Ron DeSantis, une vision aux antipodes du Québec bien-pensant

Ron DeSantis salue ses partisans lors de la réunion annuelle des dirigeants de la Coalition juive républicaine à Las Vegas au Nevada, le 19 novembre 2022. Photo: Wade Vandervort pour l’AFP.

Mardi le 29 novembre 2022, à 12:20

Selon notre chroniqueur Félix Racine, la vision du monde du gouverneur de la Floride Ron DeSantis devrait nous inspirer, mais contraste dans les faits plus que jamais avec le climat étouffant de bien-pensance au Québec.

 

Dur revers pour la droite américaine lors des récentes élections de mi-mandat. Alors que les États-Unis sont rongés par l’inflation et que le président sénile Joe Biden se voit bien peu populaire, les républicains avaient une occasion en or de frapper fort. 

 

Les projections allaient dans le sens d’une conquête des deux chambres législatives du pays. 

 

Or, le Sénat, pièce cruciale de l’engrenage politique, demeure aux mains des démocrates de Joe Biden. Une défaite majeure pour les gens de sensibilité conservatrice. Les démocrates ont donc encore une marge satisfaisante afin de gouverner jusqu’en 2024.

 

L’ombre encombrante de Trump

 

Comment expliquer les causes de ce revers inattendu? L’une des plus probables tient du fait que l’ombre de Donald Trump exerce une forte tension au sein du parti.

 

Maintenant, le président déchu est particulièrement miné par une troisième défaite.

 

En effet, à la suite de la défaite des élections mi-mandat de 2018 et de l’élection de 2020, un troisième revers fait extrêmement mal à sa réputation de gagnant suprême. Les allégations de toutes sortes concernant des élections frauduleuses ne changent rien au fait que sa légende de négociateur hors pair a perdu de son lustre. 

 

Des preuves tangibles n’étant pas dévoilées, son discours revanchard prend moins dans la population. Et ses émules disséminés un peu partout ne changent rien à la chose. 

 

En revanche, Ron DeSantis, le gouverneur de la Floride, semble en train de lui voler la vedette. Naguère considérée comme un «État pivot», la Floride est désormais incontestablement un fief républicain. 

 

Les quatre clés de DeSantis 

 

Alors même qu’il demeure modeste et silencieux, la montée fulgurante de DeSantis pose une menace directe à la candidature de Donald Trump pour les présidentielles 2024.

 

Il est donc pertinent de s’intéresser à la recette idéologique d’un Ron Desantis pour mieux comprendre son succès. Quatre éléments sont fondamentaux. 

 

Tout d’abord, la Floride se démarque par son taux d’imposition très bas pour les citoyens, tout le contraire du Québec.

 

Sous la gouverne de François Legault, plus que jamais, le citoyen moyen doit composer au quotidien avec l'inflation et un niveau de taxation très élevé alors que les services, eux, ne progressent pas. 

 

La souveraineté du citoyen est mieux respectée en Floride, ce dernier se retrouvant avec plus d’argent dans ses poches et bénéficiant d’une réglementation moins rigide. 

 

Deuxièmement, Ron DeSantis s’oppose clairement à l’extrémisme sanitaire. Encore une fois, cette position va complètement à l’encontre de la vision de François Legault exprimée pendant au moins deux ans et pouvant être réactivée à tout moment. 

 

La Covid-19 peut encore être instrumentalisée par le pouvoir, le Québec étant présentement frappé par une vague de virus respiratoires qui n’épargne aucune famille.

 

Compte tenu de la forte anxiété des Québécois et de l’hégémonie caquiste, la conjoncture est propice à un retour du sanitarisme.

 

Troisièmement, Ron DeSantis s’oppose fermement à l’idéologie woke. En effet, des législations sont établies en Floride afin de freiner cette idéologie préjudiciable entre autres aux enfants. 

 

À lire aussi: «Les républicains auraient plus de chances de gagner avec DeSantis»

 

Face à la conversion de genre ou à la «critical race theory» dans les écoles primaires, la Floride a posé des balises claires afin de protéger le droit des enfants de s’épanouir en toute quiétude, mais aussi afin d’assurer des limites anthropologiques face à un progressisme débridé.

 

Certains États comme le Tennessee vont même jusqu’à vouloir criminaliser «l’activité de drag» en public. 

 

Le Québec paralysé par la bien-pensance 

 

Les États américains en sont donc au stade de la législation concrète tandis qu’au Québec, l’opposition au wokisme est globalement pudibonde. Par exemple, aucun parti n'a critiqué la présence d'une drag-queen censée incarner la fée des étoiles lors du dernier défilé de Noël à Montréal. 

 

Pourtant, faut-il rappeler que les enfants sont des éponges aisément manipulables? Les conséquences psychologiques, sociales et culturelles d’une telle exhibition sont majeures et devraient être débattues. Il s’agit d’une révolution anthropologique qui s’impose sans aucune forme de délibération. 

 

Ce qui nous amène au quatrième et dernier point. Ron DeSantis incarne un conservatisme assumé et intelligent qui réussit à rassembler une partie considérable de la Floride, pour ne pas dire des États-Unis. 

 

Un conservatisme non pas exclusivement conçu pour les Américains «de souche», mais bien pour l’ensemble des communautés soucieuses des valeurs traditionnelles et éprises de liberté. Ce quatrième point est une conséquence logique du bouclier anti-woke. 

 

Même s’il peut être conservateur, l’esprit du nationalisme québécois est différent. En effet, il mise beaucoup sur la laïcité de l’État et le français comme principes devant assurer la cohésion de la nation, faisant parfois preuve de coercition. Même le catholicisme n’y échappe pas, pourtant consubstantiel à la culture québécoise d’origine. Aujourd’hui, ce sont plutôt les Hubert Lenoir qui ont la côte au Québec, un signe du wokisme triomphant. 

 

Le Québec n’est pas la Floride, cela relève de l’évidence la plus élémentaire. Le succès de Ron DeSantis peut cependant nous donner des pistes intéressantes pour une alternative politique.

 

En dehors d’une opposition minimaliste au wokisme, François Legault n’est assurément pas un Ron Desantis. Son taux d’imposition écrasant, son réglementarisme et son sanitarisme l’opposent fondamentalement au gouverneur de la Floride. 

 

Qui plus est, son conservatisme est bien souvent exclusiviste, contradictoire et malhabile. L’idéal serait de miser sur une défense beaucoup plus décomplexée et assumée de nos libertés, mais encore faut-il que la société québécoise le permette.