«Les républicains auraient plus de chances de gagner avec DeSantis»

Le gouverneur de Floride Ron DeSantis quitte la scène après avoir pris la parole lors du Turning Point USA Student Action Summit, le 22 juillet 2022 à Tampa, en Floride. Photo: Joe Raedle pour l’AFP

Jeudi le 17 novembre 2022, à 12:00

Le 8 novembre, la vague républicaine annoncée par plusieurs n’a pas eu lieu aux élections de mi-mandat aux États-Unis. Un rejet du trumpisme? Quel avenir pour les républicains? Les réponses de Donald Cuccioletta, expert de politique américaine. 

 

Observateur de longue date de la société américaine, Donald Cuccioletta est historien et membre de la Chaire Raoul-Dandurand en études stratégiques et diplomatiques de l’UQAM.

 

Simon Leduc: Selon les observateurs, le 8 novembre dernier, le Parti républicain était favori pour reprendre le contrôle des deux chambres du Congrès américain. Mais les démocrates ont réussi à conserver le contrôle du Sénat. Ce résultat est-il un rejet du trumpisme de la part de l’électorat?

 

Donald Cuccioletta: «J’estime qu’une partie des électeurs républicains et les indépendants ont rejeté l’idéologie de Donald Trump. La défaite de plusieurs candidats soutenus par l’ancien président le prouve bien. La population américaine est lasse de son style populiste et ultra bagarreur.

 

Les partisans républicains n’ont pas apprécié que ce dernier attaque férocement Ron DeSantis, le gouverneur de Floride, qui est populaire auprès de ceux-ci.

 

En conséquence, l’establishment républicain semble prendre ses distances de Donald Trump et pour 2024, pourrait appuyer un candidat présidentiel plus présentable et rassembleur. C’est le nom de Ron DeSantis qui circule le plus en ce moment.»  

 

Malgré la récente annonce de Donald Trump de sa candidature, le gouverneur de la Floride a les ambitions de devenir le candidat républicain pour les présidentielles de 2024. Que pensez-vous de Ron DeSantis?

 

Donald Cuccioletta: «M. DeSantis adhère aux idéaux du conservatisme américain et il a un petit côté bagarreur. Par contre, il a un discours qui est beaucoup plus acceptable aux yeux des Américains que l’intransigeance de Donald Trump.

 

DeSantis est un fier conservateur, mais il ne flirte pas avec l’extrême droite et n’a pas le style autoritaire de M. Trump. Il est plus à l’écoute des préoccupations des gens ordinaires.  

 

Il est plus modéré que le magnat de l’immobilier sur le plan de la personnalité. De ce fait, les conservateurs démocrates pourraient être séduits par les idées de M. DeSantis. Par exemple, le tiers des démocrates a voté pour lui lors de l’élection au poste de gouverneur de Floride. Cela lui a permis d’être facilement réélu pour un deuxième mandat à la tête de l’exécutif floridien.   

 

Le Parti républicain aurait donc plus de chance de gagner la présidence avec Ron DeSantis, car ce dernier pourrait élargir la base électorale du parti.»

 

Si jamais Ron DeSantis réussit à battre Donald Trump lors de l’investiture du GOP, pensez-vous que M. Trump pourrait se présenter comme indépendant?

 

Donald Cuccioletta: «C’est une hypothèse très probable. Donald Trump aurait les ressources financières et l’appui d’une base électorale solide pour organiser une campagne présidentielle à titre de candidat indépendant.

 

Si jamais ce scénario se concrétise, le vote républicain serait divisé entre Trump et DeSantis. En conséquence, cela permettrait aux démocrates de conserver le contrôle de la Maison-Blanche.  C’est exactement ce qui est arrivé lors des présidentielles de 1912 et de 1992. Theodore Roosevelt et Ross Perot ont arraché des votes aux républicains et le résultat: Woodrow Wilson et Bill Clinton sont devenus présidents.»

 

Croyez-vous que Joe Biden aille se présenter pour un deuxième mandat?

 

Donald Cuccioletta: «J’estime que le Parti démocrate doit faire un virage jeunesse. C’est dans cette optique que Joe Biden doit laisser sa place à la nouvelle génération.  Afin de lui succéder, il y a un seul nom qui me vient en tête: le gouverneur de la Californie Gavin Newsom.  

 

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Ce dernier est âgé de 55 ans et c’est un démocrate centriste. Il s’est fait élire facilement deux fois gouverneur de la Californie. C’est le plus gros État de l’Union. Le bagage politique de M. Newsom est important.

 

En Californie, il a réussi à obtenir l’appui d’une bonne partie de l’électorat républicain, ce n’est pas rien. En conclusion, le centrisme de Gavin Newsom serait un atout indéniable pour son éventuelle candidature à la présidence des États-Unis.»