Pour Yasmine Riad, enseignante, l’école publique québécoise s’enfonce dans le déni. Sans retour de l’autorité, de l’effort et de la discipline, elle risque d’oublier sa mission première: instruire.
Arrêtons de prétendre que tout va bien. Arrêtons de maquiller les statistiques de réussite alors que les fondations mêmes de nos écoles se fissurent.
Pendant que les bureaux ministériels peaufinent des concepts de «bien-être» et de «réussite éducative», sur le terrain, la réalité est tout autre.
Le constat de l’incendie
Ce n’est plus une dérive lente, c’est un naufrage en cours. Cela ne signifie pas que tout est à jeter, ni que les enseignants ont renoncé. Mais ignorer les dérives actuelles revient à compromettre ce qui fonctionne encore. L’école ne vacille pas, elle s’enfonce.
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Et ce qui la fait sombrer n’est pas un manque de moyens ou de bonne volonté, mais une forme d’aveuglement collectif. Une hypocrisie systémique qui refuse de nommer les causes réelles du problème. Il est temps de rompre avec ce déni confortable.
La discipline envolée
Le tabou est là, au cœur même de la classe: l’effondrement de la discipline. Comment peut-on encore parler de pédagogie, d’innovation ou d’intelligence artificielle lorsqu’un enseignant consacre l’essentiel de son énergie à tenter d’obtenir le silence, à contenir l’insolence ou à négocier le respect des règles les plus élémentaires?
Comme le rappelait Hannah Arendt dans La crise de l'éducation, l’éducation repose sur une autorité assumée par l’adulte. En diluant cette autorité au nom d’une vision mal comprise de la bienveillance, nous avons créé un vide.
Et dans ce vide s’installe une logique où l’immédiateté, le refus de la contrainte et la contestation permanente deviennent la norme.
L’école-succursale
Progressivement, l’école s’est transformée en centre de services. L’élève n’est plus perçu comme un apprenant en construction, mais comme un client dont il faut préserver la satisfaction.
L’inclusion, principe essentiel, se trouve détournée dans sa mise en œuvre. Sur le terrain, elle se traduit trop souvent par une accumulation de responsabilités impossibles à assumer pour un seul enseignant.
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Plans d’intervention trop lourds, comportements perturbateurs répétés, absence de conséquences claires: tout converge vers une perte de contrôle progressive de la classe.
Parallèlement, notre rapport aux écrans aggrave la situation. Comme l’explique Michel Desmurget dans La Fabrique du crétin digital, l’exposition constante à la gratification instantanée modifie profondément les capacités d’attention et d’effort des jeunes.
L’école, qui exige concentration et persévérance, entre alors en contradiction frontale avec un environnement qui valorise l’instantané et la facilité.
À cela s’ajoute un phénomène plus silencieux, mais tout aussi préoccupant: l’inflation des résultats. Les diplômes se multiplient, mais leur valeur réelle s’érode. Les taux de réussite deviennent des indicateurs plus politiques que pédagogiques.
Derrière ces chiffres rassurants, une réalité s’impose: des enseignants épuisés, non seulement par la charge de travail, mais surtout par la perte de sens. Le sentiment de participer à un système qui ne dit plus la vérité mine la profession de l’intérieur.
L’appel au réveil
Si nous persistons à évacuer les notions d’effort, de rigueur et de respect de l’autorité enseignante, l’école publique risque de se réduire à une simple structure de gestion sociale. Une école qui occupe sans réellement instruire.
Le mur n’est plus une projection, il est juste devant nous. Continuer à avancer en répétant des slogans ne fera que retarder l’impact.
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L’alternative est claire: accepter un diagnostic lucide, aussi inconfortable soit-il, et reconstruire sur des bases solides.
Redonner à l’école sa mission première exige du courage. Celui de réaffirmer que le savoir se construit dans l’effort. Que la discipline n’est pas une contrainte arbitraire, mais une condition d’apprentissage. Et que l’autorité de l’enseignant n’est pas un problème à corriger, mais un pilier à restaurer.
La question n’est plus de savoir si le système peut tenir ainsi. Elle est de savoir qui aura la lucidité, et surtout la volonté, d’enclencher le changement avant qu’il ne soit trop tard.













