Un monde plus instable depuis le départ de Trump?

Des fils barbelés devant le Capitole à Washington, dans les jours suivant l'émeute du 6 janvier 2021. Photo: Tasos Katopodis pour Getty Images/AFP.

Vendredi le 12 août 2022, à 11:35

Depuis l’arrivée de Joe Biden à la Maison-Blanche, les relations de Washington avec la Russie et la Chine sont plus tendues et les États-Unis sont plus que jamais divisés. Un monde meilleur et plus sûr?


Les dirigeants russes et chinois seraient-ils aussi déterminés et ambitieux si Donald Trump était encore à la Maison-Blanche? Comment interpréter la visite du FBI à sa résidence de Floride?
 
Libre Média en a discuté avec le politologue Guy Millière. Chercheur au Gatestone Institute, un cercle de réflexion basé à New York, il est notamment l’auteur de Après Trump (Balland 2020) et de Après la démocratie? L’Amérique et le monde au temps de l’administration Biden à paraître en septembre (Balland).

Simon Leduc: Tout d’abord, que pensez-vous de la visite du FBI à la résidence de Donald Trump à Palm Beach?

Guy Millière: «Ce n’était pas une visite, c’était une intrusion abusive, digne d’un régime autoritaire. Ceux qui n’auraient pas encore perçu la dérive des États-Unis vers un régime non démocratique devraient commencer à ouvrir les yeux. 
 
Ce qui s’est passé a été une action supplémentaire qui montre que l’administration Biden piétine toutes les règles du droit américain et on peut espérer que c’est l’action de trop, celle qui va conduire des millions d’Américains à comprendre que toutes les limites sont désormais dépassées. 
 
Un mandat de perquisition a été apparemment délivré par un juge très à gauche pour un motif fallacieux, qui ne justifie en aucun cas une perquisition: des documents qui devaient être dans les archives nationales seraient encore en possession de Donald Trump. 
 
Tous les documents demandés par les archives nationales ont été remis par Trump aux services compétents depuis plusieurs mois, et si les archives nationales en voulaient davantage, ils pouvaient s’adresser aux avocats de Donald Trump. C’est un prétexte grotesque. 
 
Le mandat de perquisition n’a pas été présenté à quiconque au moment de l’intrusion, et quand un avocat de Donald Trump est arrivé et l’a demandé, les agents du FBI ont refusé de le lui remettre et de dire exactement ce qu’il contient, et ils lui ont montré un papier à trois mètres de distance. 
 
La perquisition s’est déroulée sans témoins: l’avocate de Donald Trump a été sommée de rester à l’extérieur. Les agents du FBI ont emporté tous les documents qu’ils ont pu trouver, sans distinction. Ils ont même fracturé le coffre-fort qui se trouvait dans le bureau de Donald Trump. Il y avait trente agents du FBI, trois juges mandatés par le ministère de la Justice, des hommes en armes. 
 
Le FBI et le ministère de la Justice utilisent moins d’hommes quand ils arrêtent un parrain de la mafia! Cela n’a pas de précédents dans l’histoire des États-Unis. Depuis qu’il s’est présenté à la présidence, Donald Trump a fait l’objet d’un harcèlement et d’actions illégales et non constitutionnelles de ses adversaires politiques. Faire la liste de toutes les actions en question serait long et dépasserait les limites de cet entretien, mais c’est une liste accablante. 
 

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Le Parti démocrate américain est aujourd’hui aux mains de gens d’extrême gauche pour qui la fin justifie les moyens. Ces gens ont le pouvoir et composent l’administration Biden. Ils ont fait du FBI une police politique. Ils tiennent les grands médias américains. Ils représentent un grand danger pour la République américaine et pour la démocratie. 
 
[…] Si le Parti démocrate n’est pas arrêté très vite, ce qui impliquerait une victoire des républicains dans les deux chambres du Congrès dans trois mois, et si un président républicain n’est pas élu en 2024, les États-Unis tels que nous les avons connus pourraient vite appartenir au passé.» 
 
Comment percevez-vous la relation de Washington de Biden avec Pékin? La Chine serait-elle aussi agressive envers Taïwan si l'administration Trump était encore en poste?
 
Guy Millière: «La famille Biden a des liens de corruption avec la Russie, avec des oligarques ukrainiens du temps de la présidence Yanukovytch, et avec la nomenklatura chinoise. 
 
Le secrétaire d'État Antony Blinken a lui aussi des liens avec la nomenklatura chinoise. L’administration Biden est en conséquence en position de faiblesse face à la Chine communiste. Quasiment toutes les mesures prises sous Donald Trump pour endiguer économiquement la Chine ont été abolies discrètement par l’administration Biden. 

Les mesures prises sous Donald Trump pour entraver la pénétration de l’économie américaine par la Chine ont elles aussi été abolies et les liens entre grandes entreprises américaines et grandes entreprises chinoises contrôlées par le Parti communiste chinois se renforcent. 
 
L’administration Biden a fait voter des lois qui ont impliqué la création de milliers de milliards de dollars par le Federal Reserve System, tout en prenant des mesures de réglementation asphyxiantes pour l’économie américaine, et cela a créé la situation actuelle: inflation forte, récession économique. 
 
L’affaiblissement de l’économie américaine est bénéfique pour la Chine. Les lois qui ont coûté des milliers de milliards de dollars contenaient l'attribution massive de subventions aux grandes entreprises américaines très liées à la Chine, et des liens d'interdépendance entre gouvernement fédéral, grandes entreprises liées à la Chine et grandes entreprises chinoises contrôlées par le Parti communiste chinois se sont considérablement renforcés. 
 
La Chine a profité du passage à Taïwan de Nancy Pelosi, une femme très à gauche, mais hostile à la Chine, pour faire une démonstration de force. L’administration Biden ne voulait pas que Nancy Pelosi aille à Taïwan. Ses réactions à la démonstration de force de la Chine communiste ont été très faibles. La Chine communiste sait que si elle veut annexer Taïwan, la présidence Biden lui offre un moment propice. 
 
La démonstration de force autour de Taïwan lui a permis de montrer l’absence de réaction de l’administration Biden, la possibilité dont elle dispose de mettre Taïwan sous blocus, et la possibilité dont elle dispose d’interrompre et de contrôler le commerce maritime entre l’Asie orientale, l’Europe et le Proche-Orient. 
 

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Si la Chine communiste s’empare de Taïwan, elle contrôlera le commerce maritime entre l’Asie orientale, l’Europe et le Proche-Orient. Elle contrôlera aussi la quasi-totalité de la fabrication mondiale de microprocesseurs, donc l’informatique et l’électronique de la planète entière. Bien évidemment, la Chine ne serait pas aussi agressive contre Taïwan si Trump était à la Maison-Blanche.» 
 
La Russie aurait-elle attaqué l'Ukraine si Donald Trump était au pouvoir à Washington?
 
Guy Millière:«Il est évident que non. Trump a repris à son compte la formule de Ronald Reagan, “la paix par la puissance”. Il a considérablement renforcé l’armée américaine et a fait comprendre aux dictateurs aux appétits prédateurs qu’il réagirait en cas de prédation. Il a endigué la Chine, lui a imposé des sanctions et lui a fait comprendre qu’il était résolument du côté de la souveraineté de Taïwan. 
 
Donald Trump a agi de la même façon vis-à-vis de l’Iran, et lui a imposé des sanctions très strictes et un embargo lui-même très strict, ce qui a affaibli l’économie iranienne, freiné les activités nucléaires militaires du régime, et l’a empêché de financer les diverses organisations terroristes islamiques qu’il soutient, Hezbollah, Hamas, djihad islamique palestinien, milices Houthi, Al-Qaïda. 
 
Trump a procédé de la même façon vis-à-vis de la Russie. Il a renforcé les sanctions américaines contre la Russie, et dit à Vladimir Poutine que s’il attaquait l’Ukraine, les conséquences pour la Russie seraient très lourdes. Mike Pompeo a déclaré que Trump avait tenu en prive à Poutine des propos sur les tours du Kremlin qui auraient pu laisser penser à Poutine que Trump aurait été prêt à endommager celles-ci si Poutine allait trop loin. Poutine a toujours calculé ses actions en évaluant les risques. Il n’a pas pris le risque de se confronter à Trump. 
 
Avec l’administration Biden, c’est très différent. Poutine sait que Joe Biden est sénile, qu’il est entouré de gauchistes incompétents et destructeurs, et il méprise l’administration Biden. Il savait que l’administration Biden voulait signer un accord désastreux avec le régime des mollahs en Iran, et il savait que l’administration Biden acceptait que l’accord soit très bénéfique pour la Russie. 

Il pensait avoir toutes les conditions requises pour agir, et s’il avait réussi à prendre Kiev en trois ou quatre jours, l’administration Biden aurait accepté que l’Ukraine passe sous la coupe de Poutine.
 
Ce qui a changé la donne est que Poutine a échoué. L’armée russe s’est enlisée. L’armée ukrainienne a résisté. Et en supplément Zelensky, a mobilisé l’opinion occidentale. Du coup, l’administration Biden a dû changer d’attitude. Si l’administration Biden soutient l’Ukraine, c’est essentiellement parce que Poutine a échoué. 

 
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Et maintenant que Poutine se conduit en criminel de guerre, il ne serait pas présentable pour l’administration Biden de ne pas soutenir l’Ukraine. Cela peut même contribuer, pense-t-elle, à faire oublier au peuple américain les désastres qu’elle crée au sein des États-Unis et son glissement vers des pratiques dictatoriales.» 
 
Les États-Unis auraient-ils retiré totalement leurs troupes d'Afghanistan si Trump était encore président?
 
Guy Millière:«Encore une fois, la réponse est non. Donald Trump voulait un retrait américain d’Afghanistan, mais entendait maintenir un minimum de troupes sur place. Il n’aurait pas abandonné la base de Bagram et 85 milliards d’armement aux talibans. 
 
Trump n’aurait abandonné ni l’armée afghane ni le gouvernement afghan. Il a toujours tenu un discours très dissuasif aux dirigeants talibans. Ce qu’a fait l’administration Biden en Afghanistan est un crime contre le peuple afghan, un crime contre l’armée américaine, et un crime contre les États-Unis eux-mêmes. Ce n’est pas du tout surprenant si on sait ce qu’est l’administration Biden. L’élimination récente d’Ayman al Zawahiri par la CIA a été présentée comme une victoire sur le terrorisme. Elle est plutôt le signe supplémentaire d’une défaite de l’administration Biden. 
 
L’administration Biden a abandonné l’Afghanistan à des terroristes islamiques, et Al-Qaïda y a de nouveau une base arrière. Zawahiri sera remplacé. L’Afghanistan restera aux mains des talibans et Al-Qaïda continuera à y avoir une base arrière.»