité. De plus, ce dernier doit redevenir le parti des classes moyennes.  

 

Le discours économique de Québec solidaire va à l’encontre des intérêts des travailleurs. Par exemple, son programme économique (comme un impôt supplémentaire aux citoyens qui ont un actif net d’un million de dollars) présenté à la dernière campagne électorale s’attaquait aux classes moyennes et aux travailleurs qui ont travaillé des décennies pour obtenir des conditions de vie décentes à la retraite.  

 

Le PQ ne peut pas s’allier à une formation politique qui s’attaque aux gens ordinaires avec leurs politiques économiques nuisibles. En bout de ligne, le Parti québécois doit redevenir le parti des travailleurs, des familles et des personnes âgées. 

 

Le PQ a toujours été social-démocrate sous René Lévesque, Jacques Parizeau et Bernard Landry.  Alors, il doit se réapproprier son ancien discours de centre gauche.  

 

Cependant, sur le plan identitaire, le PQ a intérêt à combattre constamment Québec solidaire. Il ne l’a pas fait lors de la dernière campagne électorale. J’étais découragé de voir Paul St-Pierre Plamondon, durant le débat, ne pas attaquer Gabriel Nadeau-Dubois sur la liberté d’expression. Il faut se souvenir que QS avait expulsé un de ses candidats parce qu’il avait parlé en bien d’une chronique de Richard Martineau. 

 

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Le PQ aurait dû dénoncer le fait que QS ne respecte pas le principe de la liberté d’expression. Par exemple, Québec solidaire, qui se dit pour la liberté d’expression, a affirmé que le Collectif laïcité Québec ne pouvait plus faire partie de la formation politique. Par contre, QS accepte dans ses rangs un collectif dit décolonialiste. Selon moi, QS n’est pas pour la liberté d’expression.  

 

De plus, QS n’est pas un parti universaliste qui soutient le fait que la loi, lorsqu’elle est démocratiquement votée, est l’expression générale de la volonté de la population. La loi 21 sur la laïcité de l’État est une législation qui a été adoptée démocratiquement par une majorité de députés à l’Assemblée nationale. Elle représente l’expression de la volonté du peuple québécois.  

 

Malgré cela, Québec solidaire estime que c’est une loi raciste et discriminatoire envers les minorités. Selon les solidaires, les lois doivent exprimer seulement les intérêts des minorités au détriment de la majorité.  

 

Alors, un parti qui est centré sur les minorités uniquement ne peut pas faire alliance avec un parti universaliste, c’est contre nature. À mes yeux, une telle alliance serait impossible à réaliser.   

 

En conclusion, les péquistes doivent réaliser que les solidaires ne sont pas leurs amis, mais bien leur ennemi sur le plan idéologique. Si le PQ s’obstine à vouloir se rapprocher de Québec solidaire, il va courir à sa perte.»