Les élections de mi-mandat auront lieu le 8 novembre aux États-Unis. Les républicains sont en bonne position pour obtenir la majorité dans les deux chambres du Congrès. Le retour du balancier? Le politologue Guy Millière a répondu à nos questions.
Guy Millière est chercheur au Gatestone Institute, un cercle de réflexion basé à New York. Il est l’auteur de plus de cinquante livres, dont Après la démocratie? L’Amérique et le monde au temps de l’administration Biden, qui vient de paraitre aux éditions Balland.
Simon Leduc: Quel bilan faites-vous de la présidence Biden sur les plans intérieur et extérieur?
Guy Millière: «La présidence Biden est catastrophique, et je pense que la catastrophe est volontaire. Biden est sénile et ne prend aucune décision. Ceux qui décident et le téléguident sont d’extrême gauche et détestent leur propre pays. Ils veulent détruire les États-Unis tels qu’ils sont et reconstruire des États-Unis différents, socialistes, régis par une nomenklatura régnant sur un peuple réduit à l’état de plèbe.
L’abolition de l’indépendance énergétique des États-Unis a été un acte délibéré qui a placé les États-Unis en dépendance de fournisseurs étrangers, enrichi ceux-ci, appauvri les Américains par la forte augmentation du prix des carburants et réduit leur liberté de déplacement. L’inflation résulte aussi d’actes délibérés: le plus stupide des économistes sait que si un gouvernement dépense sans compter et accroit la masse monétaire sans que la croissance du produit intérieur brut s’opère au même rythme, une inflation va suivre.
L’inflation détruit l’épargne et diminue le niveau de vie de la population. Au titre de compensation partielle, l’administration Biden envoie des chèques à la population, et tout en l’appauvrissant, crée des liens de dépendance supplémentaires des Américains envers le gouvernement.
La quasi-abolition de la frontière sud du pays, et la dissémination sur tout le territoire de celui-ci d’immigrants illégaux, parmi lesquels des criminels tout à la fois change la population (et cela aura des conséquences électorales si, comme c’est probable, ces immigrants deviennent citoyens américains) et accroit l’insécurité, ce qui crée des conditions de vie plus précaires pour des millions de gens.
Les augmentations d’impôts vont paupériser la classe moyenne et éroder les marges des petites entreprises. Les grandes entreprises du capitaliste de connivence travaillant avec les démocrates, elles, ne seront pas touchées car elles sont implantées sur la planète entière.
Je pourrais ajouter la détérioration de l’armée: les programmes mis en place pour que celle-ci s’ouvre aux homosexuels et aux transsexuels créent un grave déficit de recrutement. Nul ne s’engage dans l’armée pour participer à des marches de la fierté LGBT.
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Sur un plan extérieur, le retrait d’Afghanistan tel qu’il s’est passé a été une humiliation volontaire des États-Unis et un signal fort envoyé à tous les ennemis des États-Unis et de la démocratie sur la planète. Poutine a reçu le message et a agi en conséquence.
L’administration Biden s’attendait à ce que Poutine s’empare de l’Ukraine en quelques jours. L’échec de Poutine, la résistance de l’armée ukrainienne, la capacité de mobilisation internationale dont a fait preuve Volodymyr Zelensky ont contraint l’administration Biden à soutenir l’Ukraine, mais si le soutien verbal est net, si les sommes dépensées sont immenses, l’administration Biden n’a jamais envoyé à l’Ukraine les armes qui auraient permis une victoire rapide des forces ukrainiennes.
Il en a été ainsi parce que l’administration Biden n’a pas voulu de cette victoire rapide. L’administration Biden voulait signer un accord renforçant le régime des mollahs en Iran avant la guerre, elle veut toujours signer cet accord et la guerre en Ukraine, et l’alliance Iran-Russie lui compliquent la tâche. Il n’est pas certain qu’elle veuille la défaite totale de Poutine. Elle veut sans doute qu’une négociation survienne à un moment donné.
Bien que l’Ukraine ait demandé des roquettes HIMARS dès le mois de mars, les HIMARS n’ont été fournis que fin juin. L’Ukraine demande depuis mars des systèmes anti-missiles, ils commencent à peine à lui être fournis. L’administration Biden n’a toujours pas envoyé de chars Abrams à l’Ukraine et n’a pas autorisé la fourniture à celle-ci des Mig 29 que la Pologne et la Slovaquie sont prêtes à lui donner.
En agissant ainsi, l’administration Biden dépense des milliards, amoindrit la quantité de matériel dont dispose l’armée américaine et affaiblit donc celle-ci. L’administration Biden accroit aussi les dégâts subis par l’Ukraine, et ces dégâts vont coûter très cher au monde occidental. La Russie sera elle-même très affaiblie.
Un pays tire avantage de tout cela, la Chine toujours communiste, et l’administration Biden favorise la montée en puissance de la Chine. Un livre a expliqué les liens de l’administration Biden avec la Chine, Red Handed de Peter Schweizer. J’explique moi-même dans Après la démocratie? l’emprise croissante de la Chine sur les États-Unis.
Je pourrais ajouter à tout ce que je viens de dire l’utilisation du ministère de la Justice pour mettre en place une justice politique aux États-Unis et la transformation du FBI en police politique. L’administration Biden menace les institutions et la démocratie américaine, et c’est ce qu’elle fait de plus grave.»
Quels sont les principaux enjeux des élections de mi-mandat?
Guy Millière: «Les élections de mi-mandat seront vraisemblablement gagnées par les républicains. Elles donneront l’opportunité aux républicains de porter un coup d’arrêt partiel à l’action néfaste de l’administration Biden. Cela ne pourra malheureusement pas être un coup d’arrêt complet, et moins encore une possibilité de remettre en place des politiques permettant d’inverser les décisions délétères prises depuis deux ans, et les républicains ne pourront pas empêcher totalement l’administration Biden de continuer sur sa lancée.
Ils ne voteront aucune des lois proposées par l’administration Biden, mais ils ne pourront pas empêcher Biden de signer des décrets, et de continuer ainsi à prendre des décisions néfastes. Ils ne pourront pas non plus empêcher l’administration Biden d’agir internationalement.
Ils pourront, cela dit, refuser de ratifier des traités ou des accords internationaux si Biden en signe, car un traité ou un accord international doit être ratifié par le Sénat. Un coup d’arrêt partiel sera néanmoins très utile et limitera malgré tout la capacité de nuisance de l’administration Biden.
La vraisemblable victoire républicaine permettra, en outre, le lancement de la campagne présidentielle de 2024 et sera un atout majeur pour la campagne que Donald Trump lancera assez vite après le 8 novembre. Elle conduira aussi à la mise en place de commissions d’enquête républicaines sur les machinations démocrates conçues pour déstabiliser Trump au cours de son mandat présidentiel, qu’il s’agisse des accusations sans fondement de collusion avec la Russie, ou des deux procédures de destitution, également sans fondement.
Des commissions d’enquête seront envisagées aussi sur les événements du 6 janvier 2021 au Capitole. Des révélations très embarrassantes sur les actions anti-Trump des démocrates depuis six ans seront alors à attendre.»
Pensez-vous que le Parti républicain va reprendre le contrôle des deux chambres du Congrès américain?
Guy Milière: «Cela semble ne faire aucun doute. De très larges fractions de la population américaine souffrent de la politique menée depuis deux ans par l’administration Biden. Le prix des carburants a doublé en moins de deux ans, et dans un pays où la voiture est un moyen de déplacement essentiel, cela compte dans les décisions de vote.
L’inflation s’ajoute, et les produits alimentaires ont vu leurs prix augmenter de plus de vingt pour cent en dix-huit mois. L’insécurité compte aussi. Ce qui va se passer sera un raz de marée en faveur des républicains. Il semble certain, cela dit qu’il y aura des fraudes et des contestations. Les élections n’ont pas encore eu lieu, et les démocrates disent déjà que les résultats seront entachés d’irrégularités.»
La prochaine élection présidentielle aura lieu dans deux ans. Selon vous, qui seront les favoris pour gagner l'investiture du Grand Old Party?
Guy Millière: «Il ne fait aucun doute que Donald Trump se représentera, et qu’il obtiendra l’investiture du Parti républicain. Certains républicains poussent le gouverneur de Floride Ron DeSantis à se présenter, ce qui susciterait des élections primaires, mais je prends le risque de me tromper et je dis que je doute qu’il le fasse.
Trump a déjà fait un mandat, et s’il est élu, ce qui est vraisemblable, ce sera son deuxième mandat. Ron DeSantis pourra se présenter en 2028, et 2024 ouvrira la porte à douze années de présidence républicaine, quatre années de présidence Trump et huit années de présidence DeSantis.
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Il faudrait ce temps pour que, au vu de ce que fait l’administration Biden et au vu de l’infiltration des administrations publiques, du système scolaire et universitaire et des grands médias par la gauche, le pays soit pleinement redressé.
Les démocrates disent que Trump serait trop vieux en 2024 pour devenir président. Il aura en 2024 l’âge que Biden avait en 2020. Mais entre le vieillard sénile Biden et Trump, il n’y a pas de comparaison possible. Trump est en pleine possession de ses moyens. Un ennui de santé de Trump est toujours possible, bien sûr.»
Croyez-vous que Joe Biden va solliciter un deuxième mandat? Sinon, qui pourrait être le favori du côté démocrate?
Guy Millière: «Je le répète: Joe Biden est sénile. Les grands médias de gauche et les démocrates ont tout fait pour le cacher aussi longtemps qu’ils l’ont pu, mais l’état de Joe Biden s’aggrave. Il a dit qu’il comptait se représenter. Je pense que les démocrates vont le pousser vers la maison de retraite ou vers son domicile du Delaware assez rapidement. Il n’est pas présentable. Il parvient encore à lire un discours sur un téléprompteur, mais il faut aller le prendre par la main pour qu’il quitte son pupitre, et très souvent il ne sait visiblement pas où il se trouve. Il lui arrive de ne plus savoir qui il est.
Le problème pour les démocrates est qu’ils n’ont personne à présenter. Ils ont choisi Biden en 2020 parce qu’ils n’avaient aucun candidat qui ait l’étoffe d’un président. Hillary Clinton tente de se mettre en avant. Il restera à voir si le parti veut d’elle. J’en doute. Kamala Harris a largement dépassé son seuil de compétence. Certains démocrates parlent de Pete Buttigieg, le secrétaire aux Transports: il n’a pas l’étoffe et je ne pense pas que la population américaine est prête à élire un président homosexuel.
Gavin Newsom, gouverneur de Californie, tente lui aussi de se mettre en avant. Il serait peut-être le candidat démocrate le plus crédible aux yeux des démocrates, mais pour le reste de la population, il est loin d’être certain que ce qu’il a fait de la Californie soit susceptible de susciter l’enthousiasme. La Californie ne cesse de perdre des habitants: les Californiens qui le peuvent fuient l’État, qui croule sous les taxes, l’immigration illégale, et les déficits publics. Si la Californie était un pays, elle serait un pays en banqueroute, alors que c’est un État où il y a des entreprises très riches et des multimilliardaires. Triste situation.»













